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Commencement

Patrick ROYANNAIS
Evangile_selon_saint_Marc
Evangile selon saint Marc, manuscrit sur parchemin pourpré écrit à l'encre d'or, IXe siècle © bmi Epinal, MS 265 P/R @ Creative Commons (CC BY-SA 4.0)


Dimanche 6 décembre 2020 – 2e dimanche de l’Avent – Is 40, 1-5.9-11 ; Mc 1, 1-8

Début d’année liturgique, début comme un livre que l’on ouvre à la première page. Un vieux texte qui ne connaît évidemment pas nos usages d’édition et qui invente un nouveau genre littéraire. Un vieux texte qui créé du neuf, comme un commencement de monde, monde du texte, monde des lecteurs.

« Commencement de l’évangile de Jésus Christ Fils de Dieu. » Ce sont les premiers mots. S’agit-il d’une phrase ? Il n’y a pas de verbe. S’agit-il du titre du début, de l’introduction ? Il n’y aura pas d’autres titres pour les autres parties du livre. S’agit-il du titre de tout le livre, ces quelques feuillets, une quinzaine en tout ?

Oui, ces feuillets sont « commencement de l’évangile de Jésus Christ ». La suite, l’auteur ne l’a pas écrite. L’aventure chrétienne commence. Ce que nous appelons l’évangile de Marc n’est que, si l’on peut dire, le début. La suite est dans les mains et la vie des lecteurs, monde des lecteurs converti par le monde du texte.

L’évangile n’est pas un livre. (Il faut attendre Justin et les années 150 pour que le mot évangile désigne un texte.) L’évangile n’est pas même un message, mais une bonne nouvelle (c’est le sens du mot), ce qui arrive lorsque l’on ouvre l’oreille. « Une voix crie. » Chaque fois que le livre est ouvert, qu’une oreille est ouverte par le livre, de nouveau, c’est le « commencement de l’évangile de Jésus Christ ».

En grec, le premier mot de l’évangile, commencement, commence par la première lettre de l’alphabet, alpha. N’est-ce pas bien fait pour commencer ? Et pourtant, ce qui se désigne comme commencement ne l’est pas vraiment. Le texte que nous lisons est écrit vers 70. Voilà déjà quasi quarante ans que tout a commencé avec la mort et la résurrection de Jésus. C’est cette fin qui fait commencer. Le texte de Marc, « commencement de l’évangile de Jésus, Christ », est un retour en arrière, une anamnèse.

Double mémoire de surcroît. Commencement, c’est le deuxième mot du premier livre de la bible en grec comme en français, qui commence en hébreu par la deuxième lettre de l’alphabet. L’homme écoute, il est toujours précédé. Le premier chapitre de la Genèse, autant qu’un récit de création est une bénédiction. Créer pour Dieu, c’est bénir. « Dieu vit que cela était bon. » Avec un commencement, on fait du neuf, on crée du neuf. Avec Marc, nouvelle bénédiction, et c’est le commencement d’une bonne nouvelle. De bénédiction à bonne nouvelle, il n’y a pas loin. La bénédiction est d’actualité, toujours neuve, créatrice. Avec Marc, nous avons le commencement, c’est-à-dire la bénédiction initiale.

L’évangile est plus vieux que l’évangile puisqu’il y a déjà une bénédiction, une heureuse annonce dans un commencement déjà connu. Jésus s’évertuera à faire entendre la nouveauté de la bénédiction. Que l’on écoute la voix, qu’elle cesse d’être un cri dans le désert (subtile décalage de la ponctuation d’Isaïe) ! Par contrecoup, l’évangile, dont c’est le commencement, se révèle être lui aussi un récit de création. Dans la mort de Jésus comme commencement se joue une nouvelle création, un début, un enfantement, « fils de Dieu ».

Pour commencer, pourquoi donc citer le prophète qui commande de préparer la route et non la Genèse ? Les préparatifs ne viennent-ils pas un peu tard, si l’on est au commencement ? Ouvrir l’oreille, préparer la route est l’attitude pour écouter l’heureuse annonce. On ne lit pas le texte pour s’informer ou par curiosité, mais en passant à l’acte, préparer une route.

Nous n’avons commenté que le premier mot, commencement ! Arrivent des noms dont nous ne savons encore rien, puisque nous n’avons lu que cinq ou six mots. Jésus Christ, auxquels certains manuscrits ajoutent fils de Dieu. Ces mots tellement rabâchés ne nous arrêtent plus. Nous avons l’oreille fermée, nous avons déjà fermé le livre alors que nous prétendons l’ouvrir, le commencer, commencer avec lui.

« Évangile de Jésus Christ. » Jésus est l’évangile, l’heureuse annonce, la bonne nouvelle, sa vie, sa mort, commencement ; nous aujourd’hui, pour la suite de l’évangile. L’évangile est un acte, il se pratique, actuellement ; il est un moment riche de nombreuses scènes et rebondissements. Ouvrons l’oreille, il faut préparer la route au Seigneur. Le commencement n’est pas encore là, puisqu’il est toujours nouveau.


Patrick Royannais

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