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Mais pourquoi donc continuer à parler de l’Évangile ?

Anne-Joëlle PHILIPPART
Triangle
Triangle © Clker-Free-Vector-Images @ Pixabay - Domaine public


Dimanche 19 janvier 2020 – 2e dimanche du temps ordinaire – Is 49, 3.5-6 ; 1Co 1, 1-3 ; Jn 1, 29-34

Mais qui est donc ce Dieu, annoncé par les prophètes, qui se révèle de page en page tout au long des livres de la Bible ? Qu’a-t-il donc suscité dans le for intérieur des enfants d’Israël pour qu’ils et elles l’aient vu comme la Lumière des nations ? Qu’a donc annoncé son fils, celui qui baptise dans l’Esprit, pour que les disciples des premiers siècles décident de tout donner pour transmettre ce message qu’ils avaient ressenti comme capable de changer le monde ? Enfin, que nous dit-il pour que nous en parlions aujourd’hui comme d’un message capable de construire une humanité spirituellement plus grande et plus apaisée ?

L’ancien testament raconte l’expérience originale qu’Israël a faite d’un Dieu qui accompagne et soutient son peuple car il a de la valeur à ses yeux (Is 49). Il le guide pas à pas vers une humanité grandie faite de respect de tous et toutes y compris des étrangers et des humbles (Ex 34). Contrairement aux dieux aux autres religions environnantes, ce Dieu ne désirait pas de sacrifice (Is 1, Am 5). Il s’attachait aussi davantage à la conversion des cœurs, à l’authenticité de la relation (Dt 30 ; Jr 9) où Yahvé n’est ni nommé, ni représenté (Dt 5). Sage précaution qui évite de mettre la main sur Dieu et de le limiter au risque d’en faire le reflet d’un miroir où se projettent notre propre image mais aussi nos volontés, nos peurs et nos désirs.

Cette foi va s’affiner dans son originalité pendant des siècles jusqu’à un moment charnière sous l’empereur Tibère. Jésus de Nazareth va commencer sa vie de prédicateur itinérant. Homme de son temps, il va y intégrer les spécificités de sa religion augmentée d’une intuition forte qui allait traverser tout son message. Ainsi, il n’était pas venu abolir la loi mais la mener à son accomplissement (Mt 5) et les chefs religieux de son temps lui semblaient avoir confisqué la grandeur de Dieu à leur profit (Mt 21). Toute sa vie publique sera alors orientée dans le don, l’aide, la guérison, l’espoir rendu, l’exclusion annihilée. Toute la loi se résumera autour des commandements de l’amour de Dieu, du prochain et de soi (Mt 22). Tous égaux devant Dieu (Mt 23), tous héritiers de la promesse d’une vie éternelle dans la présence de Dieu, tous aimés et tous pardonnés (Mt 28), telle était sa vision pour une humanité différente où s’apaisent les conflits. Jésus interpellait, Jésus plongeait ses interlocuteurs dans la force de l’Esprit, Jésus transformait ceux qui se laissaient toucher. Alors, oui, il a dérangé l’ordre social et le temple !
Et si nous en revenions à cette dynamique, à ce mouvement, toujours en marche, qui a transformé nos sociétés et imprégné la foi chrétienne devenue orthodoxe, catholique, réformée, anglicane, vieille catholique… Et si nous en revenions à l’essentiel du message évangélique, celui qui rend libre et solidaire dans le respect de l’autre et de ses différences et qui met en garde contre la tentation des « temples », des religions institutionnalisées, de rouler pour elles-mêmes ?


Anne-Joelle Philippart

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