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Vézelay et le pape François ...

Alain & Aline WEIDERT
Vézelay


Vézelay et le pape François

aux avant-postes d’une Christologie revisitée

La basilique de Vézelay, telle une œuvre de Christo, est momentanément emballée, voilée dans un grand vêtement diaphane qui tutoie le ciel. Les deux grands tympans du parvis et du narthex ont disparu derrière des tubes de chantier. Importante campagne de restauration. Les amoureux des pierres qui parlent seraient-ils entrés dans un temps de latence, de silence, une année sabbatique ?

Le pape François provoque une controverse théologique

Une controverse agite en ce moment les personnages des chapiteaux de la basilique de Vézelay. Le pape François en est l’instigateur. À maintes reprises il a fait référence à un chapiteau de Vézelay composé de deux scènes : d’un côté un homme nu, pendu, de l’autre le même personnage, mort, porté sur les épaules d’un homme jeune, tel une brebis sur les épaules du Bon Pasteur. Pour le pape, ce chapiteau est une allusion au suicide de Judas, ensuite pris en charge dans sa mort par le Christ, au sens propre et figuré. Bénéficiaire, même lui, de la « miséricorde » divine.

Judas, les racines de la discorde

Pour ceux dont l’essentiel chrétien est une religion de la culpabilité et de la réparation, de l’enfer et des sacrifices pour en réchapper, le Christ ne peut être miséricordieux comme le pape nous invite à le comprendre. Avec sa notion de miséricorde il nous ferait sortir des canons de la foi, transformerait la doctrine et falsifierait l’Évangile. Il instrumentaliserait la figure de Judas. Le pape serait hérétique.

L’expression de la foi n’est pas un placement perpétuel, intangible

Il y a donc lectures divergentes d’un chapiteau qui pourrait devenir emblématique de la rupture théologique qu’opère depuis Vatican II une réforme de l’Église pour un réel développement et une croissance de la foi. Réforme à laquelle le pape François nous encourage en citant très souvent trois critères de Vincent de Lérins : la vérité de la Révélation « se consolide avec les années, se dilate avec le temps et s’approfondit au long des âges ». Processus de maturation, dit le pape, la foi et la tradition vivent et grandissent comme un arbre. Et d’ajouter : « Il n’est donc pas suffisant de trouver un nouveau langage pour dire la foi de toujours ; il faut et il est urgent que, face aux nouveaux défis et face aux nouvelles perspectives qui s’ouvrent pour l’humanité, l’Église puisse exprimer les nouveautés de l’Église du Christ qui se trouvent dans la Parole de Dieu mais ne sont pas encore venues au jour. » (Discours pour le 25e anniversaire de Fidei Depositum.)

La Révélation effacée

« Quelqu’un va peut-être penser : “Ce pape est un hérétique…” Eh bien non ! » écrit le pape François dans Quand vous priez, dites Notre Père (Bayard). En sommes-nous convaincus ? François met le doigt sur un point névralgique d’un chantier christologique d’importance. Il nous indique le point sensible d’une rupture qu’exprime par ailleurs à merveille à Vézelay le passage de la théologie d’un Christ grand monarque (tympan extérieur) à la christologie d’un Christ rond-point d’humanité et de divinité (tympan du narthex). Passage du tympan d’une pastorale du jugement, de la peur de la damnation, de la religion du rachat, au tympan du devenir christique de la réalité humaine : se partager soi-même comme pain et vin ! Passage à une christologie du déploiement de l’homme, de l’engendrement de sa christicité. Tympan qui ne nie pas le mal – le trou noir de la mort est en son centre – mais le Christ en sort vivant. Le diable lui-même y est sauvé (il montre sa jambe guérie), il y est déstabilisé par la balance, le comble !

Vézelay gaudium

Pendant le chantier de rénovation de la basilique et pendant les travaux de réparation d’une Église défigurée, déconsidérée, le tympan du narthex s’affiche au-dehors. Qu’en sera-t-il après ces restaurations, lorsque les échafaudages seront démontés ? La pierre d’achoppement sous les pieds du Christ parlera-t-elle enfin comme elle n’a encore jamais osé le faire ? À quel surgissement de l’enfoui assisterons-nous ? À quel lever de voile le message christologique de Vézelay nous introduira-t-il ? Vézelay nous révèle dans le contexte d’aujourd’hui un processus de coexistence christique, Dieu n’existe pas sans l’Homme, une identité humaine que nous ne savons pas vraiment voir et encore moins nommer.

Pour y parvenir, le pape François nous donne, grâce au chapiteau de Judas, une joyeuse boussole christologique. Il nous avait déjà donné, dans la foulée de Gaudium et spes du Concile Vatican II (Joie et espérance) : l’exhortation Evangelii gaudium (La joie de l’Évangile), puis Veritatis Gaudium (La joie de la vérité). Avec ses interventions à répétition sur le chapiteau de Judas c’est comme si François invitait maintenant toute l’Église à entrer dans la « La joie de Vézelay, Vézelay Gaudium ». Débat et perspectives pastorales à découvrir, développés, dans la « Lettre du Narthex » jointe ci-dessous.


Alain & Aline Weidert, Chalvron-Vézelay, juillet 2019

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Commentaires
JeanMarie30

On parle toujours du suicide de Judas. Mais avez-vous lu les Actes, chap. 1, verset 18. C'est une toute autre version. Reste à se poser la question de savoir pourquoi on ne met pas les deux versions en parallèle ?

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