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Justice, indépendance et espérance, ...

Anne-Joëlle PHILIPPART
clé de voute
clé de voute © Pierre Poschadel @ Wikimedia Commons [CC BY-SA 4.0 ]


Dimanche 17 novembre 2019 – 33e dimanche du temps –Ml 3, 19-20a ; 2 Th 3, 7-12 ; Lc 21, 5-19

Justice, indépendance et espérance, la quête multimillénaire d’une humanité en marche vers sa véritable grandeur.

Les lectures de ce dimanche sont traversées par trois thèmes : la soif de justice, le besoin d’indépendance et l’espérance.

Malachie, petit prophète du 5e siècle avant notre ère, s’insurge contre les tricheurs et abuseurs de toutes sortes. Dans ce passage, il pointe les arrogants qui commettent l’impiété. Plus avant dans son livre, il accuse les chefs du culte de mettre leur fonction à leur propre service, les hommes de profiter de leurs privilèges pour ne pas reconnaître aux femmes une forme d’égalité et les puissants d’exploiter les faibles. La roue du temps tourne et l’Histoire repasse les plats de l’injustice. La main de Dieu se fait pédagogue mais l’humanité semble préférer dormir près du radiateur en spectateur somnolent d’un tragique théâtre.

La 2e lettre aux Thessaloniciens est riche d’enseignement pour notre Église. Ne l’appelle-t-elle pas à créer les conditions d’une forme d’indépendance économique : « Nous avons travaillé pour n’être à charge d’aucun de vous » ? N’est-ce pas intéressant quand on sait que « celui qui paie les musiciens choisit la musique » ? Après la réforme grégorienne, le clergé catholique rentre peu à peu dans une forme de dépendance. Le sacerdoce est devenu sa fonction principale. Or, les sacrements ne peuvent être vendus. Les revenus ont alors comme origine une forme de bien-vouloir et non une rétribution. Le clergé se retrouve, de facto, à charge de ceux qui peuvent le financer… fixant l’agenda ! Ne serait-ce pas un défaut du modèle ecclésial ? Qui peut être pleinement humain et libre quand il est économiquement dépendant ? À l’écoute de Paul, n’est-il pas temps de relire certaines équations du modèle ? Je rêve d’un clergé vraiment debout, vraiment libre de ses paroles, doté d’un vrai esprit critique et rendu capable de suivre le Christ, lui qui a osé déranger l’« establishment » de son temps, le temple, les mœurs et l’iniquité culturelle.

Enfin, dans l’évangile de ce jour s’infiltre une grande espérance. La foi n’est pas bâtie sur des pierres ou des constructions humaines mais sur la Pierre d’angle que les bâtisseurs ont rejetée, c’est-à-dire le Christ dans sa résurrection. Ce n’est pas le temple qui a inspiré l’audace des premières communautés mais une foi en un message puissant, une personne qui s’en est fait l’ambassadeur, un Esprit de force et de sagesse qui inspire et soutient, une espérance en un au-delà et une foi en un Dieu transcendant d’amour et de pardon. C’est bien cette foi-là qui a traversé vingt et un siècles. A cette grande espérance, qui nous appelle à aller au-delà des vues très matérielles, s’ajoute une magnifique alliance entre Dieu et son peuple. En filigrane, quand Jésus nous invite à ne pas suivre les faux prophètes et ceux qui se font passer pour des autres Christ, des « alter Christus », il nous installe dans notre véritable humanité intelligente, celle qui est capable de discernement entre le vrai et le faux, le mensonge et la vérité. Comme au lendemain de la résurrection, le Christ envoie et fait confiance à tous ceux et celles qui ont cru en lui et à ceux et celles qui, grâce aux premiers, découvrent cette foi. À cette humanité debout, d’un même Père, il donne mission d’annoncer la bonne nouvelle, d’offrir le pardon de Dieu, de guérir et chasser les démons. Elle est là aussi l’Espérance, dans cette humanité d’égaux affranchie de la tutelle des pierres et autres constructions humaines. Amen.


Anne-Joëlle Philippart

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