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« …afin que vous vous agapiez les uns les autres »

Michel MENVIELLE
lavement des pieds
Steffen Heilfort © Wikimedia Commons [CC BY-SA 3.0 ]


Dimanche 19 mai 2019 – 5e dimanche du temps pascal – Jn 13, 31-35

Avant la fête de la Pâques, dernière soirée de Jésus avec les siens (littéralement : ceux qui lui sont particulièrement attachés), avant qu’il soit livré.

Au cours du repas, Jésus dit que « maintenant est glorifié le fils de l’homme, et dieu est glorifié en lui » (v. 31). Auparavant, Jésus s’était levé de table et avait lavé les pieds des siens, leur donnant l’exemple d’une relation basée sur la juste conscience et l’absolu respect de l’identité et de la dignité, pour soi et pour l’autre (Jn 13, 4-12). Revenu à table, après avoir annoncé qu’il va être livré par l’un d’eux, il donne une bouchée à Judas en lui disant : « ce [que] tu fais, fais vite. » Judas sort dans la nuit (Jn 13, 26-27). Jésus l’a invité à agir, sans en dire plus, le mettant ainsi en face de son choix, et ce en posant des actes volontaires symboliquement « maternant » – il lui a lavé les pieds et il a partagé le repas avec lui – sans le stigmatiser ni le juger avant qu’il ait agi. Signe pour moi du respect absolu par Jésus de Judas.

Jean nous invite à y voir des exemples d’« agapé jusqu’à l’extrême » (Jn 13, 1), et à comprendre qu’ils participent à la manifestation de la gloire du Fils de l’homme, c’est-à-dire, nous dit-il, de la présence divine en lui, en la rendant perceptible à ceux qui sont avec lui ce jour-là, et ensuite aux lecteurs du récit de Jean.

Puis Jésus donne un nouveau commandement aux siens, « afin que vous agapiez les uns les autres, comme je vous ai agapés afin que vous vous agapiez les uns les autres[1] ». Un nouveau commandement... Le mot grec est celui utilisé dans la traduction grecque dite des Septante du Premier Testament, lorsqu’il est question des commandements d’Adonaï. Mais Jésus formule ce commandement d’une façon inhabituelle : il n’enjoint pas à ses disciples de faire telle ou telle chose, en l’occurrence de s’agaper les uns les autres. Mais peut-on enjoindre cela dans le respect de l’autre ? Il leur propose au contraire un objectif eschatologique : l’amour-agapé, qui rend perceptible la présence divine au plus intime de l’homme. Le commandement ? C’est le chemin pour y parvenir… À chacun de le découvrir en travaillant personnellement les écritures ! Jésus nous donne une indication : il a agapé les siens afin qu’ils s’agapent les uns les autres, et il leur a proposé des « travaux pratiques » durant ce dernier repas. Agaper s’apprend par l’exemple.

C’est pour moi invitation à établir des relations dont le lavement mutuel des pieds est métaphore, ni humiliation, ni domination, mais confiance réciproque et absolu respect de l’autre. Des relations qui ne conduisent pas à la mise à mal de l’identité, dans le fusionnel ou l’envahissement. En écho, les moments fugaces où cette agapé advient ne sont-ils pas traces de cette présence du divin en nous, qui nous dépasse ?
 

Michel Menvielle

 

[1] Traduction au plus près du grec : la conjonction grecque « ina », introduisant une proposition marquant le but, est utilisée deux fois dans ce verset

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