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Une loi paradoxale

José Antonio PAGOLA
grain de blé
grain de blé © Bru-nO @ Pixabay - Domaine public


Dimanche 21 mars 2021 – 5e dimanche de carême – Jean 12, 20-33

Peu de phrases de l’Évangile sont aussi provocantes que ces mots qui traduisent une très forte conviction propre à Jésus : « Je vous le dis en vérité, si un grain de blé ne tombe pas en terre et ne meurt pas, il reste infructueux ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. »

L’idée de Jésus est claire. Avec la vie il se passe la même chose qu’avec le grain de blé, qui doit mourir pour libérer toute son énergie et produire un jour des fruits. S’il « ne meurt pas », il reste sur le sol. Par contre, s’il « meurt », il se relève en apportant avec lui de nouveaux grains et une nouvelle vie.

Avec ce langage très graphique et plein de force, Jésus nous fait voir que sa mort, loin d’être un échec, va être précisément ce qui donnera de la fécondité à sa vie. Mais, en même temps, il invite ses disciples à vivre selon cette même loi paradoxale : pour pouvoir donner la vie, il faut « mourir ».

On ne peut pas engendrer la vie sans donner la sienne. Il n’est pas possible d’aider à vivre si l’on n’est pas prêt à se « livrer » pour les autres. Personne ne peut contribuer à créer un monde plus juste et plus humain en restant accroché à son propre bien-être. Personne ne peut dire qu’il travaille sérieusement pour le Royaume de Dieu et sa justice s’il n’est pas prêt à assumer les risques et les rejets, les conflits et les persécutions dont Jésus a été victime.

Nous passons notre vie à essayer d’éviter la souffrance et les problèmes. La culture du bien-être nous pousse à nous organiser de la manière la plus confortable et la plus agréable possible. Cela devient l’idéal suprême. Cependant, il y a des souffrances et des renoncements qui doivent être assumés si nous voulons que notre vie soit féconde et créative. L’hédonisme n’est pas une force mobilisatrice ; l’obsession pour leur propre bien-être réduit les personnes.

Nous sommes en train de nous habituer à vivre en fermant les yeux sur la souffrance des autres. Cela apparaît comme la chose la plus intelligente et la plus sensée à faire pour être heureux. C’est une erreur. Nous parviendrons sûrement à nous épargner certains problèmes et ennuis, mais notre bien-être sera de plus en plus vide et stérile, notre religion de plus en plus triste et égoïste. Pendant ce temps, les opprimés et les affligés veulent savoir si leur douleur touche quelqu’un.
 

José Antonio Pagola 
Traducteur : Carlos Orduna

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