Vous êtes ici

Croire et faire ou faire et croire ?

Catherine RABOUAN
Jésus instruisant Nicodème
Jésus instruisant Nicodème © jean louis mazieres @ flickr - Creative Commons (CC BY-SA 2.0)


Dimanche 14 mars 2021 -  2·Chroniques 36 14–16, 19–23 ; Ep 2, 4-10 ; Jn (3, 14-21)

Que croire, que faire pour être « justifié », délivré du péché et de la mort pour vivre en Dieu à jamais ?

La Foi précède-t-elle les œuvres ou bien les œuvres sont-elles premières par rapport à la Foi ? Cette question appelée « justification » a été un des points de rupture entre Luther, affirmant que « seule » la Foi sauve (« Sola Fide »), et l’Église catholique. En 1999, luthériens et catholiques se sont rapprochés sur ce point.

Dans le Premier Testament, au second livre des Chroniques (ch 36), les chefs des prêtres et du peuple, par leurs infidélités et abominations, ont méprisé l’alliance éternelle conclue avec le Seigneur. Ils seront déportés à Babylone, selon la prophétie de Jérémie, pour de longues années. Cet exil et la destruction du Temple de Jérusalem seront interprétés comme la sanction envoyée par Dieu à cause de leurs fautes et introduisent une théologie de la rétribution, mais la Foi en l’Éternel et l’espérance de la délivrance ne faibliront pas : « Si je t’oublie Jérusalem, que ma main droite m’oublie » chantera le psalmiste. Cyrus, roi perse, apparaît non pas comme un simple libérateur, mais comme l’instrument choisi par le Seigneur pour sortir son peuple de la servitude. C’est donc un Dieu, éternellement fidèle, qui agit gratuitement, par pitié et miséricorde pour toujours renouer l’alliance avec son peuple et cela quelle que soit son infidélité.

Dans le Second Testament, ce n’est plus Cyrus qui délivre, mais Jésus/Yechoua « Dieu sauve », Fils de l’homme, Fils unique de Dieu, Fils envoyé dans le monde…

Paul, dans l’épitre aux Éphésiens (Ep 2,4-10) reprend et adapte la trajectoire de la première lecture : « Nous qui étions morts par suite de nos fautes, Dieu nous a donné la vie avec le Christ (Messie)… C’est bien par la grâce que vous êtes sauvés et par le moyen de la Foi. Cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu, cela ne vient pas des actes : personne ne peut en tirer orgueil. » Comme le peuple en exil à Babylone qui a cru, qui a eu foi en l’intervention gratuite de Dieu pour sa délivrance, sachant qu’il ne pourrait pas se sauver lui-même et retrouver Jérusalem !

Il est curieux que dans l’évangile de Jean (Jn 3,14-21), Jésus, dans son échange avec Nicodème, n’affirme pas être, « lui-même », le Fils de l’homme en qui il faut croire pour obtenir la vie éternelle. Le texte insiste par trois fois de façon quasi identique sur le lien primordial entre le fait de croire au Fils unique de Dieu, « élevé », qui par sa mort nous donne la vie.

Or, il ne suffit pas de croire mais de rendre « visible » : « celui qui fait la vérité vient à la lumière, pour qu’il soit manifeste que ses œuvres ont été accomplies en union avec Dieu. »

Par la Foi, nous sommes en relation avec Dieu et nos actes, s’inscrivant dans cette vraie relation, sont justes.

L’évangile de Matthieu, au chapitre 25, fait allusion au jugement dernier. Serait-il en contradiction avec le texte de Jean, en affirmant que le soin des faibles et des souffrants ouvre les portes de la vie éternelle ? Mais c’est passer un peu vite sur cette subtilité de Jésus qui recentre la démarche de Foi, demandant d’assimiler les faibles et les souffrants à sa propre personne. Aimer et agir ensemble.

Il ne s’agit pas, bien sûr, « de gagner son ciel », mais pour les croyants, la Foi en Christ-Yechoua donne corps et sens à la justice et donc au service du frère. Reste que nul ne peut dire que l’attention et le soin apportés à autrui, qu’il soit ou pas posé en son Nom, ne réjouit pas aussi… le cœur de Dieu. 
 

Catherine Rabouan

Rubrique du site: 
Les actualitésCommentaires des lectures dominicales
Ajouter un commentaire