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Heureux celles et ceux qui ont choisi de… « ni partir ni se taire ! »

Vianney DANET
Entrer dans une église
Entrer dans une église © Brida_staright @ Pixabay - Domaine public


Dimanche 23 février 2020 – 7e dimanche du temps ordinaire – 1 Co 3, 16-23 ; Mt 5, 38-48

Aujourd’hui cette lancinante et dérangeante injonction : « si quelqu’un te frappe sur la joue droite, tends-lui l’autre joue ». Ce passage clôt le chapitre 5 de Matthieu, commencé avec les béatitudes dont « heureux serez-vous lorsqu’on vous insultera […] à cause de moi » … sachant que ce que vous faites aux plus petits, c’est à Jésus, que vous le faites.

Croyants ou non croyants s’emparent de l’épisode de la joue tendue pour en faire l’emblème soit de la soumission des chrétiens, soit de la lâcheté, soit de la « non-violence » pour rompre le cycle de la violence.

Mais est-ce l’esprit de cette demande ?

Ici, nous sommes bien dans la radicalité de Matthieu, intransigeante, ambitieuse, dans le jusqu’au boutisme de sa théologie : plus d’amis ou d’ennemis (à aimer comme soi-même), plus d’esclave ni de maître. Il n’y a que la fraternité parce que, comme le dit St Paul, « n’oubliez pas que vous êtes le temple de Dieu ». Où cela nous mène-t-il aujourd’hui ?

Je pense à nos amis prêtres soumis aux « claques » : révélations des abus sexuels commis par leurs frères, dénis de leur hiérarchie, « La Lettre au peuple de Dieu » du pape François qui, en invitant tous les baptisés à se mobiliser pour lutter contre tous les cléricalismes et abus spirituels, semble les spolier d’une autorité acquise. Les discours de ces hommes vont, pour longtemps, être entachés de suspicion, voire rendus inaudibles. En réaction, certains cherchent à tout prix une réaffirmation autoritaire de leur statut, se réfugient dans le « sacré » et cherchent dans une « tradition » ce qui sert cette idéologie ! De la gifle peut naitre … la dérobade ! 

Dans l’attitude prônée par Matthieu, il y a l’espérance d’une fraternité de baptisés, enfin tous de la partie. Vu le nombre de victimes qui se déclarent, qui dans sa famille, dans ses amis, dans ses relations, n’en connaît pas une ? Qui en tant que parent, grand parent ne peut se révolter à l’idée que l’on ait laissé ces crimes se dérouler à proximité ?  Et la gifle nous, baptisés, nous la recevons !  Là encore, deux tentations stériles soit jeter l’eau du bénitier avec les évêques, fuir loin des églises soit Faire comme si les abus sexuels n’étaient en rien associés aux abus spirituels constants, et alors laisser notre foi soumise à cette hiérarchie de l’Église ? Quand Jésus, par Matthieu, nous invite à tendre l’autre joue, pas à courber l’échine, mais à rester droits, il nous appelle à être ferment de conversions profondes que ni institution, ni personne, ne peut poser seule. Cette attitude, non contestataire, mais attentive à la construction d’une vraie fraternité ecclésiale nécessite de « ni partir, ni se taire ». Cet appel au dépassement que Mathieu nous propose, n’est-il pas un beau et salutaire programme, à commencer dès ce carême ?


Vianney Danet

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