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Aux clercs la lourde tâche d'oser déraciner le cléricalisme !

Jean-Luc LECAT-DESCHAMPS
Prêtres et laïcs
© CCBF


Aux clercs (prêtres, évêques et diacres) pourrait revenir en grande partie, à mon avis, la lourde tâche de faire sortir le peuple de Dieu du cléricalisme. Rude chemin à parcourir, qui, me semble-t-il, ne peut être vécu que si les clercs s’unissent aux laïcs.

Car même si les laïcs s'attaquent au cléricalisme, ils butent sur le pouvoir des clercs. Ce sont eux qui verrouillent l'Église aujourd'hui. Ils se sont approprié et s'approprient la parole de Jésus : « Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié  dans les cieux, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans les cieux. » 

Or ce sont ces clercs qui ont participé à la formation des chrétiens, ce sont eux, souvent aidés de laïcs sous leur  autorité, qui ont forgé les consciences chrétiennes ; ce sont eux que l'on appelait l'Église enseignante ; ce sont eux qui, aux yeux de la majorité des catholiques, ont le savoir. Ce sont donc aussi eux qui peuvent permettre de délier, d'ouvrir les portes et de vivre passionnément ensemble l'Évangile au 21e siècle.

Pour ce faire, il me paraîtrait indispensable que les clercs réalisent que le cléricalisme s'enracine dans le "sacerdoce ordonné" qui les marque, selon la théologie classique, d'un caractère ineffaçable et en fait ainsi des êtres à part dans la communauté des disciples, en leur conférant comme une deuxième nature.

La remise en cause fondamentale de cet "être de prêtre" comme source de ce mal qu'est le cléricalisme suppose nécessairement audace et courage, surtout quand on sait tout le poids hiérarchique et doctrinal qui pèse sur chacun et même souvent l'emprisonne : il s'agirait, selon moi, d'oser reconnaître et, ensuite, d'oser dire au peuple chrétien que, tout en ayant des fonctions particulières, les clercs n'ont aucune supériorité, aucun pouvoir spécial ni sur le divin ni sur quelque personne que ce soit, aucune autorité particulière pour décréter universellement ce qui est vrai ou faux, ce qui est bien ou mal.

De par leurs études, leurs longs moments consacrés à la méditation et à la prière, les clercs ont acquis des connaissances qui ont enrichi leur vie et leur vision de l'existence. Ceci leur permet de cheminer avec les chrétiens en recherche, de proposer des pistes de réflexion, d'aider à la déconstruction des formatages et des visions fondamentalistes, souvent naïves, de la foi. À leur façon, avec la fonction qui est la leur, ils apportent leur éclairage à la construction de la communauté et, plus largement, du monde .

Pour le peuple chrétien très formaté par son catéchisme, des siècles de tradition et les prises de positions souvent catégoriques de la hiérarchie, il me paraît indispensable que ce soient prėcisėment ces hommes, les clercs, qui libèrent les chrétiens en leur restituant leur liberté de penser, de choisir et d'agir face à la vie comme face à la foi.

Bien sûr on m'objectera toute l'histoire et la tradition de l'Église ; on va me démontrer, à l'aide de conciles et d'arguments d'autorité ou théologiques, que cette Église est infaillible, que ce qu'elle a fait et décrété jusqu'à maintenant est intangible, irréformable et définitif. Mais, encore une fois, ce sont les clercs qui s'arrogent ce pouvoir.

Bien sûr c'est à un dépouillement radical que j'ose ainsi inviter tous ces hommes, si souvent infiniment généreux et qui ont tant donné de leurs forces et de leur vie. Mais il me semble que c'est à ce prix qu'ils seront crédibles et qu'ils ouvriront un vrai chemin de vie pour le monde de notre temps, témoins authentiques  de celui qui s'est dépouillé jusqu'à la croix... c'est pourquoi Dieu l'a exalté !

Reprendre les choses à la racine semble être la chance de toutes ces crises. N'est-ce pas le refus du cléricalisme sous toutes ses formes qui peut participer à la libération confiée par Jésus ?

Aux clercs l'honneur d'oser s'associer aux laïcs pour déraciner le cléricalisme !
 

Jean-Luc Lecat-Deschamps - Octobre 2018

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Commentaires
dominique bargi...

Mais qu'attendez-vous donc pour vous convertir au protestantisme réformé et de ficher ainsi la paix à ceux qui ne partagent décidément pas vos analyses?

Dieudonné

Bonjour Monsieur,
Mais tout simplement parce que nous sommes catholiques.
Disons catholiques «  protestants » des dérives que notre pape François lui aussi dénonce !

Dieudonné

Je réagis déjà aux premières lignes de votre commentaire à propos du pouvoir des clercs ... Étant diacre, je me demande si vous êtes au courant du « pouvoir » des diacres dans l’Eglise ...
Le diacre n’a aucun pouvoir, il est paria avec les parias ... Si vous voulez du pouvoir dans l’Eglise sans être prêtre... il vaut mieux être femme (eh oui !) je ne vois guère d’hommes laïcs en responsabilité d’Eglise. les femmes seraient-elles plus manipulables par les Prêtres ? Je blague ... à moitié...
Ceci dit, j’adhère à votre intervention.

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