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Une invitation à discerner à la lumière de la Torah ...

Michel MENVIELLE
Torah
Torah © falco @ Pixabay - Domaine public


Dimanche 14 juillet 2019 – 15e dimanche du temps – Lc 10, 25-37

Une invitation à discerner à la lumière de la Torah, une dynamique de l’interprétation

Un légiste, un homme de loi, interroge Jésus : « Maître, quelle chose ayant faite, je recevrai en héritage une part de vie éternelle ? » Il s’adresse à Jésus comme à un maître à qui il demande une ligne de conduite. « Normal », dans la tradition juive. Il le tente, nous dit pourtant Luc, comme le fit le diable tentateur au désert (Mt 4, 7 ; Lc 4, 12) Mais en quoi ?

Maître (didaskalos) est le mot grec qui désigne le maître détenteur d’un savoir qu’il transmet. Au contraire, le mot utilisé par les évangélistes pour désigner Jésus est kurios ; il désigne le maître qui parle avec autorité. Ainsi, ce légiste s’adresse à Jésus, qui est kurios, comme il s'adresserait à un didaskalos dont il attend un savoir orienté vers une pratique : que faire pour « recevoir en héritage » la vie éternelle.

Jésus lui demande alors comment il comprend la loi. Le légiste répond en citant deux préceptes qui résument la Torah : tu agaperas Adonaï de tout ton être (Dt 5, 6), et ton prochain comme toi-même (Lv 19, 18). Et Jésus lui dit : « Tu as répondu avec justesse. Fais cela et tu vivras. »

« Fais cela et tu vivras »… et non pas : fais cela et tu hériteras de la vie éternelle ! L’important est de vivre, ici et maintenant avec Adonaï, son prochain et soi-même, des relations d’amour-agapé. Il n’est pas question d’agir selon des réponses « prêtes à l’emploi », d’assurer sa propre vie éternelle en évitant l’épreuve du discernement. Jésus l’invite à vivre pleinement des relations où chacun accueille, au plus intime, lui-même et l’autre, comme ce qui le dépasse, avec respect et bienveillance. Parce que cela est instauré sans menace, aucune défense n’est à élaborer. Des relations centrées sur les forces de Vie, tel est l’objectif eschatologique que propose Jésus interprète de la Torah. Jésus rappelle au lévite – et maintenant aux lecteurs de ce récit – que l’étude de la Torah est chemin pour y parvenir.

Le lévite insiste : « Et qui est mon prochain ? » Nouvelle demande « prête à l’emploi » à ce maître qui sait… En réponse, Jésus lui propose pour enseignement une histoire qui s’inscrit dans la vie quotidienne.

Un homme voyage sur une route. Il tombe sur des brigands, qui le laissent à-demi mort. Par hasard, trois hommes passent par-là, et le voient. Les deux premiers passent outre. Le troisième, un Samaritain, est ému aux entrailles. Il prend soin du blessé, le soigne et le met à l’abri. Récit factuel, sans aucun jugement ni sentimentalisme. Alors Jésus retourne sa question au lévite : lequel des trois te semble avoir été – au plus près du grec : être devenu, avec l’idée de modification, de changement – prochain du blessé ? Le troisième, répond le lévite.

Le Samaritain a vécu selon la Torah parce qu’il a su accueillir la souffrance du blessé, et se laisser bouleverser par elle, pratiquant ainsi l’amour-agapé. Et en travaillant ce texte, j’ai réalisé que Luc nous dit que celui qui demande aux Écritures des réponses « prêtes à l’emploi », des savoirs qui de fait empêchent d’accueillir l’autre, tient le discours du diable tentateur.


Michel Menvielle

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