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La guérison d’un Samaritain lépreux… un récit d’élection étendue ?

Paule ZELLITCH
Lépreux guéri
Lépreux guéri - Église St-Georges de Molsheim © Ralph Hammann @ Wikimedia Commons [CC BY-SA 3.0 ]


Dimanche 13 octobre 2019 – 28e dimanche du temps – 2R5, 14-17 ; Lc 17, 11-19

Dans la tradition de l’Écriture, tout lépreux vit retranché de la communauté tant qu’il n’est pas guéri et il y a fort à parier que la situation de ces malades ne soit pas plus enviable dans les contrées environnantes. La législation du Lévitique pose que « le lépreux portera ses vêtements déchirés et ses cheveux dénoués [...] et il criera : Impur ! Impur ! [...] Tant que durera son mal il demeurera à part ; sa demeure sera hors du camp » (Lv 13,45). Les vêtements déchirés signent sa déréliction et son deuil, son cri sa responsabilité de tenir ceux qui sont « sains » à distance.

Voici que dix lépreux interpellent Jésus. Ils sont à l’entrée du village et à portée de voix. Le chiffre dix devrait nous mettre la puce à l’oreille, en habitués des Écritures que nous sommes. Ce chiffre nous renvoie à Genèse 18,22, là où la seule présence de 10 hommes intègres permettrait à Sodome et à Gomorrhe d’échapper à la destruction, selon le « marché » qu’Abraham a conclu avec Dieu. En lien avec cet événement, dans le judaïsme, un quorum de 10 hommes adultes (minian) est nécessaire à la récitation des prières majeures de l’office, car nul n’est le tout. Une manière toute simple de tenir à bonne distance tout fantasme de puissance personnelle.

« Jésus, maître, prends pitié de nous ! » Ils s’adressent donc à celui qui entre dans la ville, en l’appelant non seulement par son nom, mais en le qualifiant de « maître ». L’auteur veut nous faire comprendre l’étendue de sa renommée : même les « retranchés » le connaissent. Que leur dit Jésus ? « Allez vous montrer aux prêtres. » Selon la loi, c’est à eux que revient d’établir un constat de guérison et d’offrir, de la part de l’homme guéri, un sacrifice proportionné à ses revenus. Les dix obéissent sur la foi de cette parole et quasi immédiatement, leur guérison est effective. Un seul remercie, l’étranger samaritain.

Bien sûr, nous pourrions moraliser sans fin sur cette attitude. Mais si le texte cherchait à dire tout autre chose à son lecteur ? Parmi les dix exaucés, seul un homme est étranger à la Promesse conclue avec Abraham qui se poursuit par Jésus et ses coreligionnaires. Et si ses remerciements débordants étaient la manifestation de sa joie immense d’être intégré à la Promesse par cette seule parole de ce maître en Israël ? En un instant, l’Alliance universelle conclue avec Noé et cette promesse faite à Abraham et à Moïse ne font qu’un et en une personne : le Samaritain. C’est le Seigneur Jésus qui les a réunies, comme une préfiguration des temps toujours à venir.


Paule Zellitch

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Commentaires
Régis

Ce commentaire est intéressant, mais bien que je partage l'idée première de sa conclusion (ne pas moraliser sans fin), je suis en désaccord total avec ce qui suit. Non le Samaritain n'est pas étranger à la Promesse. Sans doute est-ce ce que pensaient beaucoup de Judéens à l'époque, mais d'autres les considéraient seulement comme hérétiques et tous les considéraient comme étrangers. Mais un Samaritain se considérait comme un héritier de la Promesse. Jésus ne rétablit donc pas les Samaritains dans la Promesse, il abolit les règles qui les excluent et il reconnaît et proclame la foi du Samaritain, sans pour autant lui demander de se convertir à l'orthodoxie des Judéens.

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