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N’ayez pas peur. C’est Dieu qui s’engage, ...

Anne-Joëlle PHILIPPART
éblouissement
Domaine public

Dimanche 17 mars 2019 – 2e dimanche du Carême – Gn 15, 5-12.17-18 ; Ph 3, 17 ; Lc 9, 28b-36

N’ayez pas peur. C’est Dieu qui s’engage, patient et miséricordieux… comme une mère

Quelle étrange scène que ce sacrifice d’animaux découpés entre lesquels Dieu passe. Or dans la Bible, toute bizarrerie signifie qu’il faut s’arrêter et creuser. Pour comprendre, il faut passer par l’hébreu. Le terme utilisé, et traduit par « conclure », signifie plutôt « couper ». Il fait référence au rite de conclusion d’une alliance où le vassal passait entre des animaux coupés signifiant le risque qu’il prenait en cas de rupture avec son suzerain. Mais ici, c’est Dieu qui passe entre les animaux… Dieu prendrait alors symboliquement la place du faible, la place de celui qui s’engage, qui est redevable et qui assume les risques de la rupture ! Elle est bien là la différence entre ce Dieu et celui des dieux païens. N’ayons pas peur donc. Nous avons un Dieu qui s’engage pour son humanité. Tout au long des pages de la Bible, nous voyons ensuite ce Dieu soutenir, pardonner et aimer.

Et cela tombe bien car dans le texte de Paul aux Philippiens, il y a une grosse mise en garde. Ainsi, beaucoup de gens se conduiraient en ennemis de la croix. Leur Dieu, c’est leur ventre, voire juste un peu plus bas encore, et ils ne pensent qu’aux choses de la terre.

Un Dieu qui s’engage, une humanité qui s’égare. Dans ce contexte, quel est ce supplément d’espérance, de paix et de joie que nous apporte le nouveau testament ? Qu’apportent donc le nazaréen et son message si radicalement transgressif ? D’abord, l’intuition bouleversante des paroles prononcées il y a 2000 ans. L’Esprit Saint ne soufflait-il pas ? De fils d’homme, ce Jésus n’avait-il pas aussi une autre nature ? De fait, lors de la transfiguration, beaucoup ont compris que se manifestait la présence lumineuse du divin en Jésus, sa double nature, divine et humaine, anticipant sa résurrection… et un peu la nôtre puisque nous sommes aussi enfants de Dieu, invités à l’appeler « Père » (Mt 6). Cette théophanie est suivie par un ordre : « Celui que j’ai choisi : écoutez-le. » Et que nous dit-il, Jésus ? Il nous annonce qu’il n’est pas venu appeler des justes mais des pécheurs (Mc 2, 17) et que Dieu est à la fois persévérant et patient pour retrouver ceux qui s’égarent (Lc 15 et Mc 13). Rassurant tout ça ! Jésus va plus loin. Il nous promet de rester avec nous jusqu’à la fin des temps (Mt 28,20) et il fait confiance à notre fragile humanité en envoyant en mission tous ceux qui auront cru en son nom (Lc 24,33 et Jn 20,23).

Que d’espérance, que de soulagement ! Pourquoi la culpabilité, l’obsession du péché et la peur du jugement ont-ils tant terni le message émancipateur de Jésus ? Pourquoi l’institution Église a-t-elle fait si peu confiance au peuple des baptisés, en les infantilisant et en allant jusqu’à créer une humanité à deux vitesses, niant l’attitude respectueuse, confiante et égalitaire de Jésus ? La peur ? La trace des blessures humaines, la soif du pouvoir ? Peu importe. Nous avons tout ce qu’il faut dans les Écritures pour oser des conversions radicales et libératrices.

Anne-Joëlle Philippart

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