Vous êtes ici

Ce dimanche, Dieu visite l’humanité

Anne-Joëlle PHILIPPART
Hospitalité Abraham Sarah
Hospitalité d'Abraham et de Sarah © Ted @ Creative Commons (CC BY-SA 2.0)


Dimanche 14 juillet 2019 – 16e dimanche du temps – Gn 18,1-10a ; Col 1, 24-28 ; Lc 10, 38-42

La geste d’Abraham est très révélatrice de la culture moyen-orientale de ces temps anciens mais elle révèle aussi Sara, la matriarche, modèle puissant donné aux femmes juives mais aussi image symbolique et forte du peuple hébreu.

Ainsi, l’étranger de passage est accueilli avec respect mais Sara reste assignée à l’intérieur de la tente, lieu assigné aux femmes mais aussi lieu de leur pouvoir, Abraham restant à l’entrée. Dans ces jeux de pouvoir, les acteurs se positionnent malgré tout. Ça festoie entre hommes mais madame se contentera des restes… Ce petit texte comporte néanmoins une bizarrerie. Les étrangers s’enquièrent de Sara et, de sa tente, ce domaine où elle régit, elle apprend, ce qu’elle n’osait plus espérer. Elle va sortir de la stérilité, donner la vie et retrouver une dignité. Un Dieu attentif, disions-nous ! Oui ! Mais cette histoire va plus loin. Elle s’inscrit dans la croyance des Hébreux en un Dieu qui les soutient. Sara, alors qu’elle a dépassé l’âge de la procréation, va donner naissance, avec Abraham, à une grande nation, par l’action de Dieu. Son personnage préfigure alors l’espoir de tout le peuple hébreu qui, au retour de l’Exil (moment de la rédaction du texte), espère reconstruire son pays ravagé avec l’aide de Yahvé.

Dans les évangiles, Jésus est le fils de Dieu, le messie qui vient en son Nom, qui agit par Lui, avec Lui et en Lui. Revêtu de cette autorité il bouscule les habitudes et les mœurs. Il accepte, notamment, des disciples féminins et les instruit. C’est ce que raconte cette scène où Marie a fait le choix de la meilleure part, celle d’être disciple du maître et d’écouter son enseignement.

Que retenir alors de ces deux lectures ? Que révèlent-elles en creux au lecteur attentif ? Comme dit Saint-Paul dans la lettre aux Colossiens, quel est ce mystère caché qui peu à peu se manifeste, même après vingt et un siècles ? Nous avions déjà bien perçu ce Dieu dans sa dimension d’amour, de pardon, d’attention, d’écoute et de soutien. Cependant, des siècles de culture patriarcale et de discours orientés n’avaient pas laissé éclater ce Dieu qui s’intéresse aux femmes de la même manière qu’aux hommes et qui les appelle à être disciples (Lc 8 ; Lc 11), voire apôtres (Jn 4 ; Jn 20). Les évangiles regorgent de scènes où Jésus parle aux femmes, leur fait confiance, loue leur foi, les instruit, les invite à sa table, les considère comme ses égales. Quant à l’ancien testament, il nous révèle de grandes dames, des matriarches comme Sara, Rebecca et Rachel, des prophétesses comme Houlda et Myriam notamment, des guerrières très stratèges comme Esther et Judith, des persévérantes comme Ruth…

Hum… mais alors, cette mise à l’écart des femmes dans notre religion… ne serait-ce pas un héritage préchrétien voire même prébiblique ? Oups, va-t-il falloir faire un aggiornamento ?
 

Anne-Joëlle Philippart

Rubrique du site: 
Les actualitésCommentaires des lectures dominicales
Ajouter un commentaire