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Tous, prêtres, prophètes et rois...

Monique HÉBRARD
Tous prêtres


Tous, prêtres, prophètes et rois. Vivre enfin l’égale dignité de tous les baptisés !
Par Elmar Mitterstieler
Éditions Médiaspaul. Novembre 2018. 179 pages. 18 €

L’auteur est un théologien jésuite de Vienne, rompu à l’accompagnement spirituel et à l’animation de retraites. Il développe abondement l’ecclésiologie de Vatican II sur la vocation de tous les baptisés qui serait source de grands changements, si elle était mieux vécue.
Le livre bénéficie d’une recommandation de son évêque le cardinal Schönborn et d’une préface de Mgr Albert Rouet, archevêque émérite de Poitiers. Ce dernier rappelle que dans l’Église on a trop longtemps ignoré les effets du baptême et considéré que le sacré serait du côté du prêtre, et le profane du côté des laïcs. Cet ouvrage souligne une grande espérance de changement.
Le baptême, développe l’auteur, source commune pour les prêtres et les laïcs, a été pendant longtemps une « rivière disparue ». Jean XXIII a senti cette amnésie de la conscience chrétienne et cette source, réapparue avec Vatican II, a réunifié prêtres et laïcs dans un seul peuple de Dieu. Mais la conscience du sacerdoce royal de tous est encore refoulée ou oubliée et l’Église ne reconnaît pas vraiment la dignité des baptisés.
L’auteur revient sur la notion de « prêtre ». Il y a des prêtres dans toutes les religions, mais Jésus est le Grand Prêtre de manière inédite et les fidèles le sont avec lui. Ce Grand Prêtre n’offre plus de sacrifice si ce n’est Lui-même. Avec le Christ, c’est toute la communauté qui est sacerdotale et offre des sacrifices spirituels agréables à Dieu.
Le Nouveau Testament distingue des différences dans les tâches : ancien, chef, pasteur, épiscope, président. Mais le terme « hiereus » ou « sacerdos » est réservé au Christ et à l’ensemble du peuple de Dieu. Le presbytre est celui qui conduit la communauté, mais il n’est pas revêtu de la notion sacerdotale, cultuelle et sacrale.
Le baptisé a libre accès à sa vocation car Jésus nous introduit dans sa relation personnelle à Dieu et partage son sacerdoce avec nous. À la suite de Jésus, nous devons nous offrir en sacrifice de louange et devenir un pur don de Dieu. Dans la liturgie, nous sommes tous associés à être une vivante offrande dans le Christ.
Dieu est toujours en position de pardon pour tous. Chaque pardon est une Pâques et pardonner c’est se décentrer de soi.
Le Christ fait participer tout son corps mystique à l’onction spirituelle – lui-même étant oint –, c’est à dire qu’en lui tous les fidèles deviennent un sacerdoce saint et royal et offrent à Dieu des sacrifices spirituels par Jésus-Christ et proclament les actes de puissance de celui qui les a appelés des ténèbres à son admirable lumière. Le baptisé doit annoncer car nous sommes la voix du Verbe. 
Tous les ministères pastoraux de laïcs sont importants. Il faut se souvenir que ce sont des femmes qui ont fait l’annonce du matin de Pâques, et Jésus ressuscité donne à Marie de Magdala « le mandat de l’annonce pascale ». Cette annonce n’est pas confiée à des prêtres, mais à des femmes qui ont été appelées les « apôtres des apôtres ». Elles sont plus sensibles au mystère que les hommes.
Jésus est venu aussi guérir. Ce mandat est donné à tous par la prière, l’intercession et l’accueil. Il faudrait élargir à des laïcs la possibilité de procéder à l’onction des malades.
Tout cela est médiation de la bonté de Dieu et c’est le « sacerdoce du quotidien ».
Les sacrements sont des artères de vie et les fidèles, en communauté, le sont également.

Le danger est grand de négliger, voire mépriser le sacerdoce commun des fidèles car l’Église ne survivra pas sans ce réseau sacerdotal d’artères de vie et de médiations !
Tous les baptisés sont prêtres, prophètes et rois. Le presbytre dépend de son baptême et de sa confirmation, c’est-à-dire du sacerdoce commun de l’ensemble du peuple de Dieu. Et à l’inverse, le sacerdoce commun des fidèles ne dépend pas de la fonction du presbytre.
« Pour vous je suis évêque ; avec vous je suis chrétien. Si ce que je suis pour vous m’angoisse, ce que je suis avec vous me console. » (St Augustin) « L’un est le nom d’une charge ; l’autre celui de la grâce ; l’un le nom d’un danger, l’autre celui du salut. »
Or le prêtre reste encore empreint du sacerdoce cultuel. Dans Presbyterium ordinis (le Décret sur le ministère et la vie des prêtres), on trouve trop le prêtre du côté du Christ, isolé, avec un pouvoir cultuel.
La chose la plus importante pour les prêtres est de devenir hommes de prière. Comme tous les baptisés, le prêtre doit se laisser embrasser avec persévérance par cet amour insondable et illimité que Jésus a ouvert pour tous les siens.
Dans l’eucharistie, le prêtre – mais aussi tous les fidèles – doit s’offrir en don par abnégation de soi. Il y a aussi un sacrement universel, le sacrement du prochain.
Dans le sacrement de réconciliation, le prêtre doit être habité par les bras ouverts et la joie de Dieu, et non par le jugement.
Les lecteurs qui connaissent bien l’Écriture et la capacité de révolution du Concile sur le sacerdoce commun de tous les baptisés ne découvriront pas grand-chose dans l’exposé de l’auteur. En revanche, ceux qui n’en ont pas encore pris conscience trouveront dans ce livre un exposé clair et convainquant.
L’auteur ne cache pas qu’il reste du chemin à faire, car même les prêtres « conciliaires » ne sont pas encore dépouillés de l’idée de la primauté de leur sacerdoce et les laïcs sont bien loin d’être conscients et d’oser leur sacerdoce.
L’auteur souligne à plusieurs reprises la place qui n’est pas faite aux femmes et il s’implique lui-même comme prêtre.
En conclusion, c’est une lecture vraiment utile pour réaliser tout ce qu’il faut changer.
 

Monique Hébrard

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