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Écouter la part innocente au plus intime de soi

Michel MENVIELLE
Tiepolo - Le Christ et la femme adultère
Tiepolo - Le Christ et la femme adultère © Domaine public


Dimanche 7 avril 2019 – 5e dimanche du Carême – Is 43, 16-21 ; Jn 8, 1-11

Jésus est au Temple. Le peuple vient à lui. Il enseigne.

Les scribes et les pharisiens amènent une femme, la placent debout, au milieu ; ils s’adressent à Jésus : « Maître, cette femme a été surprise en situation d’adultère. Dans la loi Moïse nous prescrit de lapider de telles femmes. Et toi, que dis-tu ? » Ils s’adressent à Jésus comme à un maître à qui ils demandent une ligne de conduite. « Normal » dans le monde juif du temps. Mise à l’épreuve, nous dit Jean, comme le fit le Satan dans le désert (ex. Mc 1, 13). Mais en quoi ?

Jésus se baisse et dessine sur le sol. Sa réponse ? Un dessin. L’important est donc que ce soit un dessin, une réponse que chacun comprend et s’approprie, en fonction de sa sensibilité. Les scribes et les pharisiens insistent. Ils attendent la parole d’un maître leur disant que faire. Jésus se redresse. Il leur dit : « Que le sans-faute de vous premier sur elle lance une pierre. » Au plus près du grec, la réponse de Jésus montre qu’il en appelle de nouveau au discernement de chacun. Mettre Jésus à l’épreuve, serait-ce lui demander une prescription serait-ce lui demander une prescription et non un chemin de discernement ?

Le « sans faute de vous » ? Y a-t-il une personne innocente présente dans la foule ? Chacun est conduit à reconnaître qu’il n’est pas « sans faute », ce qu’il sait et fort bien au plus intime de lui-même. L’accent est-il mis sur la faute, la trace du mal présente en chacun de nous ou sur la part innocente, « sans faute », présente au plus intime de chacun, telle une trace de l’indicible présent en tout homme et qui le dépasse ? Jésus invite alors chacun à laisser cet indicible décider de son acte, faisant le pari – en apparence complètement fou – qu’il y a, au plus intime de ceux qui sont autour de lui, un « sans-faute » duquel il n’est pas complètement coupé.

« Ayant entendu, ils sortaient un par un… » Ainsi, celui qui laisse l’initiative au « sans faute de lui » ne condamne pas. Ce qui ne veut pas dire qu’il cautionne n’importe quoi : « Moi, je ne te condamne pas non plus. Fais route, à partir de maintenant ne faute plus. »

Laisser l’initiative au « sans faute de moi ». Difficile de laisser parler autre chose que la violence tapie au plus intime ! Chemin d’ascèse, de respect de la grandeur de l’homme, de sa capacité à rompre une logique mortifère qui, dans ce récit, conduirait cette femme à être tuée. Chemin pour reconnaître l’autre, dans son histoire, pour faire le pari, pour soi et pour l’autre, d’une histoire qui échappe à l’inexorable accomplissement d’un destin. N’est-ce pas ce chemin dont parle le prophète, ce chemin qu’Adonaï placera dans le désert, ces fleuves qu’il placera dans un endroit sauvage, (Is 43, 19) ?

Quelle invitation à croire que le meilleur n’est pas le moins probable !


Michel Menvielle

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