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La barque dans la tempête

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Jacques NEIRYNCK
Bateau dans la tempête
Bateau dans la tempête © jean louis mazieres @ flickr.com - CC BY-SA 2.0


Dimanche 20 juin 2021 – 12e dimanche du temps ordinaire – Mc 4, 35-41

Le métier de pêcheur de l’apôtre Pierre a suscité l’image de l’Église comme une barque, qui est prise régulièrement dans une tempête. Selon l’évangile, au moment de couler, elle est sauvée par l’intervention de Jésus de Nazareth : « Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? » Cette interpellation s’applique, mot pour mot, à la situation actuelle des Églises chrétiennes.

Avant de questionner ce rapport de la Foi soumise au scandale d’une catastrophe, il faut expliquer ce que signifie l’apaisement de la tempête par l’action de Jésus. Marc l’interprète selon la conception de l’époque, magique et animiste, où tout événement naturel est le résultat d’une intention divine. Si la tempête s’est déclenchée de la sorte, elle peut être apaisée de la même façon. Dans la réalité humaine et banale, Jésus de Nazareth a sans doute calmé l’angoisse des disciples, plutôt qu’immobiliser les éléments. Il a restauré leur Foi, c’est-à-dire leur confiance.

La même attitude s’impose aujourd’hui. Toutes les Églises chrétiennes subissent à des degrés divers une remise en question qui interroge non pas la Foi elle-même, mais sa présentation. Depuis le début de l’ère industrielle et les progrès des sciences, beaucoup de représentations de la réalité ont changé dans le sens d’une plus grande concordance avec la réalité. Des dogmes ou des mythes ne sont plus adéquats et heurtent ce que les fidèles savent par ailleurs. Par exemple, la prière ne peut pas être une requête adressée à une divinité, pour lui demander d'intervenir de l'extérieur dans notre histoire, d’arrêter une tempête. Le vent est un phénomène naturel dont la cause est la différence de pression atmosphérique, qu’il va réduire par son action. En soi, il n’est ni bon, ni mauvais. Il existe parce qu’il est nécessaire. Nous ne croyons plus en un Dieu qui agirait dans le monde, sous la forme d’une sorte de Père Noël. 

Dans sa plus juste requête, la Foi s’adresse à une autre figure du Seigneur, celle qui est esquissée dans la première lecture. Un Créateur dont l’action échappe à toute compréhension humaine et surtout à toute réduction magique. Job est scandalisé non seulement par les malheurs qui le frappent, mais de façon plus globale par le mal dans le monde. Pourquoi la Création n’est-elle pas parfaite ? Pourquoi le Mal est-il présent ? Réponse : parce que cela échappe à la compréhension humaine. Parce qu’il n’y a pas d’autre création possible.

De même la tempête qui secoue la barque de Pierre qu’est l’Église ne peut être surmontée que par la Foi, c’est-à-dire une confiance dans le Seigneur. Il n’y aura pas d’intervention miraculeuse qui résoudrait tous les problèmes par une opération magique. Il ne peut y avoir qu’une opération de l’Esprit sur l’ensemble des chrétiens pour les pousser à des actions décisives. De même que la démocratie, l’État de Droit et la solidarité sociale se sont imposés par l’exigence de tous, le sensus fidei apportera les corrections nécessaires.

Pour dépasser la contradiction entre un Créateur bienveillant et le mal, il faut admettre que les événements ne soient qualifiés de bons ou de mauvais qu’au seul gré de notre intérêt et de notre interprétation. En eux-mêmes, ils adviennent sans intention. La meilleure façon de l’expliquer est de citer un poète, Paul Claudel, qui récrit le dialogue entre Job et le Seigneur : « Allons ! Le moment est venu ! Rends Tes comptes ! Tâche moyen un petit peu de nous expliquer ce monde que tu as fait ! » Et le Seigneur, Il baisse la tête, répond : « Pardon Job ! Je ne l’ai pas fait exprès ! »


Jacques Neirynck

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