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Appelés à être des pierres vivantes (1P2, 4-9)

Jacques MÉRIENNE
Pierres
Pierres © Alexandra_Koch @ Pixabay - Domaine public


Dans son homélie du 5e dimanche de Pâques, le père Jacque Mérienne, prêtre du diocèse de Paris à Saint-Eustache, commente cette exhortation de Pierre dans sa première lettre.

« Vous aussi, comme pierres vivantes, entrez dans la construction de la demeure spirituelle, pour devenir le sacerdoce saint et présenter des sacrifices spirituels, agréables à Dieu, par Jésus Christ » déclare Pierre à ses frères. Comme pour tout juif qu’il est, le Temple de Jérusalem est au cœur de sa religion, le Temple comme présence de Dieu, seule présence de Dieu au milieu de son peuple, le Temple gardé et servi par le corps sacerdotal des prêtres de la tribu de Lévi. Ce que Pierre déclare aux autres disciples et aux nouveaux convertis, c’est qu’ils deviennent eux-mêmes, et en même temps, le Temple et les prêtres, ils deviennent le Temple vivant et les prêtres dont le lien, entre eux, n’est pas d’être issus d’une tribu particulière, mais d’être tous frères et sœurs dans le Christ. La réalité tangible et absolue que le Temple est pour Pierre devient pour les nouveaux croyants que sont ceux qui ne s’appellent pas encore les chrétiens, le signe qu’ils sont personnellement et ensemble, dans leur chair et dans leur esprit, la structure intime de la nouvelle communauté qui va incarner dans leur monde le Christ vivant ressuscité. Vivant ensemble ce signe du temple et de ses prêtres, ils fondent ce qui ne s’appelle pas encore l’Église, ils réalisent et font exister ce que ce signe signifie, ils sont sacrement du Christ qui les fait vivre.

En quelques années avec Paul, et en quelques siècles avec les Pères, l’Église va trouver la forme que nous lui connaissons même si elle a beaucoup évolué à travers les millénaires, si elle a grandi et essaimé sur toute la surface de la Terre, si elle s’est divisée et s’est trahie, si elle a traversé de nombreuses crises, la dernière en date étant actuelle, et à chaque fois elle a retrouvé son intuition des premiers temps, elle garde comme fondement d’être toujours le fruit des fidèles qui la composent, des fidèles qui la créent tout en la recevant de l’Esprit du Christ, en exerçant leur sacerdoce commun. De quoi est fait ce « sacerdoce commun des fidèles » ? Je retrouve, pour en parler simplement, ce dialogue imaginé par le poète Bernard Feillet entre Dieu et le croyant qu’il est lui-même sans savoir où il en est : « Moi qui suis l’amour, raconte-moi comment tu as toi aussi inventé l’amour. Ne me dis pas comment tu m’as aimé, Moi ton Dieu, c’était au-delà de ta portée, dis-moi comment tu as aimé tes frères. Dis-moi ta vie d’homme. » Car le sacerdoce dont il est question ne se définit pas d’abord comme cernant et servant la religion, d’ailleurs pour notre époque qui se sécularise cela vaut peut-être mieux, il se définit par la manière dont nous vivons notre humanité, dans tout ce qu’elle comporte de quotidien ou d’exceptionnel, de routinier ou de créatif, la manière dont nous vivons notre humanité comme une existence où Dieu s’annonce, et notre humanité comme signe qu’il est déjà là parmi nous et en nous.

Les circonstances de la crise sanitaire ont éloigné beaucoup d’entre nous des balises qui marquaient leur vie de chrétiens explicites, certains souffrent de se sentir sourds et silencieux loin des messes et des prières communes, d’autres découvrent que leur foi peut se nourrir de seulement quelques paroles de l’Écriture sans rites ni rassemblement parce qu’ils ont en eux une mémoire vivante qui est en fait un culte intérieur, d’autres enfin sont hélas perdus et appellent à l’aide. Alors cela nous ouvre à tous ceux, spécialement les jeunes, qui n’ont pas vécu ce que nous avons vécu en Église depuis des années, quand bien même nous avions l’impression que cela devenait au fil des ans de plus en plus fragile, cela nous ouvre à tous ceux très nombreux, majoritaires aujourd’hui, qui n’appartiennent pas à la vie religieuse que nous connaissons, et à qui sans doute nous aimerions la transmettre puisqu’elle a donné du sens, puisqu’elle a donné son sens à notre vie. Je reprends ici ce qu’écrit Bernard Feillet : « Nous ne pouvons prétendre en tant que communauté chrétienne être les seuls témoins qui pourraient éclairer leur existence, nous ne savons même pas s’il serait mieux pour eux de devenir chrétiens, sommes-nous capables d’accepter que notre Église ne leur est pas nécessaire ? » L’expérience que nous faisons nous-mêmes en ce moment de la perte des repères et balises de notre vie religieuse ne nous rapproche-t-elle pas de nos contemporains qui cherchent leur voie, ou qui l’ont trouvée sur d’autres chemins que les nôtres, ou qui n’ont pas même ni l’idée ni l’envie de chercher du sens parce que la société dans laquelle nous vivons leur fait croire qu’il peuvent s’en passer ? Notre perte des rendez-vous ecclésiaux et habitudes spirituelles qui nous portent et nous nourrissent, ne nous remet-elle pas en recherche, en chemin, la même recherche et les mêmes chemins que tous ceux qui autour de nous explorent leur humanité à la recherche de l’essentiel ? Pour les croyants que nous sommes perdre est souvent trouver autre chose, manquer est souvent savoir lâcher ce à quoi nous nous accrochons, perdre et manquer est souvent retrouver l’humilité et la pauvreté qui nous placent sur le même pied que nos frères et sœurs contemporains.

Pierres vivantes nous le sommes alors, destinées à bâtir avec tous les hommes une demeure spirituelle dans laquelle chacun et chacune a sa place préparée.
 

Père Jacques Mérienne
Prêtre du diocèse de Paris à Saint-Eustache

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Cher Jack

Tu dis "perdre est souvent trouver autre chose, manquer est souvent savoir lâcher ce à quoi nous nous accrochons", et je signe.
Ne pourrais tu pas lâcher ces mots de "sacrement" ou "sacerdoce "
que tu ne cesse d'user et d'abuser.
sans compter cette expression " sacerdoce commun", mensonge délicieux,
car vous avez toujours le pouvoir sacerdotal et clérical
que Jésus n'a jamais institué.
Mon ami Bernard Feillet, que tu cites, a toujours banni ces mots sacrements, sacerdoce etc
mots jamais prononcés dans la bouche de Jésus.
Avec Jésus, il n'y a ni sacré, si sacrement, ni sacerdoce, ni sacrifice !
Puisses tu le dire à st Eustache et ailleurs ?
Puissions nous entrer en liberté.
Pierre
ton frère
pcastaner80@gmail.com

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