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Baptême de Jésus

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Jacques NEIRYNCK
Baptême de Jésus
Baptême de Jésus © yann-1 / 2 @ Pixabay- Domaine public


Dimanche 9 janvier 2022 – Le Baptême du Seigneur – Lc 3, 15-16.21-22

L’épisode du baptême de Jésus par Jean Baptiste dans le Jourdain est rapporté par les trois évangiles synoptiques. Il est sans doute historique car il n’est pas sans créer un certain embarras ecclésiastique. Si Jésus est conçu sans péché originel par Marie bénéficiant d’une immaculée conception, s’il est la deuxième personne de la Trinité, quel est le sens d’un baptême dans la mesure où celui-ci délivre du péché ?

L’authenticité des évangiles est attestée par ce qu’ils contiennent d’imprévu, de non conformiste, de « tout autre ». S’ils avaient été rédigés par des théologiens de profession, ceux-ci auraient censuré ce qui fait problème pour délivrer une dogmatique cohérente ; des historiens auraient considéré l’anecdote comme insignifiante. Heureusement, ce ne fut pas le cas, les évangiles ont été rédigés par des écrivains et nous sommes aujourd’hui comme toujours devant la même interrogation : que signifie ce baptême ? Qui est ce Jésus qui demande à être baptisé ?

Dans les commentaires classiques de ce passage., la dominante est l’interprétation sacrificielle : par cette démarche, Jésus de Nazareth assume la charge de tous les péchés de l’humanité qu’il va expier par sa mort. Cette vision négative n’est sans doute pas celle qui convient à notre siècle. Une autre interprétation est celle d’une Épiphanie de la Trinité qui se révèle en ses trois personnes : la Trinité n’est pas davantage un dogme parlant à notre époque. Enfin d’autres commentateurs très érudits soulignent que le baptême dans le Jourdain signifie le dépassement par Jésus de la religion héritée de Moïse, qui n’a pas pu franchir le fleuve et entrer dans la Terre Promise. Mais dans les temps troublés que nous vivons, l’érudition est de faible secours.

Peut-être pourrait-on se pourvoir d’une interprétation plus terre à terre. Le divin ne se révèle pas dans la gloire d’une épiphanie triomphante. Les empereurs de Rome se faisaient diviniser à l’époque, mais il ne reste rien de leur empire qui s’est écroulé dans la barbarie. Le divin se manifeste ici plutôt dans l’humilité, dans le dépassement des apparences. Le fils d’un charpentier se fait baptiser pour se consacrer à sa mission. Il se met dans la file des candidats au baptême. Il est vraiment homme. Il se sent moindre que ce qui est exigé de lui et il cherche une confirmation dans ce rite proposé au peuple d’Israël par le dernier des prophètes. Jean annonce la venue d’un Messie. Jésus découvre qu’il l’est.

Puisque cela s’est vraiment passé peu avant l’an 30 en Palestine, il en procède un appel qui retentit jusqu’à aujourd’hui. Tout être humain est appelé par le baptême à devenir prophète, à endosser la responsabilité d’une humanité en marche vers un destin qui la dépasse et qui dépend toutefois de chacun. Le rite actuel proclame que l’enfant devient prêtre, prophète et roi, sans considération de sexe du reste. Or dans les faits, cette consécration ne se concrétise que pour les membres du clergé.

Jésus ne faisait pas partie de celui de son époque. L’eût-il été, qu’il se serait conformé à la religion coutumière. Mais il entre dans sa vie publique qui dépassera tout ce que l’on pouvait attendre d’un petit artisan issu d’une bourgade perdue aux confins d’Israël. L’évangile de ce dimanche peut être interprété comme l’invitation à chaque baptisé de prendre au sérieux sa vocation sur les traces du premier Baptisé.


Jacques Neirynck

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