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La satiété du riche ne le laisse pas dormir

Vincent Liard
jean louis mazieres

Dimanche 31 juillet 2016 – 18e dimanche du temps – Qo 1,2 et 2, 21-23 ; Ps 89 (90) ; Col 3, 1-5.9-11 ; Lc 12, 13-21

Qohèleth : « Tout est vanité ! » ; Paul : faire mourir ce qui appartient à la terre. Bande de vieux radoteurs, balayés depuis longtemps par le vent ! Et pourtant, eux qui aujourd'hui nous interpellent si vivement, pour nous arracher à nos inerties, à nos morts, ne sont-ils pas plus vivants que nous ?
« Vanité ! » On la connaît cette exclamation ! Nous ne voudrions pas prendre trop au sérieux ce prophète un tantinet dépressif. Mais il précise aussitôt la vanité qu’il dénonce : non pas tout, mais spécifiquement l'exaltation de nos efforts polarisés sur des possessions illusoires. Ce qui peut représenter beaucoup, trop pour nous sentir libres…
Paul nous met en garde contre « ce qui n'appartient qu'à la terre ». Il nous appelle vigoureusement à la vie véritable, ouverte à l'autre. La soif de posséder est une idolâtrie, une façon de nous détourner de Dieu, et de nos frères, une passion qui nous rend esclaves de nos propres désirs.
Quant à Jésus, notons que, malgré la hardiesse de sa réponse, il accède à la demande de l'homme de l'évangile. À son frère qui est là, que dit cette parabole, sinon que les richesses ne valent que d’être partagées ? Mais au-delà d'une lecture matérielle, il s'adresse à chacun.

Qohèleth dans un autre verset prévient : « La satiété du riche ne le laisse pas dormir. » (5,11b) C'est aussi ce que dit Jésus : « Au sein même de l'abondance, la vie d'un homme n'est pas assurée par ses biens. » En effet, pauvre est l'avare de cette parabole. Chacun de ses mouvements ne le tourne jamais que vers lui-même : « ma récolte… mes greniers… mon blé… mes biens… je me dirai à moi-même… » Il semble même sombrer dans la folie la plus furieuse : démolir ses greniers pour en construire de plus grands… Curieuse idée pour un homme naguère avisé ; pourquoi ne construit-il pas plutôt les greniers qui lui manquent ?
Bienheureux ceux qui ne confondent pas la jouissance des biens offerts avec leur possession, par laquelle ce sont eux qui sont possédés ! Ce n'est pas l'intention de se reposer, de boire ou de jouir de l'existence que Jésus brocarde. Mais la thésaurisation, au-delà de toute raison, contre nos frères, nos communautés, contre nous-mêmes, car elle menace notre propre cœur, pris par le désir de nous approprier ce qui passe à notre portée.

Comme pour nous rafraîchir, le psaume nous replace dans le grand mouvement du monde : son âpreté et notre immense espérance, confortée par les prémices de la joie de la Résurrection, afin que notre vie, vécue en plénitude, soit un chant.

Vincent Liard

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