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Division et discernement pour un renouvellement

Anne-Joëlle PHILIPPART
Dispute
Dispute © Pxhere.com - CC0 Domaine public


Dimanche 18 août 2019 – 20e dimanche du temps – Jr 38,4-6.8-10 ; He 12, 1-4 ; Lc 12, 49-53

L’évangile de ce dimanche est paradoxal. Hors contexte, ce texte pourrait même ouvrir la porte à la violence autorisée par Dieu : « Je suis venu amener un feu sur la terre et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé…Pensez-vous que je sois venu amener la paix ? Non, …plutôt la division ». On entend déjà se dresser les étendards. Le cliquetis des armes répond au bruit des canons. Les armées se lèvent pour faire avancer le règne de Dieu. Les buchers crépitent. À moins que tout cela ne résulte de raccourcis, censures opportunes, visions partielles et mauvaises interprétations.

Le feu sur la terre, dans la Bible, peut faire référence au jugement divin. Mais rassurons-nous, de pages en pages notre Dieu se révèle tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour. Quand nous sortons les armes, ce sont les larmes de Dieu qui coulent. Heureux les doux et les artisans de paix nous disent les béatitudes (Mt 5). Et malheur à Jérémie qui prêchait la sagesse de la reddition, mécontentant ainsi les belliqueux identitaires de son temps !

Alors de quelle division parle-t-on dans ce texte ? Lire les évangiles, c’est se laisser bouleverser par un message qui a dérangé et qui dérange encore parce qu’il dénonce les discours qui servent de contrefort aux systèmes de pouvoir, et qui met en lumière ce qu’on avait pris l’habitude de ne pas voir. Alors forcément, il y a ceux qui acceptent d’ouvrir les yeux et ceux qui résistent, créant le débat voire la division. Ainsi, Jésus proposait-il une version du péché bien plus exigeante que ce qui était communément admis. Il ne s’agissait plus, pour être « parfait », de respecter scrupuleusement une loi mais de se laisser toucher par l’Esprit de la loi, ce qui l’a inspiré, c’est à dire l’amour et le respect de Dieu et du prochain. Jésus reformulait alors tout le « vivre ensemble » à cette aune. Il venait détruire, non pas la loi, mais la façon dont on l’instrumentalisait à son propre profit (Mt 5, 17). Ainsi dénonçait-il les travers des autorités religieuses : marchandisation du temple, superficialité des pratiques (Lc 11, 39), arrogance en promulguant des lois sans s’y soumettre (Lc 11, 46), superbe en recherchant les premières places tout en négligeant la justice de Dieu (Lc 11, 42), obscurantisme en enlevant la clé de la science (Lc 11, 52)…

Il apportait aussi un message émancipant de la tutelle du pouvoir, du joug écrasant de quelques-uns et des prescrits aussi injustes qu’opportunistes en résumant les très complexes 613 mitzvots en 2 petits commandements simples qui parlent d’amour (Lc 10, 27).

Somme toute, Jésus proposait un nouvel exode pour sortir de l’oppression inique et gagner la liberté intérieure, un Royaume qui n’est pas de ce monde. Sa méthode était centrée sur l’accueil et l’amour de tous, bien loin de toute violence. Son programme a dérangé et divisé. Certains étaient conquis quand d’autres ont eu peur au point de vouloir sa mort. Je me prends parfois à me demander ce qu’il dirait aujourd’hui…


Anne-Joëlle Philippart

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