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Que veut dire « mission » à la Communauté de la Mission de France ?

Jacques DUPLESSIS

Une université d'été à la Mission de France. Tous droits réservés

La « Mission de France est une communauté de prêtres et de laïcs (http://catholique-mission-de-france.cef.fr/pages/decouvrez.html). Le mot « mission » y est d’autant plus important qu’il figure dans son nom. Quand on l’évoque à la CMDF, certains pensent à Jeanne d’Arc ou la série télé Mission impossible….Voici quelques flashes. Une conversion Dans l’histoire de la Mission de France, le mot évoque une conversion. Le Cardinal Suhard, quand il a impulsé la MDF en 1941, était dans la logique de l’air du temps : ramener les brebis égarées dans l’enclos. Le Père Augros et les premiers pères du séminaire vont décider d’une grande liberté spirituelle, liberté qui permettra d’en arriver à cette conversion. Deux facteurs y ont contribué.Il y a d’abord les aléas de la guerre. C’est la conversion par le réel de l’histoire. Pendant plusieurs années, des séminaristes et des prêtres ont partagé la vie des gens dans les camps de prisonniers ou dans les usines à cause du Service du travail obligatoire (STO). La rencontre des militants communistes a aussi contribué à cette ouverture. Les séminaristes ne voulaient pas redevenir séparés après ce qu’ils avaient vécu. Ils avaient découvert un monde qu’ils ne connaissaient pas. Il y a ensuite une conversion intellectuelle. Louis Augros écrit à Chenu dès septembre 1941 : « Il me semble que cette solution [au problème de la déchristianisation] requiert une étude et compréhension toute nouvelle de la théologie ; que les esprits soient désormais façonnés par une théologie qui ne sera plus un catalogue de thèses et de traités abstraits. » Chenu va développer une théologie de l’Incarnation qui sera adoptée par la Mission de France. Elle l’amènera à passer d’un esprit de conquête à la présence. Le témoignage et la simple présence manifestent la gratuité de l’amour de Dieu qui veut que tout homme soit sauvé. Un deuxième passage s’opère, celui « de la tactique à la mystique ». Cette mystique n’est pas une évasion. Elle est à accueillir au coeur même de l’engagement et de la vie ordinaire. Il s’agit d’oeuvrer pour la « croissance communautaire de l’humanité » pour qu’elle découvre sa vocation à une vie de solidarité fraternelle. Comment nous entendons ce mot « mission » dans la CMDF ? Ce mot renvoie donc à notre spiritualité particulière, une « allure de Jésus de Nazareth » pour reprendre des mots de Christophe Théobald. Il faut partir d’un principe de base : la mission que nous vivons dans notre communauté est la mission fondamentale de tout baptisé. Toutefois, nous la vivons à notre manière propre, qui la situe et la colore. De ce fait, il nous est indispensable de prêter attention à notre histoire et à ce que façonne en nous cette forme de vie. Je relèverais quatre traits de notre spiritualité : 1. une spiritualité de l’Incarnation « N’oubliez pas non plus que la Mission exige que vous soyez des hommes, et non des petits garçons ou des adolescents généreux : des hommes suffisamment nés à la maîtrise de soi, au sens du réel (spécialement au sens des conditions historiques au sein desquelles doit se faire la mission), au sens des responsabilités (…) courageusement portées à travers les difficultés, les lenteurs, les contradictions. Bref des hommes capables de creuser profondément et patiemment leur sillon et d’imprimer leur marque dans l’Histoire. Et qui plus est des hommes de votre temps. Et cela exige tout à la fois communion dans l’amour aux aspirations, aux valeurs, aux séductions, aux tentations de l’humanité d’aujourd’hui, et réflexion sur tout cela pour en saisir les origines lointaines et profondes, les structures, les formes, tout ce qui fait la civilisation et l’homme moderne. » Voilà le message de Louis Augros au moment où il quitte la responsabilité de la MDF. L’« obéissance au réel » était son maître mot. Ce qui caractérise la CMDF, c’est un heureux rapport au monde. Une des grâces de la CMDF est peut-être de montrer concrètement que fidélité au monde et fidélité au Christ ne sont pas des fidélités concurrentes. Augros invitait à « ne pas appliquer des formules mais incarner le message évangélique au sein de l’humanité concrète » (Une histoire de la MDF, p.77) Madeleine Delbrêl exprime cela autrement : « Une fois que nous avons connu la Parole de Dieu, nous n’avons pas le droit de ne pas la recevoir ; une fois que nous l’avons reçu, nous n’avons pas le droit de ne pas la laisser s’incarner en nous ; une fois qu’elle s’est incarnée en nous, nous n’avons pas le droit de la garder pour nous ; nous appartenons dès lors à ceux qui l’attendent. » (Missionnaires sans bateau, p. 65) 2. Une spiritualité de communion avec les hommes Elle découle du point précédent. Madeleine Delbrêl l’exprime ainsi : « Pour le chrétien, il n’y a pas moyen d’aimer Dieu sans aimer l’humanité, pas moyen d’aimer l’humanité sans aimer tous les hommes, pas moyen d’aimer tous les hommes sans aimer les hommes qu’il connaît, d’un amour concret, d’un amour actif. » (Nous autres, gens des rues, p.22) 3. L’accueil de la foi des païens « Nous sommes partis évangéliser les ouvriers et c’est nous qui sommes revenus évangélisées», raconte Ginette Thiollier, une des premières membres des Équipes féminines de la MDF. On est appelé à découvrir que la foi est à vivre au milieu des païens. « Ta foi t’a sauvé » : Jésus nous percute là. On le découvre vivant en Galilée, c’est-à-dire là où la population est mêlée. Comment accueillir la foi des païens ? Jésus s’émerveille de la foi des païens, des pécheurs. La foi remet debout, remet en route. 4. Une prière d’apôtre Prière et action ne s’opposent pas. Notre communauté développe, je crois, une forme particulière de prière. Cette prière d’apôtre, je la qualifierais de prière ouverte aux réalités de la création et de l’histoire. C’est d’une part la louange de la présence de Dieu dans le monde et dans son histoire, d’autre part l’écho d’une vie solidaire avec nos frères en humanité en ayant à coeur tout particulièrement de porter les plus pauvres et les plus souffrants. Madeleine Delbrêl écrit : « Il n’y a pas deux amours : qui étreint Dieu doit avoir la place du monde dans ses bras. Qui reçoit le poids de Dieu dans son coeur y reçoit le poids du monde. » (Missionnaires sans bateau) Vivre la mission dans la CMDF La vie de la mission à la CMDF découle du rituel d’engagement dans la communauté. Mon engagement est un engagement personnel de suite du Christ. Il est d’une simplicité désarmante : je mets les mains dans une vasque d’eau : notre mission s’enracine dans notre baptême. En même temps, cette mission est celle d’une communauté apostolique, avec la présence de ministres ordonnés, prêtres et diacres. Je « me mouille » avec quelqu’un, en plongeant mes mains avec quelqu’un d’autre, publiquement, devant d’autres. J’entre dans un corps dont je deviens solidaire. L’enjeu de la mission est toujours de parler la langue de l’autre, d’être personnellement et communautairement à la disposition de l’Esprit Saint. Jacques Duplessy, prêtre de la CMDF

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