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Le Voisinage : laïcs en mission !

Claudine BÉNARD
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Nous avons vécu un « voisinage », de 1995 à 2000, dans la paroisse Saint-Antoine-des-Quinze-Vingts, dans le XIIe arrondissement de Paris. Cette paroisse recouvre un territoire et des populations variés, du vieux Paris des artisans du faubourg Saint-Antoine à l’Opéra Bastille et au marché d’Aligre, en passant par la Gare de Lyon et l’hôpital des Quinze-Vingts…

Sous le signe de la communion et de la mission, le projet, aisé à mettre en œuvre, s’est révélé un excellent vecteur pour vivre l’Évangile au quotidien avec les personnes de son quartier, et a rempli de joie tous ceux qui y ont participé : en quelques mois, un quartier anonyme devient un village ! Se mettre au service de son quartier, exercer l’amour de charité, avec humilité et patience, peut rendre l’espoir, donner le goût de l’espérance et peut-être de la foi.

Ce compte rendu espère susciter l’envie de tenter de telles expériences ou d’en inventer d’autres.

 

Les « voisinages » à Saint-Antoine-des-Quinze-Vingts (1995-2000)

Le projet avait mûri en conseil pastoral.

Avec le curé, nous avions regardé attentivement l’annuaire des paroissiens et avions appelé un certain nombre d’entre eux à participer au projet, comme responsables ou animateurs des « voisinages ». Le dessin d’une grappe de raisin est-ce qu’on peut faire un lien ?s’organisant autour de 10 grains définissait autant de secteurs de voisinages sur le territoire paroissial. On proposait un engagement à l’essai, pour une durée limitée puisque le projet était expérimental. L’objectif, si cela fonctionnait, était de mettre en place une responsabilité tournante afin que, sur quelques années, cette responsabilité soit portée par le maximum de personnes.

Le projet a été lancé lors d’un rassemblement paroissial, journée à la campagne qui a réuni plus de 400 personnes. Après une présentation d’ensemble, on proposait aux personnes de se réunir par secteur de voisinage pour faire connaissance, s’approprier le projet et fixer une première date de réunion.

Dans le groupe de voisinage où nous nous sommes retrouvés, nous avons été immédiatement interpelés par des Africaines qui se sont plaintes de n’avoir jamais été (vraiment) accueillies à la paroisse. Nous avons alors découvert, pour notre plus grande honte, qu’à deux pas de chez nous se situait un foyer de demandeurs d’asile (CADA), abritant plus d’une centaine de personnes en grande difficulté, auquel nous n’avions jamais prêté attention, le confondant avec un foyer d’accueil de travailleurs. Ce fut le commencement d’une belle aventure commune, sur laquelle il y aurait beaucoup à raconter et à écrire. Nous avons lié connaissance avec le directeur du CADA et l’équipe administrative et avons commencé à nous associer aux rencontre et fêtes organisées sur place ; de notre côté nous avons organisé des sorties culturelles pour les membres du CADA, avons proposé de l’alphabétisation, de l’aide sous toutes ses formes y compris pour l’obtention des papiers, etc. Et bien évidemment nous avons accueilli dans notre groupe de voisinage des chrétiens du CADA (originaires majoritairement d’Afrique – RDC, Rwanda, Bénin – et d’Europe de l’est). Beaucoup sont devenus des amis. Ces rencontres ont aussi contribué à apaiser certaines relations à l’intérieur du CADA qui réunissait non seulement bien des misères du monde mais aussi ses conflits, sous un unique toit.

Notre « voisinage » a été une expérience évangélique formidable. Nous nous réunissions en moyenne tous les mois et demi, pour un pique-nique partagé, un échange sur la vie du quartier et les projets que nous organisions. Nous terminions par un temps de prière. Nous avons vécu une expérience fraternelle, centrée sur la communion et la mission, où tous les clivages socio-culturels, nationaux ou raciaux avaient disparu. Le groupe tournait autour d’une vingtaine de personnes et un compte rendu écrit, distribué à de nombreux sympathisants, faisait le lien. Certaines personnes ne pouvant se déplacer aidaient le voisinage financièrement, en particulier pour l’organisation des sorties des personnes du CADA (journée dans la forêt de Saint-Germain, Montmorency avec la mémoire de J-J Rousseau, La Vallée aux loups et Chateaubriand…) ou une aide ponctuelle aux personnes (achat d’une machine à écrire, droit d’inscription à un cours…).

Cela a duré 5 ans, avec quelques problèmes néanmoins. D’une part, à notre grande déception, le contact ne se faisait pas entre le service d’accueil de la paroisse et les voisinages ; nous n’étions que très rarement prévenus de l’arrivée de nouveaux paroissiens ou des évènements qui concernaient les habitants du quartier : baptême, obsèques... Pourtant, lorsque le lien s’établissait, c’était toujours des moments très forts pour tous, reçus comme un vrai témoignage d’amour fraternel.

D‘autre part, si le projet avait été lancé en plein accord avec les prêtres de la paroisse, dans un exercice de collaboration prêtres-laïcs exemplaire, au fil du temps les prêtres se sont désintéressés du projet. Pourquoi ? Je risque une hypothèse : ces réunions ne requéraient pas la présence des clercs qui, de fait, bien que tenus au courant et invités, n’y venaient pas. Peut-être ont-ils pris ombrage de cette relative autonomie des groupes de « voisinage » ? Cela s’est manifesté clairement à une occasion : tous les « voisinages » n’avaient pas le même dynamisme, nous avons donc proposé une rencontre de l’ensemble des « voisinages » pour un échange et pour réfléchir au soutien que l’on pouvait apporter à tel ou tel. Cette réunion a été très décevante. Aucun des clercs ne s’est déplacé et certains paroissiens ont pu avoir l’impression que le projet n’avait pas (ou plus) le soutien des prêtres. Cela a contribué au doute et au découragement.

Le coup fatal a été apporté par l’initiative, pourtant bien intentionnée, d’un nouveau curé. Voulant sans doute mettre sa touche personnelle, il nous a proposé de scinder les groupes (passer d’une vingtaine à une dizaine de membres) et d’introduire dans les réunions un partage d’Évangile. Les groupes se définissaient désormais comme : « Évangile et mission ». Nous avons accédé à ces demandes mais l’expérience a montré que le partage d’Évangile occupait à lui tout seul presque la totalité de la réunion (qui en général commençait vers 20 h ou 20h 30 et ne pouvait s’éterniser), et que nous n’avions donc plus le temps de parler du quartier et de la manière d’y être présent. C’est ainsi que progressivement un terme a été mis à l’expérience, pour notre plus grand regret.
 

Claudine Bénard

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