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Vite ! Passons la porte !

Philippe Hue

Le Père Philippe Hue, marianiste, depuis 9 ans en Tunisie, est actuellement curé de la paroisse Hammamet Nabeul. Il a surtout été au sud, accompagnant bon nombre de chercheurs de Dieu au désert. Il cherche à rendre compte de sa foi en milieu musulman, pensant qu'il ne s'agit pas, là où on est, de répliquer simplement le style et les consignes de Rome. Bref, un effort de contextualité et d'inculturation !

Vite ! Passons la porte !

L’année jubilaire a commencé par l’ouverture solennelle et symbolique de la Porte Sainte, symbolique certes, du passage, mais aussi du consentement à l’année dans la perspective offerte. Seulement ce passage doit être traversé comme pour passer sur l’autre rive. On ne peut en rester, même s'il s'agit d'une grâce spéciale, aux démarches pour obtenir l’indulgence plénière, au risque de réduire l’année à une dimension bien individualiste assortie de quelques œuvres de miséricorde. Ce serait réduire la Miséricorde en tant qu’essence et nature de Dieu, laquelle demande une conversion du regard, une ascèse de la rencontre et un agir généreux à la mesure de la miséricorde qui, elle, ne pourrait se prêter à des calculs et se limiter à quelques rites obligatoires. Les enjeux sont autres.

Célébrer l’année de la miséricorde en terre musulmane, qui plus est, ne peut être la réplique et le papier collé ou la photocopie pure et simple de ce qui vit à Rome. De plus, ce serait réduire la miséricorde à un cadre catholique bien exigu et peu universel et oublier que le pape François, comme dans Laudato si, s’est adressé à tous les hommes de bonne volonté. Sans doute, ces hommes de bonne volonté, réunis à Paris au nom des nations, ont-ils fait aussi quelque part miséricorde à la Planète terre qui n’en peut plus de souffrances et de mutilations !

Autant dire que l’un des noms de Dieu étant en Islam « Miséricorde » et Allah étant nommé « Le Miséricordieux », nous avons une toute autre plate-forme de travail apostolique ou du moins une dimension plus large et un dialogue possible avec les musulmans cette année, de façon spéciale. Il me semble même, dans cette perspective, que le chrétien en tant que disciple de Jésus, à l’appel du Maître qui appelle à « être miséricordieux comme votre Père est miséricordieux », doit être ici témoin et porteur, serviteur de la miséricorde, à savoir un « Abd-al-Raham », un « Abderrahmane ». Là pourrait se situer un programme de vie plus large et à long terme, sur une année. Le reste me semble la réplique des années jubilaires « classiques »… confession, repentir, grâce !

Je ne minimise pas du tout. Je tiens compte aussi de notre contexte propre et de ce qu’on a appelé Nouvelle Évangélisation qui me semble quelque peu oubliée. Il faut donner du souffle à nos frères et sœurs pour une année !

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