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Penser les relations sociales à l'aune de l'agapé pour faire face

Michel MENVIELLE
berger et moutons
berger et moutons © MrsBrown @ Pixabay - Domaine public

 

Dimanche 3 mai 2020 – 4e dimanche de Pâques – Jn 10, 1-10

Un espace à l’air libre pour des brebis. Une clôture, une porte, un portier. Le portier ouvre la porte au berger ; celui qui n’entre pas par la porte est voleur et fourbe. Les brebis reconnaissent chacun d’eux à leurs voix : elles accompagnent le berger alors qu’elles fuient loin du voleur. Le berger connaît par son nom chacune des brebis auxquelles il est personnellement attaché. Il leur parle d‘une voix claire et forte. Il les fait sortir et les guide, elles font route avec lui.

Les disciples ne comprennent pas. Ce discours n’est pour eux qu’une suite de sons [1] (v. 6).

Alors Jésus reprend : la porte ? C’est lui, Jésus (v. 7). Le portier (v. 3) ? C’est le Père : Jean indique que Jésus parle ici en « langage figuré » (paroimia, v. 6), comme lorsqu’il parle du Père à ses disciples (Jn 16, 26 ; 29) [2]. Et Jésus ajoute que quiconque entre en passant [3] par lui sera sauvé, entrera et sortira, trouvera pâturage (v. 9). Et il conclut : « Moi je suis le berger, le beau [4], et je connais les [brebis] de moi et les [brebis] de moi me connaissent, comme le Père me connaît et moi je connais le Père, et je pose mon souffle de vie en faveur des brebis. » (v. 14-15)

Jésus appelle chacun de ses disciples – ceux qui l’accompagnaient bien sûr, mais également nous, lecteurs ici et maintenant – à entrer par la porte. Il nous propose ainsi un objectif eschatologique : établir avec les autres des relations à l’image de la sienne avec ses disciples et avec son Père, relations que Jean nomme « agapé », et « poser notre souffle de vie » en leur faveur.

Les chemins ? Prendre comme boussole l’épanouissement surabondant de la vie : chacun est unique, connu par son nom, sa vie ne peut être sacrifiée. Sortir – avec un « berger » au début – de l’espace clos, pour qu’il protège sans enfermer. Apprendre à connaître l’autre sans préjugé – ce qu’exprime le vocabulaire grec.

Et il annonce la fécondité – pour chacun et pour tous – de cette démarche. Quiconque passe par la porte sera sain et sauf, et trouvera nourriture. Si le loup voit des brebis avec un serviteur à gages, il s’en empare vivement et les disperse. Que se passe-t-il pour un groupe qui entretient en son sein des relations d’amour-agapé ? Le texte n’en dit rien. Mais Jésus ne parle alors plus de brebis et de berger, mais seulement de lui comme « beau berger ». Ce qui suggère qu’il n’y a plus ni berger ni brebis, mais un groupe de pairs, d’égaux en humanité, qui ont ensemble la force de ne pas être dispersé et capturé.

Les brebis face au loup, métaphore d’un groupe humain confronté à une terrible catastrophe, qui met en jeu sa survie. Mettre au centre les motivations matérielles ne donne pas la force de faire face, et conduit à la déstructuration sociale et à la perte d’humanité. Au contraire, prendre comme boussole le respect de l’humain, penser les relations sociales à l’aune de l’agapé, donne la force de tenir bon, de faire face, et de progresser ensemble vers plus d’humanité.

Et nous, lecteurs de ce texte, ne sommes-nous pas appelés à être les « bergers » qui l’annoncent d’une voix claire et forte ?


Michel Menvielle


[1] Le verbe grec utilisé au v. 6 a pour sens premier « émettre des sons » ; il est différent de ceux utilisés aux v. 1 et 7 qui signifient « parler, dire ».

[2] Ce sont les trois seules occurrences de ce mot dans l’Évangile.

[3] À travers, ici avec idée d’agent

[4] Le mot grec a pour sens « beau », ici beauté morale.

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