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Manifester la présence en nous de ce qui nous dépasse

Michel MENVIELLE
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jesus-walks-on-water@ publicdomainpictures.net - CC0 Domaine public


Dimanche 9 août 2020 – 19e dimanche du temps – Mt 14, 22-33

Jésus et Pierre marchent sur les eaux. Récit bien connu, présent aussi dans Marc (Mc 6, 45-53) et Jean (Jn 6, 16-21), avec des variantes. Signe de l’importance que lui accordaient les premiers chrétiens. Mais en quoi ce récit d’un tel prodige, qui viole les lois de la physique, me concerne-t-il, ici et maintenant ?

Jésus rejoint le bateau des disciples avant qu’ils aient touché terre. Jean nous dit qu’ils accostent au moment où Jésus monte à bord (Jn 6, 21). La rencontre se passerait donc tout près du rivage et Jésus et Pierre peuvent avoir pied. Invitation à ne pas se focaliser sur le prodige – marcher sur les eaux –, mais sur ce que vivent les acteurs du récit.

La veille, lorsqu’il apprend la mort de Jean Baptiste (v. 12), Jésus se retire en bateau dans un lieu désert, à l’écart. Il souhaite être seul pour prier, pour retrouver la présence qui est en lui et y puiser la force pour faire face. Une foule nombreuse le rejoint à pied. Bien qu’elle contrarie de fait son désir, il l’accueille avec empathie : ému aux entrailles il guérit les infirmes (v. 13-14). Et il ne la renvoie pas avant qu’elle ait mangé (v. 16-20). Puis il va prier, seul. Confronté à la mort, Jésus veut être seul pour se ressourcer, mais il reste capable d’empathie et de compassion. Il nous montre ainsi que l’attention à la présence qui est en nous est chemin pour que chagrin et sentiment d’injustice n’étouffe pas en nous compassion et empathie.

Le soir venu, Jésus contraint ses disciples à embarquer et à « aller vers la limite », traduction littérale qui me suggère que Jésus met ses disciples en situation d’avancer, ensemble mais sans lui, dans la connaissance qu’ils ont d’eux-mêmes.

Après des heures [1] de navigation difficile, les disciples voient une silhouette venant vers eux. Éprouvés, perdus dans la nuit, ils ne reconnaissent pas Jésus. Effrayés, ils crient : c’est un fantôme ! Aussitôt, Jésus leur parle : « Ayez confiance ! Je suis moi ! Ne soyez pas effrayés ! » Il les laisse le reconnaître au son de sa voix, pour leur dire l’important : je suis moi, l’homme avec qui vous avez des relations « de sujet à sujet ». Pierre lui parle : « Maître (kurios en grec), si tu es toi, ordonne-moi d’aller vers toi sur les eaux. » Il l’a reconnu. Pierre demande à Jésus de lui dire que lui, Pierre, peut faire de même. Jésus répond à sa demande. Pierre lui fait confiance : il descend du bateau et va vers lui en circulant sur les eaux. Jusqu’à ce que la peur reprenne le dessus. Jésus lui tend alors la main, et ils reviennent ensemble au bateau. Jésus n’a pas demandé à Pierre de faire une chose impossible qui le mette en danger de mort. Et Pierre a réussi jusqu’à ce qu’il perde confiance. Signe, pour ceux qui ont autorité, que leur rôle est d’accompagner ceux qui les écoutent sur des chemins de vie et d’épanouissement sans les mettre en danger ; et, pour chacun, invitation à faire confiance avec discernement.

« Vraiment, tu es fils de Dieu ! » Les disciples ont compris que Jésus exprime en actes sa filiation divine. Et qu’il nous montre ainsi le chemin pour exprimer la présence en nous de ce qui nous dépasse.
 

Michel Menvielle

 

[1] La 4e veille est entre 3 et 6 heures du matin

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