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Clés pour déchiffrer le discours du diviseur

Michel MENVIELLE
Tentations du Christ - Botticelli
Tentations du Christ - Botticelli @ Wikimedia Commons - Domaine public


Dimanche 1er mars 2020 – 1er dimanche de Carême – Gn 3, 1-7 ; Mt 4, 1-11

Jésus sort du Jourdain après avoir été baptisé par Jean. Il voit l’Esprit divin descendre sur lui ; une voix depuis les cieux dit : « Celui-ci est mon fils, l’agapé, en qui j’agrée. » (Mt 3, 16-17). Et l’Esprit, associé à l’agapé du Père pour Jésus, le conduit aussitôt au désert, lieu de mise à l’épreuve. Il est donc nécessaire que soit éprouvé, dans le secret de l’intimité de Jésus, ce qui vient de lui être manifesté. N’en est-il pas de même pour chacun de nous ? N’est-ce pas sagesse d’éprouver au plus intime de soi ce que le souffle[1] de Vie nous révèle, avant d’en faire état ?

Jésus a jeûné quarante jours et quarante nuits. Il est affamé. Le tentateur s’approche : « Si tu es fils de Dieu, parle afin que ces pierres deviennent des pains. » (v. 3). Il invite Jésus à utiliser des pouvoirs qui lui permettraient de s’affranchir et de dépasser une des lois de la condition humaine, la faim. En réponse, Jésus cite la Torah (Dt 8, 3) : transmettre le souffle de Vie et les paroles d’Adonaï fait vivre l’homme, ce que ne permettent pas des pierres transformées en pain. Invitation pour nous, lecteurs des Évangiles, à comprendre que le tentateur nous invite à privilégier dans un récit de « miracle » ce qui est perçu comme surnaturel parce qu’en apparence inexplicable, alors que ce qui fait vivre est à rechercher dans les relations tissées et les paroles échangées.

Le diable (litt. le diviseur) place Jésus debout sur le faîte du Temple de Jérusalem, la maison d’Adonaï. Nouvelle invite (v. 6) : « Si tu es fils de Dieu, jette-toi en bas », avec référence à un psaume (Ps 91, 11-12), dont il pervertit le sens en le sortant de son contexte. Le psalmiste parle d’un homme qui demeure confiant en Adonaï, son abri en qui il a mis son logis, juste l’inverse d’un homme debout, en surplomb de la maison d’Adonaï et qui n’habite pas la maison de Dieu. Seul un tel homme accepterait de se jeter en bas pour éprouver la parole qu’il vient d’entendre. Et, bien sûr, en réponse, Jésus cite de nouveau la Torah (Dt 6, 16).

Ensuite, le diable fait voir à Jésus tous les royaumes du monde et leur gloire. Il les lui donnera s’il se prosterne devant lui (v. 9). Nouvelle invitation à transgresser la Torah et à trahir la parole droite du Père, en échange de la toute-puissance. Jésus lui enjoint alors de se retirer, en le traitant de Satan, d’ennemi. Et il cite de nouveau la Torah (Dt 6, 13). Alors seulement le diable le laisse, des messagers s’approchent et le servent.

Au jardin d’Éden, le serpent déforme l’ordre donné par Élohim, « tu ne mangeras pas de l’arbre de la connaissance de bon et mauvais » (Gn 2, 16-17), en demandant si Élohim a interdit de manger « de tout arbre du jardin » (Gn 3, 1) ; puis il invite à transgresser cet ordre pour « être comme Élohim » (Gn 3, 5). Les discours du diable et du serpent se font écho, ce qui suggère que quelque chose du récit de la Genèse est rejoué ici pour nous apprendre à démasquer le diviseur : il est à l’œuvre lorsque le sens d’une parole est perverti en la sortant de son contexte ou en la modifiant subtilement, lorsque le désir d’une forme de toute-puissance guide une action. Les réponses de Jésus nous montrent que le travail des Écritures nous permet de faire face aux difficultés de ce genre que nous traversons. Deux récits clés pour déchiffrer les discours « tordus » inspirés par le diviseur, en quelque circonstance que ce soit...


Michel Menvielle

 

[1] Le mot grec « pneuma » a pour sens souffle, d’où souffle de vie, et au sens religieux esprit divin.

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