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À la quête de son identité

Anne-Joëlle PHILIPPART
sourds muets aveugles


Dimanche 27 janvier 2019 – 3e dimanche du temps – Ne 8, 2-4a.5-6.8-10 ; 1Co 12, 12-30 ; Lc 1, 1-4 ; 4, 14-21

Les trois lectures de ce jour parlent du droit à être reconnu dans son identité véritable.

Les exilés reviennent à Jérusalem. Tout est délabré. Certains sont restés, d’autres sont arrivés d’ailleurs. Bref, on ne les pas attendus. La vie a continué son cours. L’espace est occupé. Mais, au nom de Dieu, de la terre promise et donnée, des lois d’accueil du Deutéronome, il faut accueillir tous ceux qui reviennent, les soutenir et partager. Alors Esdras proclame le credo du peuple de Dieu, du peuple revenu sur sa terre. La loi de Moïse est lue et commentée. Ce texte, sacerdotal, réinstalle une foi, une loi mais aussi un rite et une liturgie. C’est autour d’une identité reconstruite, une identité qui a longtemps sommeillé, mais dont le peuple est fier, que le pays va pouvoir se rebâtir et que les difficultés vont être surmontées. Sagesse des anciens, le culte se recrée autour de la joie et de l’espoir, sans oublier les plaisirs si humains du festin, de la chaleur du vivre ensemble.

Paul, dans la Lettre aux Corinthiens, parle aussi d’identité. Mais ici, il s’agit de l’identité individuelle et collective. Le nouveau peuple de Dieu, les disciples de Jésus font un mais chacun dans ce qu’il, et elle, est véritablement. La diversité est source de richesse. Chacun y a une place reconnue en fonction de ses charismes. Nulle limitation, nulle exclusion aux vocations n’est émise. Pas question de dire à la main qu’elle est un pied, ni à l’oreille qu’elle est un œil. Ce texte a pourtant été détourné de son essence pour maintenir l’ordre social, ses strates et ses stéréotypes. Certains étaient faits pour être chef, on leur a dit qu’ils étaient de la race des pauvres faits pour obéir. D’autres étaient faites pour être prêtre, on leur a dit qu’elles étaient de la race des femmes pour servir. Banni.es de leur être profond, ils et elles ont dû s’adapter et se soumettre, mais à quel prix ! Quelle oppression ! Quel emprisonnement ! Mais aussi, que de talents perdus, que de diversité appauvrie pour arriver à un entre-soi mortifère et aveugle à l’identité de l’autre.

Et pourtant, Jésus a ouvert les yeux des aveugles et les oreilles des sourds. Il répète cette promesse de Dieu qui traverse toute la Bible : les captifs et les opprimés seront libérés et les aveugles retrouveront la vue. Aujourd’hui, mais déjà il y a 2000 ans, s’accomplit ce passage des Écritures, dit Jésus. Oui, Jésus est venu faire advenir le Royaume de Dieu, son rêve pour une humanité réconciliée, sans peur, qui peut voir en l’autre le trésor qu’il n’a pas et le promouvoir sans jalousie. 2000 ans pour comprendre… Pour faire un monde dans lequel chacun puisse donner le meilleur de lui-même, mon Dieu que c’est long ! Mais savent-ils vraiment ce qu’ils font ? Qu’il est difficile à comprendre ce message de Jésus, ce message d’égalité, de liberté et de solidarité. Heureusement, Dieu voit et ouvre les cœurs. Mais Seigneur, aurais-tu perdu la clé ? À moins que nous l’ayons déjà reçue… et enterrée dans le permafrost ?


Anne-Joëlle Philippart

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