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De tout petits indices

Anne SOUPA

Ne trouvez-vous pas que depuis quelques mois, il y a peut-être « un horizon » devant l’Église de France ? Dans le discours des évêques, dans les médias… . On dirait qu’on est en train de changer imperceptiblement de perspective… Un peu comme lorsque, dans un théâtre, lorsqu’on change le décor de fond de scène.

Le mot « avenir » ne semble plus banni du vocabulaire ; il en est davantage question qu’il y a trois ou quatre ans. Un exemple : les Journées Thomas More aux Collège des Bernardins, à Paris, dissertaient sur la fin de la vieille Église et la naissance de la nouvelle. À Lille, aux États Généraux du christianisme, en septembre dernier, déjà, le thème de l’avenir était, lui aussi, dans l’air.

S’appuyer sur les baptisés

Et pour parler d’avenir, de qui parle-t-on, sinon des baptisés ? Pas moyen de faire autrement, puisque là sont les forces vives. Un peu plus nettement, se fait jour l’évidence qu’ils sont au centre du dispositif, que ce seront eux les artisans et le socle de la mutation qui germe.

Ici ou là s’affichent donc des propos soulignant le « sacerdoce commun des baptisés », c’est-à-dire leur place essentielle et leur mission.

Ces propos sont pour une part un juste réajustement après une année « sacerdotale » qui, alors qu’elle était dévolue aux prêtres, utilisait un mot que le Nouveau Testament (1re Épître de Pierre) destine au peuple, tout entier « sacerdotal ». Déjà au cours de cette année, un certain nombre d’évêques et de prêtres avaient voulu atténuer le caractère clivant d’une telle initiative et rééquilibrer les choses en élargissant la perspective. Sans doute est-ce dans ce sens qu’il convient de comprendre la Lettre pastorale de Mgr Emmanuel Delmas, évêque d’Angers, de juin 2010, qui analyse en profondeur « les deux sacerdoces » pour rappeler que le sacerdoce ministériel (celui des prêtres) est bien ordonné au sacerdoce commun des baptisés, ce que dit clairement le Catéchisme de l’Église catholique (§1547). Ordonné, c’est-à-dire « dans l’ordre » du premier.

Mais depuis, l’air du temps dit davantage. Deux exemples le montreront : le récent article de Jean Rigal (« Faire droit au sacerdoce des baptisés, » La Croix, Forum, 14 janvier2011) et l’important document de décembre 2010 de la Conférence des évêques de France, qui réunit les initiatives d’une soixantaine de diocèses sur l’ensemble du territoire, autour de « l’avenir des communautés chrétiennes » et n’a encore suscité que peu d’échos (voir : « La “révolution silencieuse” de l’Église sur le territoire français », La Croix du 19 décembre 2010).

Prodiguer les biens issus du baptême

Jean Rigal rappelle que Vatican II avait « remis en valeur le sacerdoce des baptisés dont aucun n’est sans talent ». Il en appelle aussi à la constitution demandée par le Synode romain de 1987 de communautés locales de disciples, appelées à : « Se communiquer mutuellement la Parole de Dieu et s’exprimer dans le service de l’amour. »

Les conclusions du document épiscopal sont, elles aussi, éloquentes. On y lit, sous la plume de Mgr Jean-Louis Papin, évêque de Nancy et Toul, que les regroupements paroissiaux récents montrent déjà leurs limites. Ce constat donne indirectement raison au choix de Mgr Rouet, à Poitiers, de s’appuyer sur les communautés paroissiales locales (montrant bien que le socle de l’Église est le peuple de Dieu, visage collectif du Christ et que le clerc est « pour la communauté »).

Va-t-on vers une nouvelle révision du système paroissial, plus profonde que les regroupements récents, et surtout d’une autre nature ? Est-ce ce qu’annoncent les EAP, (équipes d’animation pastorale), ou les ECP, (équipes de conduite pastorale), les unes et les autres en coresponsabilité entre des prêtres et des laïcs, c’est-à-dire entre différents baptisés ?

Il est aussi permis de se demander si les « liturgies de la parole », évoquées dans ce document par Mgr Claude Schockert, évêque de Belfort, ne sont pas une manière d’ouvrir le champ liturgique à des célébrations de types plus variés, fondées sur ce que le sociologue Nicolas de Brémond d’Ars appelle des « biens baptismaux » ?

N’est-il pas enfin intéressant d’observer que la soixantaine d’évêques signataires de ce document avait plus le souci de montrer ce qui se fait et de donner des idées constructives, plutôt que d’attendre l’unanimité entre les évêques ?

Alors, si ces indices ne restent que des indices, et si une hirondelle ne fait pas le printemps, ne faut-il pas tout de même saluer son passage ?

Anne Soupa


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