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Une boussole pour notre vie spirituelle

Michel MENVIELLE
boussole
boussole © Pexels @ Pixabay - Domaine public


Dimanche 20 décembre 2020 – 4e dimanche de l’Avent – Lc 1, 26-38

« Au sixième mois, le messager Gabriel est envoyé par Élohim… vers une nubile… Marie[1] » (v. 26-27). Luc commence son récit de la vie de Jésus par celui d’une « rencontre » mystique : Gabriel vient annoncer à Marie qu’elle concevra et enfantera un fils qu’elle nommera Jésus ; il sera appelé fils du Très-haut et Adonaï Élohim[2] lui donnera le trône de David, son père (v. 31-32). Ce récit fait suite à celui de la vision de Zacharie, entré seul dans le Temple pour offrir l’encens, à qui Gabriel annonce que sa femme, Élisabeth, engendrera un fils qu’il appellera Jean. (Lc 1, 5-25).

Deux rencontres avec un messager du divin, deux expériences hors du quotidien… Expériences réservées à quelques élus ? Je ne le pense pas. Luc inscrit en effet chacune de ces deux expériences dans la vie sociale et dans la démarche spirituelle de celui/celle qui la vit : Zacharie sert au Temple selon la coutume, et il prie (Lc 1, 9 ; 13) ; Marie vit à Nazareth, elle est fiancée à Joseph, et la salutation de Gabriel suggère qu’elle a « trouvé chérissement auprès d’Élohim1 » grâce à sa vie spirituelle[3] (v. 27-28). Luc nous montre ainsi que ces moments fugaces où se manifeste la présence en l’homme de ce qui le dépasse font partie de la vie de chacun, qui est invité à les accueillir en libérant le souffle de Vie insufflé par Adonaï Élohim dans les narines d’Adam (Gn 2, 7). Le chemin de conversion pour y parvenir nous est indiqué dans le Premier et le Second Testament : travailler les Écritures, et les méditer.

Gabriel répond aux demandes qui lui sont faites. Zacharie demande un signe pour croire ce que Gabriel lui annonce : il ne parlera pas jusqu’au jour où cette annonce s’accomplira (Lc 1, 18-20). Marie interroge sur la façon dont ce qui est annoncé s’inscrira dans sa vie (v. 34) : Gabriel lui répond et le dialogue se poursuit. Après le départ du messager, Marie va voir Élisabeth avec qui elle peut partager ce qu’elle vit (Lc 1, 39-56) ; elle demeure environ trois mois avec elle. Le besoin de signe, permettant de savoir et de vérifier, « bâillonne » l’expression de la spiritualité, alors que la confiance, le « lâcher-prise », et l’inscription concrète dans la vie quotidienne permettent son accomplissement.

« Le souffle sacré viendra sur toi, la puissance du Suprême t’obombrera. Ainsi, celui qui naîtra de toi, sacré, sera appelé Ben Élohim.1 » (v. 35). Gabriel ne répond pas directement à Marie en ce qui concerne la conception biologique de Jésus. En revanche, il parle de la transmission du souffle de Vie, à l’ombre de la « puissance du Suprême ». Signe de l’importance de l’accueil du souffle de Vie par les parents dans la découverte de ce souffle de Vie chez leurs enfants, démarche vers l’accomplissement de leur humanité qui commence dès la conception et qui se poursuit longtemps après la naissance, ainsi que Luc en fait récit pour Jésus, avec Joseph et Marie (Lc 2, 40-52).

Au travers de ces deux récits de « rencontre » mystique, Luc nous propose une boussole pour que notre vie spirituelle au quotidien soit chemin de sagesse et d’accomplissement.


Michel Menvielle


[1] Trad. Chouraqui

[2] Lecture proposée par Chouraqui pour « kurios o théos », habituellement traduit par « Seigneur Dieu »

[3] Le verbe grec est au parfait, temps indiquant un état présent qui résulte d’actions passés.

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