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Que veux-tu que je fasse pour toi ?

Paule ZELLITCH
Nicolas Colombel. Jésus guérissant le paralytique
Wikipedia

Dimanche 25 octobre 2015 – 30e dimanche du temps – Marc 10, 46b-52

Et oui, chacun d’entre nous est l’aveugle d’un autre et/ou de lui-même. Une fois ce constat posé, et pour ne pas planter notre tente au pays stérile de l’autodénigrement, comment aller vers d’autres pâturages ? Et bien, c’est l’évangile de ce jour qui va nous suggérer une réponse et quelle réponse !

Un aveugle mendie à la sortie de Jéricho. Il entend le nom de Jésus et il l’appelle en criant. En réponse, Jésus le fait appeler, alors l’aveugle entend : « Confiance, lève-toi ; il t’appelle. » Celui qui ne voit pas « bondit et se jette sur Jésus ».

Reprenons la suite des événements : un homme aveugle mendie, probablement à mi-voix ; il se met à crier « entendant que c’était Jésus ». Jésus ne lui répond pas directement mais demande qu’un autre lui adresse la parole. Alors, bien qu’il soit aveugle, le mendiant se lève et se jette sur Jésus. En deux mots, tout aveugle qu’il est, il trouve celui qui lui importe. Tout le sel de cette première partie repose sur ce « Confiance, lève-toi il t’appelle ».

Pris par le récit, quelque chose en nous espère une suite plus surprenante encore…

Voici que l’aveugle jette son manteau. Mais quel pauvre jetterait son manteau si ce n’est pour un enjeu vital ? « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » Peu de mots, mais accordé à l’interlocuteur, Jésus amène l’aveugle à exprimer distinctement son désir le plus cher. Le mendiant se plaint, crie, puis parle et quelle parole ! « Rabbouni, que je retrouve la vue ! » Qui d’entre nous n’en a pas le cœur bouleversé par cette voix qui se trouve ? Et combien de fois nos propres prières ont peu ou prou été traversées de semblables détresses ?

Attention, nous sommes en pays connu, ne nous installons pas trop vite…

Jésus ne lui tient pas de grands discours et ne pose aucun préalable. Nous avons bien lu ? Aucun préalable ! « Que veux-tu que je fasse pour toi ? », rien de plus et surtout rien de moins. Pas de questions, d’examen de conscience, d’inquisition, d’humiliation, de « chemin pénitentiel ».

Accélération de la séquence : « Va, ta foi t’a sauvé », sauf que le texte ne nous nous dit pas de quelle foi il s’agit. Tout ce que nous savons, et qui est l’essentiel, c’est l’espoir ardent de guérison de l’aveugle et la réputation du Rabbouni Jésus, fils de David. Alors de quelle foi s’agit-il ? Comment la définir ? Et si accepter que cette question soit et reste le « point aveugle » était le plus grand des enseignements de ces versets ?

« Aussitôt l’homme retrouva la vue, et il suivait Jésus sur le chemin. » Deux faits, liés l’un à l’autre et rendus visibles par l’action.

Amis lecteurs, avez-vous « senti » le rapport entre ce texte, certaines déclarations du pape François et l’actualité du synode sur la famille ? Tout commence par la capacité à se tenir à hauteur d’homme, à ne voiler ni l’accès à l’intime ni l’accès à la communauté par le jugement. Jésus ne se tient pas en surplomb ; il dégage les lignes de vie, lignes de libertés. Car si l’aveugle le suit, c’est dans la liberté de l’amour et non pas parce que cela lui a été ordonné et c’est justement cela qui change tout.

Ce texte qui peut sembler légitimer l’idée de médiation est volontiers utilisé par les Services des vocations de notre institution ecclésiale. Le poids des siècles aidant, cette médiation recouvre-elle exactement ces versets ? Au plus près de cet évangile, la médiation est « agie » par Jésus lui-même ; c’est lui qui appelle à appeler et rien ne se déroule sur un mode hiérarchique. Il ne s’agit pas d’une vocation de service, au sens convenu, et moins encore de service d’une institution. Si ce texte est un récit de vocation, il l’est de deux manières : d’abord, au sens de Jésus-serviteur de la puissance de Vie et ensuite dans l’esprit de la vocation d’Abraham : quitte ton pays et va vers toi-même… le plus beau et le plus difficile des voyages. Et il se trouve qu’en se trouvant, l’aveugle-voyant suit Jésus. La suite ne nous appartient pas mais c’est toute notre histoire…

 

Paule Zellitch

 

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