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1er janvier, Sainte Marie

anne SOUPA
Théotokos
Théotokos - (partiel) © MapperDB @ Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)


1er janvier, Sainte Marie, Mère de Dieu – Ga 4, 4-7 ; Lc 2, 16-21

Marie ne nous en voudra pas si j’ouvre ce commentaire par une joyeuse annonce de bonne année à vous tous, chers amis lecteurs. Souhaitons-nous donc mutuellement de grandir en confiance, en ouverture de cœur, en humanité. 

La liturgie célèbre le début de l’année civile avec une « solennité » en l’honneur de Marie Mère de Dieu, appelée en grec la Théotokos. J’avoue que ce dogme me plaît, bien plus que les autres dogmes mariaux. Oui, j’ose dire ma préférence, alors que mon devoir serait sans doute de partager et d’aimer tous ces fameux dogmes mariaux... Pourquoi celui-ci davantage que les autres ? La raison en est que nous sommes aujourd’hui plus familiers d’un Dieu proche de l’humanité, « semblable à nous en tout hormis le péché » qu’en 431, lors de sa promulgation par le Concile d’Éphèse, où les querelles sur les deux natures du Christ faisaient rage. Et nous admirons tellement – le mot est faible – l’humanité de Jésus que nous avons tendance, dans un élan spontané de foi, sans même le secours du catéchisme, à y voir là plutôt qu’ailleurs le germe – ou l’aboutissement – de sa divinité. Voilà donc un dogme que je trouve « moderne », et comme ce n’est pas si fréquent, pourquoi ne pas le dire ?

Si cette déclaration dogmatique honore Marie, elle informe cependant plus sur le Christ que sur sa mère. La Théotokos éclaire, d’une façon presque plus simple, ce qu’affirmera plus tard le concile de Chalcédoine (451) : la foi en un Christ « vrai Dieu et vrai homme, sans confusion, sans changement, sans division et sans séparation ». Elle aide à comprendre qui est le Christ à partir de sa mère, simple femme et femme simple. Cette réalité de l’histoire dit que, pour les chrétiens, l’humanité et la divinité sont indissociables. Leur Dieu n’est pas un magicien trônant, sceptre en main, sur un confortable cumulonimbus, mais il est « né d’une femme », comme le dit Paul dans la 2nde lecture de ce jour. Par conséquent, appeler « Mère de Dieu » cette femme « dont on n’a rien dit », comme le rappelle le musicien Didier Rimaud, est un coup d’état théologique : il met à bas les « Super Dieu », les « Deus ex machina », et bon nombre d’archaïsmes religieux.  

Pourtant, il y a un piège dans cette affaire. Un piège dans lequel, au cours des siècles suivants, la piété populaire est tombée tête baissée. Au lieu de s’incliner devant l’abaissement de Jésus, « qui n’a pas usé de son droit d’être traité comme un Dieu » (Phil 2, 6), les fidèles ont préféré faire de Marie leur championne, « Notre Dame », la plus haute figure de l’humanité. Ce faisant, ils n’ont fait que chercher à se hausser plus haut que leur col... L’honneur d’avoir enfanté Dieu a tourné en exaltation grossière des vertus de Marie, promue Reine mère toute puissante, prompte à résoudre tous nos problèmes, et bientôt digne de devenir la 4e personne de la Sainte Trinité. En l’honneur d’elle, les célébrations mariales, les constructions d’églises, les homélies dithyrambiques se sont multipliées, et les mots ont pris une enflure démesurée. Marie est devenue « la verge d’Aaron qui fleurira sans être arrosée », « la reine du ciel », et même, selon un célèbre commentateur byzantin du 11e siècle, « elle est vraiment le ciel et, plus encore que le ciel, elle est appelée celle qui contient Celui que nul ne peut contenir et qui embrasse l’infini[1] ». On ne s’étonne plus que Luther, au 16e siècle, ait voulu stopper cette inflation débordante.

Les textes de ce jour sont sobres, comme le sont d’ailleurs tous les évangiles à propos de Marie. Ils invitent à reconnaître l’œuvre de Dieu et à en dire du bien. L’évangile évoque l’humble condition de l’enfant, « couché dans sa mangeoire » et glorifié par des marginaux de la société, les bergers.

Il conclut ainsi : « Marie retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur. » Combien d’interprètes en déduisent que Marie était silencieuse, et que le silence et la discrétion sont les meilleurs attributs de « la femme » ! Mais c’est tomber dans un autre piège ! En effet, Luc, ici, répond à la question : qu’est-ce qu’un témoin ? C’est celui qui garde mémoire et qui fait mémoire. Mais pour être témoin, point n’est besoin d’être plus femme ou plus homme. Il suffit… de témoigner. Si Luc avait dépeint ce qu’est une femme, misère de nous, femmes, nous devrions être vierges et mères en même temps ! Aussi, cessons de voir en Marie le modèle de « la femme », mais apprenons à y voir le modèle du croyant accompli. Il y a d’ailleurs une bonne dose d’indécence à prétendre réduire le message évangélique à un problème immédiat d’identité… masculine ! N’oublions donc jamais que la Mère de Dieu ne nous parle pas d’elle, mais de son enfant bien aimé. Rien de ce qui est dit d’elle ne vise à la décrire dans son historicité singulière, mais tout doit concourir à nous faire prendre conscience de la grandeur de son Fils.
 

Anne Soupa


[1] Michel Psellos, Discours sur la Salutation à Marie, 2, Patrologie orientale, 16, 3, 1992, p. 521-522.

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MARTIN

Loin de votre dogme, Marie s'est surtout rapprochée de nous grâce à Daniel Marguerat, notamment, un théologien protestant qui ose revenir sur la question d'une naissance illégitime de Jésus, le "fils de Marie" (Mc 6,3).

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