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Statistiques religieuses

Jacques NEIRYNCK
Statistiques
Statistiques © Comte0 @ Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)


Les chiffres le montrent, toutes les religions connaissent une désaffection grandissante. Qu’en conclure ?

Quel est l’état d’adhésion aux Églises ? Les sondages sur le taux de pratique dominicale en France ne sont que des approximations tendant à réduire le taux à 4,5% de messalisants alors que 64% se déclarent catholiques.

En Suisse, bien loin du concept de laïcité, on dispose de statistiques religieuses plus précises, parce que certains cantons financent les Églises, à proportion du nombre de leurs affiliés, et que ceux-ci versent une contribution supplémentaire à leurs impôts. Se déclarer fidèle d’une confession implique donc une dépense volontaire. Si des fidèles estiment que l’apport de leur Église ne compense par leurs cotisations, ils sortent de celle-ci : cette comptabilité assez pragmatique en dit plus long que des statistiques sur la fréquentation dominicale. Le jeu vaut-il la chandelle ?

Entre 2010 et 2018, la part des catholiques romains dans la population suisse a diminué de 3 points, s’élevant maintenant à 36,5%. Celle des réformés évangéliques a diminué davantage, de 5 points à 24,4%. À l’inverse, celle des musulmans a augmenté de 1 point à 5,2%, due plus à l’immigration qu’à des conversions. La part des communautés juives n’a pas changé. Mais celle des personnes sans appartenance religieuse, athées et agnostiques, a progressé de 8 points à 25%. En simplifiant : un tiers de catholiques, un quart de protestants et surtout un quart de sans religion en forte croissance, qui sont plus nombreux que les réformés.

Les sorties d’Église liées à des contextes particuliers viennent s’ajouter à l’érosion du socle permanent des membres. Elles se produisent lorsqu’une tendance latente se mue en passage à l’acte, notamment sous l’effet de scandales, par exemple des abus de pouvoir, ou de prises de position incompréhensibles, en particulier dans le domaine de la morale sexuelle. Dans de telles situations, chaque Église est soumise à forte pression face à l’impact négatif des gros titres de la presse.

Le nombre de sorties de l’Église catholique au niveau suisse, qui s’élevait à 20 014 en 2017, a augmenté d’un quart en 2018, pour atteindre 25 366. Cette hausse brutale répond aux informations sur des abus sexuels et spirituels commis au sein de cette Église à travers le monde et à l’inertie ecclésiastique à leur endroit : dissimulation, ignorance feinte, absence de transparence. L’Église réformée en Suisse a, elle aussi, dû faire face en 2018 à une moindre augmentation du nombre des sorties comparativement à 2017, soit une hausse de près de 10% pour atteindre un total de 21 751 sorties.

Depuis 2013, le mariage religieux catholique a diminué d’environ 20% en 2018. Cette dernière année, sur le total des mariages civils conclus en Suisse où au moins l’un des conjoints était de confession catholique, la proportion des unions célébrées à l’église atteignait 22%. Si les deux conjoints étaient catholiques, la probabilité d’un mariage à l’église s’élevait à 36%. Le mariage religieux ne relève plus du tout de l’évidence pour les catholiques, d’autant plus qu’il entraine de sérieuses complications ecclésiales en cas de divorce civil.

Le nombre des baptêmes catholiques entre 2013 et 2018 a baissé de 11%. En 2018, 18 568 baptêmes catholiques ont été dispensés. Ce chiffre des baptêmes représente environ 21% du nombre des naissances recensées en Suisse. Cette proportion de 21% d’enfants baptisés dans l’Église catholique est sensiblement plus faible que le pourcentage des catholiques au sein de la population suisse (36,5% en 2017).

Des estimations grossières ainsi que des modèles permettent d’avancer la thèse selon laquelle il n’y a plus de transmission aux enfants de l’affiliation à l’Église dans près de 20 à 50% des cas. L’Église protestante est également confrontée à une situation similaire. En 2018, son taux de baptêmes s’est élevé à 13% des naissances enregistrées en Suisse dans l’année, alors que le pourcentage des réformés au sein de la population atteint tout juste 24,4%.

À côté de l’appartenance déclarée à une confession et de participation à son financement, il y a la réalité de la pratique. Les musulmans sont ceux qui pratiquent leur foi de manière la plus passive. Après les non-religieux, ce sont les communautés islamiques qui comptent le plus grand nombre de personnes ayant déclaré n'avoir jamais participé à un service religieux, au cours des douze mois précédant l'enquête. La proportion de personnes qui n'ont jamais prié au cours de cette même période de douze mois est également plus élevée chez les musulmans (40%) que chez les protestants (33%) et les catholiques (25%).

Les femmes ne sont pas seulement plus religieuses, elles sont aussi plus superstitieuses que les hommes, relève l'enquête : 58% des femmes croient aux anges et aux êtres surnaturels, environ le même nombre fait confiance aux guérisseurs et aux voyantes. Chez les hommes, ce chiffre est inférieur, à 20%.

Si la religiosité est généralement en déclin en Suisse, elle retrouve parfois une valeur très personnelle : plus de la moitié des personnes interrogées affirment que la religion joue un rôle important dans la détresse émotionnelle ou la maladie. Près de 50% des personnes disent également avoir recours à la religion dans leurs relations avec la nature et l'environnement ainsi que dans l'éducation des enfants. La vie spirituelle s’étiole bien moins que l’adhésion à une confession pourrait le faire croire : il existe une forme de spiritualité laïque.

La froideur des chiffres ne dissimule pas la désaffection pour toutes les religions. Les Églises auraient un intérêt vital à découvrir par des enquêtes approfondies ce qui détourne leurs fidèles. Le lien en Suisse entre le nombre de ceux-ci et les ressources financières des cultes devrait être un mobile puissant pour regarder la réalité en face.

L’impression qui domine est la mutation, depuis une participation traditionnelle, sociétale, paroissiale aux activités ecclésiales, vers une spiritualité individuelle hors appartenance confessionnelle. En un mot, les Églises n’auraient-elle pas rempli leur rôle séculaire, jusqu’à s’effacer devant la réalité d’une société civile, qui a adopté leur message en matière de respect des plus faibles, des plus pauvres, des moins bien portants, des « prochains » ?


Jacques Neirynck

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