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Retour sur la journée John S. Spong ...

Loïc de KERIMEL
John Shelby Spong
John Shelby Spong © Scott Griesse. Creative Commons (CC BY-SA 2.0)


Retour sur la journée John S. Spong – samedi 5 octobre 2019 – Maison La Salle, rue de Sèvres, Paris

Samedi 5 octobre 2019, à Paris, les éditions Karthala ont pris l’initiative de proposer une journée d’évaluation de la réception en France des travaux et de la pensée de John S. Spong. Nous leur devons depuis 2013 la traduction en français de cinq ouvrages de l’évêque épiscopalien (Jésus pour le XXIe siècle, La résurrection, mythe ou réalité ?, etc.). Savant tout autant que pasteur, Il a consacré sa vie à la promotion d’Un christianisme d’avenir (titre de la dernière traduction parue), libéré principalement des ornières fondamentalistes (les Écritures sont à prendre à la lettre). Mais seul le bouche-à-oreille a été jusqu’à présent le véhicule de la pensée de Spong en France : black-out de la presse et des revues généralistes (La Croix, Études, etc.), sans parler des exégètes et des théologiens.

Le grand intérêt de cette journée Spong a été de croiser des présentations de ses travaux (Robert Ageneau et Robert Dumont, éditeurs ; Jacques Musset, auteur d’une série d’articles dans la revue Golias ; Roger Gautier, traducteur du dernier ouvrage paru en français) avec des entreprises voisines et convergentes. Ainsi Jean-Pol Gallez, jeune théologien laïc belge, auteur d’une mémorable intervention à la CCBF en 2017, a-t-il confronté la pensée de Spong à la théologie de Joseph Moingt en soulignant chez les deux auteurs la dimension d’« humanisme évangélique », l’opposition frontale – et rationnelle ! – de la « source évangélique » à l’« esprit de religion », la « foi vivante » comme « liberté d’aimer et de penser » constitutive d’une Église « en plein vent du monde ».

Lucienne Gouguenheim, membre des Réseaux du parvis et animatrice du site NSAE (Nous Sommes Aussi l’Église) a plaidé pour une réconciliation entre la méthode scientifique et la recherche théologique et exégétique contemporaine : l’Église catholique n’a-t-elle pas mis quasiment cinq siècles à reconnaître la validité des travaux de Galilée !

Deux membres du service de la formation permanente du diocèse du Mans (Noël Barré, jésuite, prêtre-ouvrier, et Loïc de Kerimel, philosophe) ont rendu compte du parcours organisé en 2017-2018 autour du livre La résurrection, mythe ou réalité ? Entre 50 et 60 personnes ont participé aux huit séances de travail. Après le choc et la déstabilisation provoqués chez beaucoup par l’approche de Spong et, chez quelques-uns, l’expression de fortes résistances, la grande majorité des participants au parcours a fait état du grand bénéfice et, tout simplement, de la joie éprouvée à ressentir la réconciliation de l’intelligence et de la foi : le critère physique d’une vie plus libre, d’une respiration plus ample, n’est-il pas de toute première importance quand il s’agit de la bonne nouvelle de Jésus ?

Mais, aux yeux de l’auteur des présentes lignes, l’apport le plus nouveau et le plus réjouissant de cette journée Spong, outre là encore le bonheur des quelques 150 participants, a été la rencontre du protestantisme libéral en la personne du pasteur Jean-Marie de Bourqueney, actuel pasteur de la communauté EPUF de Paris-Batignolles et ancien rédacteur en chef de la revue Évangile et liberté. C’est à cette revue que l’on doit les premiers dossiers français sur l’importance des travaux de Spong pour un christianisme d’avenir. Le pasteur de Bourqueney a d’abord présenté ce qu’il appelle la théologie du « process », inspirée du philosophe Whitehead, qui renouvelle de fond en comble l’approche de celui que l’on nomme Dieu et, partant, de son Christ : l’un et l’autre sont en quelque sorte « dés-idolâtrés ». Puis, au cours d’une deuxième intervention en fin de journée, il s’est expliqué sur le terme « libéral » : quand il qualifie le courant protestant dont le pasteur se revendique, comme d’ailleurs les communautés juives des rabbins Haddad et Horvilleur, l’adjectif n’a pas le sens français de dérégulation et de concurrence sans freins, mais celui, anglo-saxon, de la liberté et de l’égalité de tous, du « il n’y a plus ni juif, ni grec, ni maître ni esclave, ni mâle et femelle » de Paul (Gal 3,28).

Nous nous prenions à penser, Spong et Bourqueney aidant, que la CCBF est bien inspirée quand elle travaille à fédérer les efforts de toutes celles et de tous ceux qui œuvrent à l’émergence d’un catholicisme qui gagnerait lui aussi à se qualifier de « libéral », c’est-à-dire, comme disent Moingt et Spong, fidèle à l’Esprit de l’Évangile.


Loïc de Kerimel, 8 octobre 2019

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