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Annonciation, une divine et spirituelle fécondation ?

Vianney DANET
Annonciation
Annonciation © SAJ-FSP @ Pixabay - Domaine public


Jeudi 25 mars 2021 – Annonciation du Seigneur – Luc 1, 26-38

Neuf mois avant Noël, l’Église nous convie à célébrer l’annonciation, quand l’esprit et la chair qui ne font plus qu’un. De cette « fécondation », les interprétations les plus fréquentes en Église mettent en avant une certaine passivité, une obéissance, une soumission, retenant avant tout « que ta volonté soit faite ». Et si nous abordions ce texte comme un dialogue d’alliance, un engagement joyeux, heureux ? Celle qui vient du côté d’Adam devient porteuse du nouvel Adam que l’ange annonce. La parole se fait chair.

Ce récit sans visée historique ni biologique veut montrer la dimension divine de Jésus incarnée en une jeune fille vierge. Ainsi Marie, femme choisie entre toutes, les représente toutes, entraînant dans son sillage l’humanité féminine. Femme, reconnue seule capable de faire grandir en elle une parole, qui ne lui appartient pas.

Cette histoire, construite pour enseigner, comporte trois parties : au centre le message, précédé de l’apparition de l’ange, suivi de la réponse de Marie. Une telle annonce demande un cadre et des personnes qui en soient dignes, capables de porter l’enfant pour ensuite s’effacer. Cela se passe en Galilée, partie septentrionale de la Palestine à proximité de la Phénicie, espace de brassage entre juifs et païens, indice de l’universalité de la destinée de Celui qui vient. Cela se manifeste aussi dans l’attente de Jean Baptiste, qui montre ce que Dieu peut accomplir en Élisabeth la stérile, puis dans le rapport que Luc fait entre Jean Baptiste et Jésus.

Avant même de la nommer, Luc nous dit que la destinatrice de l’annonce est une jeune fille promise à un certain Joseph, de la maison de David. Et puis il y a l’ange, le messager, voix tout intérieure, garante de la présence et de la parole divine. Qui d’autre pour entrer à ce point dans l’intimité d’une jeune fille déjà promise ? Elle entend « tu concevras et enfanteras un fils », Jésus, à qui Dieu donnera le trône de David, pour un règne sans fin. Marie bouleversée, surprise, honorée ? Prise dans cette voix qui la comble de grâce et en même temps met en défaut son projet avec Joseph, Marie cherche habilement la faille de cette annonce. Pragmatique, réaliste, subtile, à l’image de la Samaritaine, Marie oppose la raison : « Et comment cela se fera-t-il puisque je ne connais point d’homme ? » Réponse de l’ange qui va au cœur de Marie :« L’esprit de Dieu descendra sur toi, comme une nuée, et te prendra sous son ombre... Et l’enfant qui naîtra sera appelé fils de Dieu. » Que peut-elle espérer de mieux, comblant, en un instant, l’attente d’Israël ? Parole invraisemblable mais rendue crédible par la maternité d’Élisabeth, déjà au sixième mois. Encore un fois, rien n’est impossible à Dieu ; la boucle serait-elle bouclée ?

La réponse de Marie, son consentement, devient engagement réciproque : « Qu’il m’advienne selon ta parole. » L’Alliance est scellée dans la chair de cette femme ! Joseph deviendra le complice, le soutien de l’inouï. Par Marie, tout devient possible en chacune et chacun de nous. Comme Marie ,« élève ton cœur jusqu’où la grâce de Dieu peut descendre ». Un des thèmes du carême 2021 n’est-il pas « relève-toi » ?


Vianney Danet

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