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Soif de pardon

Monique HÉBRARD

Les catholiques se réjouissent d’un renouveau du sacrement de réconciliation, notamment chez les jeunes. Mais pensent-ils à ces milliers de frères et sœurs dans la foi qui en sont privés ? Je parle des divorcés qui se sont remariés et qui ont à cœur de continuer de vivre en Église.

Qu’un remariage les écarterait de l’eucharistie, ils le savaient… mais ils n’avaient pas toujours réalisé qu’ils seraient également privés du sacrement de réconciliation. Ainsi cette femme qui se fit « jeter » du confessionnal la veille de Noël avec ces mots : « Madame, le mieux que vous puissiez faire est de quitter votre mari » ! Excessif ? Réel.

Plusieurs révèlent que la privation du pardon est parfois plus difficile à supporter que celle de la communion. « Je peux me passer de communier, confie une femme, même si parfois les larmes me montent aux yeux, mais j’ai vraiment du mal à admettre de me passer du sacrement du pardon. Ce n’est pas possible qu’on nous prive du pardon ! » Son mari, tout aussi révolté, enchaine : « L’Église nous balance que c’est un péché. En fait, c’est uniquement un refus de la sexualité ! La problématique est fermée. L’Église refuse de regarder les choses en face et de bouger. Elle en fait un problème juridique. Regardez l’évêque d’Oran[1] : il s’indigne du jugement que l’Église se permet sur l’amour ! » Sa femme reprend : « Notre état de divorcés remariés nous colle à la peau, il n’y a pas une seule journée où l’on n’y pense pas. Notre seul péché impardonnable, c’est celui-là. C’est quand même grave. Il vaudrait mieux être protestant ou orthodoxe. »

Une autre femme, qui depuis son remariage a suivi un long chemin spirituel dans de nombreuses retraites et groupes, raconte que lors de célébrations pénitentielles elle va parler avec un prêtre qui lui donne non pas l’absolution mais une bénédiction. Elle avoue son désarroi : « Dans mon cœur je sens que le Seigneur me pardonne, et l’Église refuse de me pardonner ! Il y a eu un moment où je ne comprenais plus rien, et j’ai douté de tout : de moi, de mon mari, de ma capacité d’aimer, de l’Église. J’étais mal. Je peux comprendre le raisonnement canonique mais il y a la vie. La vie, c’est plus large que le droit. »

Comment une Église qui croit au sens de la foi des fidèles (Vatican II) peut-elle rester sourde à de telles détresses ? Comment les disciples de Jésus peuvent-ils ériger des murs contre le pardon ? Le synode sur la famille a bien entendu ce cri. Certes ce n’est pas simple et l’on rencontre des jeunes prêtres (et des cardinaux) désorientés : ils veulent « obéir à Rome » et ils craignent que le vécu de la miséricorde n’abolisse la Loi et n’entraine un plus grand abandon de la morale. Éternel débat ! Le cardinal Kasper l’a tranché, de même que l’évêque d’Oran qui écrit en conclusion de son livre : « Un jour, au nom de la vérité, il nous faudra, nous, pasteurs de l’Église, demander pardon pour la souffrance endurée par des personnes à qui le pardon sacramentel et l’accès à l’eucharistie auront peut-être été injustement refusés. Et je prie Dieu qu’il nous soit fait miséricorde. »

La miséricorde, qu’en savons-nous ? Une femme confie, après de longues années de souffrance : « La miséricorde c’est plus qu’un mot. Il faut du temps pour recevoir la miséricorde dans notre prière, dans notre chair. »

 

Monique Hébrard

 

[1] Tout amour véritable est indissoluble. Jean-Paul Vesco. Cerf.

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