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Le chemin de la présence réelle !

Vianney DANET
TJoseph von Führich @ Wikimedia Commons - Domaine public

 

Dimanche 26 avril 2020 – 3e dimanche de Pâques –  Luc 24, 13-25

Ils étaient deux compagnons, perdus, quittant l’atmosphère houleuse et dangereuse de Jérusalem après la crucifixion de Jésus et la découverte du tombeau vide. Ils étaient deux, apeurés, tristes, de ce bouleversement aussi inattendu que catastrophique. Ils étaient deux, marchant côte à côte, ressassant le désespoir de voir s’éloigner la libération que Jésus avait tant portée pour eux. Ils étaient deux ne sachant des informations entendues distinguer celles qui étaient crédibles (surtout venant des femmes !) des fake news. Ils étaient deux confinés, ne cherchant ni le contact, ni à se faire remarquer comme disciples de ce Jésus. Cela pourrait leur coûter cher.

Et il faut qu’un inconnu (oublions que c’est Jésus), seul ignorant des évènements récents, les aborde innocemment, les questionne sur leur désespoir, compatisse à leur tristesse, relise, relie Jésus, événements récents, et Écritures. Insuffisant pour que la présence du Christ leur apparaisse, mais accompagnement qui fait sentir le besoin de ne pas se quitter.

Ils étaient deux à vouloir le retenir. « Reste avec nous » ; à cela Jésus ne se fait jamais prier. Mais si leurs yeux brillent de curiosité, ils ne voient pas encore qui Il est. Il faut la table, la bénédiction, le pain rompu et donné. Alors ils le reconnaissent, se le disent l’un à l’autre, se lèvent, et vont retrouver les apôtres. La découverte du Vivant, parmi nous, fait voir l’autre, invite à se parler, encourage à se lever... Le confinement, la pandémie, est finie ; ils peuvent circuler sans crainte, se voir, se parler, aller à la rencontre.

Le parallèle avec notre humanité actuelle, avec la peur, la tristesse, est saisissant. Abattue, souffrante, désespérée de n’avoir rien vu venir, incapable de s’expliquer ce qui lui arrive, et d’en trouver facilement les remèdes, l’humanité souffre. Tous les projets anciens tombent à l’eau, ou perdent leur sens. Encore aujourd’hui dans la douleur, et avec l’accompagnement bienveillant des soignants, saura-t-elle dire à l’inconnu venu à son chevet « reste avec nous » ? Il n’est pas possible de trouver la « vie » sans rencontre avec le compatissant, sans invitation à s’asseoir à la même table, à partager le pain.

Le parallèle avec notre Église est tout aussi saisissant. Voilà que la situation actuelle soulève les fondements de notre foi, comme le gel extrême fissure la dalle de ciment. Que d’interrogations sur des rites et des pratiques qui sans assemblée, avec des clercs solitaires, et l’hostie confinée, semblent avoir perdu sens et vie dans des églises vides comme le tombeau au troisième jour ! Que d’interrogations sur un calendrier liturgique pour une part « hors sol » au regard des souffrances, des obsèques à huit clos, des vies angoissées, des dévouements extrêmes ! Et que de questions d’un seul coup sur la « présence réelle » et l’eucharistie !

Alors ce chemin d’Emmaüs est plein d’enseignements. Le Christ, le Ressuscité, se rend présent à chacun selon ce qu’il est, comme il est. Voyez, pour Thomas et les apôtres enfermés : passe muraille ; pour les disciples d’Emmaüs : un accompagnement sur mesure. Nous sommes aujourd’hui bien proches de ces disciples, apeurés, déboussolés, tristes, mais en chemin, non pas figés. Alors comme eux, nous pouvons puiser dans l’attention à l’inconnu qui nous interpelle la confidence de nos désespoirs, la volonté de conserver cette parole qui nous relie à l’espérance. Assis, seul, à deux, à trois pour rompre le pain, retrouver la mémoire : Sa Présence est bien ici où je suis, dans une chambre d’hôpital, devant un tiroir-caisse, sur un scooter avec mon sac à pizza, dans ma confection de masque, dans ma solitude, ou dans mon trop plein d’enfants. Alors comme les disciples nous pouvons « nous dire l’un à l’autre » (avec ou sans distance) « notre cœur était brulant », « Le Seigneur est ressuscité » et nous l’avons vu, nous aussi !
 

Vianney Danet

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