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Sutor, ne supra crepidam

Bernard CONTRAIRES
échelle de Jacob
échelle de Jacob © geralt @ Pixabay - Domaine public


Des chrétiens de Bordeaux animant un groupe de partage relié à la CCBF ont proposé une lettre ouverte réclamant une plus grande participation des laïcs aux décisions de nominations épiscopales, une ouverture aux responsabilités dans l’Église pour les femmes, une collaboration effective des clercs et des laïcs, une évolution vers une démocratie participative.

Cette lettre que je voudrais soutenir m’a inspiré malgré tout, avec le secours de l’Esprit Saint, une forme de réaction. Peut-être nourrie par un sentiment de déjà vécu.

Il y a une sorte d'échelle de Jacob des degrés qui séparent la fange terrestre des laïcs du ciel radieux des clercs ordonnés.

Il arrive qu’un appel naisse d'en bas, une interrogation, une suggestion, une requête, une urgence ressentie. Le petit peuple des petits chrétiens se concerte. Un courrier est proposé, une pétition, pourquoi pas une lettre ouverte : qui n’a pas un jour envoyé une missive vers un évêque, un archevêque, un cardinal, que dis-je, un nonce ! La réponse est presque toujours le grand silence (si propice aux mauvaises interprétations). C'est le premier degré. Inutile d'aller plus loin.

Parfois, comme je l'ai vécu le cœur battant, un secrétariat, une secrétaire (il y a des femmes là-haut), un robot peut-être (il y en a aussi) vous retourne un accusé de réception. Nous sommes au deuxième degré. On regarde vers le haut. On espère une suite. Mais rien. Comme un appel à la divine patience. Les brumes ne se dégagent pas. L’on ne distingue que l’encens qui tournoie et le verbe qui poudroie. Alors on redescend au niveau de la condition que l'on doit assumer sans rancœur.

Comme rien n’est totalement impossible, il peut aussi arriver, je l'ai vécu aussi, qu'on vous invite enfin. À vous justifier, vous exprimer, qui sait ? Vous voilà sur la troisième marche et vous retenez votre souffle. Un silence poli pétri de bienveillance condescendante absorbe vos paroles. Vous devez comprendre que vous ne pouvez pas comprendre ces choses-là. Elles vous dépassent. Il y a du désordre. Vous confondez les bons sentiments et l'Agapè qui lui (ou elle) ne vous est pas accessible. Vous devriez vous calmer. L'éminence de rang N qui vous a reçu vous tend une molle main et, le pied sur la quatrième marche qui sera toujours trop haute pour vous, se retourne à demi et vous assure de sa prière ou encore esquisse une bénédiction. Peut-être les deux à la fois, vous n’avez pas bien saisi.

Encore ébloui, vous vous laissez reconduire à la porte du palais par un mignon en col romain et à la mine modeste. Et vous vous retrouvez sur le pavé glissant et bruyant de votre quotidien.

Pourquoi pas alors aller boire un verre avec un pote ?
 

Bernard Contraires

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Michel Bertet

J'aime ce commentaire si bien écrit. Sur l'échelle de Jacob les anges montent et descendent.

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