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Choisir ou refuser de cheminer vers l’amour-agapé

Michel MENVIELLE
Croix
Croix © geralt @ Pixabay - Domaine public


Vendredi 2 avril 2021 – Célébration de la Passion du Seigneur – Jn 18, 1-19, 42

Jésus propose à ceux qui l’écoutent un chemin afin qu’ils s’agapent les uns les autres comme il les a agapés (Jn 13, 34), l’agapé désignant l’amour du Père (Jn 15, 9-10). Objectif eschatologique, qui ouvre à une autre relation avec Adonaï.

Nombre de Judéens vont vers lui et ont foi en lui, d’autres veulent le lapider (Jn 10, 31), d’autres rapportent aux pharisiens les signes qu’il fait (Jn 11, 46). Les grand-prêtres et les pharisiens réunissent le Sanhédrin[1]. Caïphe les convainc de tuer Jésus, pour éviter que tous aient foi en lui (Jn 11, 48-50). Peur d’une « dissidence » qui mettrait leur situation en péril.

Jésus et ses disciples quittent la Judée et vont à Éphraïm. Ils vont ensuite à Jérusalem pour la Pâque, où la foule accueille Jésus comme celui qui vient au nom du Seigneur (Jn 12, 13), ce qui conforte dans leur décision ceux que Caïphe a convaincus.

La veille de la Préparation de la Pâque, le soir après avoir mangé ensemble, Jésus et ses disciples vont dans un jardin où ils se réunissent souvent. Lorsque Judas arrive, menant la cohorte armée fournie par les grands-prêtres et les pharisiens, Jésus et ses disciples savent ce qui va se passer. Jésus s’avance de son plein gré. Il se fait reconnaître en disant : « Moi, je suis. ». Pierre, au contraire, cherche à défendre Jésus par les armes.

Jésus réagit : « Jette l’épée dans le fourreau ; la coupe que le Père me donne, ne la boirai-je pas ? » Me donne… Le verbe grec, au parfait, exprime le résultat présent d’une action passée. Ne la boirai-je pas ? Le grec me fait entendre : est-il concevable que je ne la boive pas ? Jésus exprime ainsi que cette coupe, métaphore de son supplice, est la conséquence ultime de ses actes et de son enseignement. Ne pas boire cette coupe serait ainsi renier son identité divine, sa relation avec le Père : inconcevable pour Jésus. Signe pour moi de son absolue fidélité à ce qu’il est. Jean met l’accent sur la force morale et l’autorité de celui qui affirme ainsi son identité (Jn 18, 6). Jette ton épée ! Jésus choisit de ne pas chercher à préserver sa Vie par la lutte physique, après un terrible combat intérieur à Gethsémani (p. ex. Mc 14, 32-42).

Pierre et un autre disciple suivent Jésus. Ils rentrent dans le palais de Caïphe. Et là, par trois fois, on demande à Pierre s’il est un des disciples de Jésus. À chaque fois, il nie sa relation avec Jésus, lui qui est un de ses disciples les plus proches. Il dit : « je ne suis pas » (v. 17 & 25), signe pour moi qu’il nie ainsi sa propre démarche vers la partie lumineuse de son être, vers la Vie qui est en lui. Ensuite, il pleure, signe de son combat intérieur.

Pierre et Judas, les Judéens, Caïphe et ceux qui le suivent… Jean nous montre que chacun de nous est confronté au choix entre refuser les barrières qui empêchent de vivre des relations dont le lavement des pieds (Jn 13, 1-5) est métaphore, ni humiliation ni domination mais confiance réciproque et absolu respect de l’autre, et vivre derrière des remparts défensifs tels le pouvoir religieux, au risque de l’idolâtrie (Jn 19, 15) et du crime pour l’intérêt de tous (Jn 11, 48). Choix jamais acquis, enjeu d’un combat intérieur tout au long de la vie.


Michel Menvielle


[1] Le Sanhédrin est la plus haute autorité religieuse de la communauté juive

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