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Que retenir de la première assemblée synodale allemande ?

Alain & Aline WEIDERT
première assemblée synodale allemande


Que tout ne fait que commencer et que le chemin va se découvrir en avançant, disent la plupart des participants. Rien de nouveau pour l’instant donc si ce n’est que ce qui était auparavant exprimé par les uns et les autres de façon dispersée a pu officiellement être formulé dans une ambiance de respect et d’écoute attentive, volontaire. Il en est ainsi ressorti une polarisation plus tranchée des espoirs et des craintes que suscite un tel projet de débat pour des réformes dans l’Église et une réforme de l’Église.

Il faut se rappeler que l’élément déclencheur de ce processus, si ce n’est sa cause principale, a été il y a dix ans les premières révélations d’abus sexuels dans un lycée jésuite berlinois, suivi d’une révélation en chaîne en Allemagne, puis d’un effet domino dans toute l’Église catholique au niveau mondial. C’est bien ce qui, de façon très nette, était sous-jacent dans les propos de très nombreux intervenants qui se demandaient comment l’Église catholique pourrait regagner la confiance et la crédibilité perdues. Ce qui pouvait parfois laisser l’impression que les quatre thèmes retenus pour le chemin synodal n’étaient qu’un moyen de regagner cette notoriété alors qu’ils sont en soi essentiels, en dehors même de la crise des abus sexuels. Sans doute faudra-t-il là des positionnements plus clairs. Les quatre sujets préparés dans les forums pour être ensuite débattus sont : l’exercice de l’autorité, le statut des prêtres, la place des femmes, le vécu de la sexualité.

L’assemblée a joué son rôle en modifiant de façon inattendue l’ordre du jour et ce qui avait été décidé dans les statuts. Ainsi, pour qu’une décision soit adoptée, il faudra non seulement les deux tiers des voix de l’assemblée et les deux tiers des voix des évêques mais également la majorité des voix des femmes présentes (un tiers de l’assemblée). La composition des forums a été réexaminée et le nombre des membres est passé de 30 à 35.

Trois événements se sont produits à l’extérieur qui méritent d’être relevés pour rendre compte du contexte global de tension de cette démarche synodale.

  • Un groupe de femmes de « Maria 2.0 » et du cercle des femmes catholiques allemandes (KFD) a manifesté devant la cathédrale, lors de l’entrée des participants, en réclamant une égalité des droits et des ministères ordonnés pour les femmes. Certaines ont veillé toute la nuit dehors.
  • Une branche jeune des Fraternités saint Pie X (Lefebvristes) a communiqué sur internet l’adresse mail de tous les participants à l’assemblée, en demandant de leur faire parvenir des courriers de protestation contre cette démarche d’autodestruction (sic) de l’Église et de la foi.
  • Une campagne d’affiches a fleuri sur les murs de Francfort demandant le règlement immédiat d’indemnités envers les personnes victimes des abus sexuels.

Tous les évêques allemands ne sont pas à l’unisson. Quelques-uns ont fait entendre leur désaccord, voire leur scepticisme quant à la suite du déroulement. Le cardinal Rainer Maria Woelki de Cologne tout particulièrement. Il a entre autres exprimé que ses craintes les plus grandes se trouvaient avoir été justifiées, que la constitution hiérarchique de l’Église se trouvait mise en question, que de nombreux arguments avancés n’étaient pas compatibles avec la foi et l’enseignement universel de l’Église, que cette assemblée était pour ainsi dire comme un parlement ecclésial protestant… À quoi il lui a été répondu qu’être protestant n’était pas une injure !

Le lundi matin le cardinal Marx, président de la conférence épiscopale, était à Rome et pouvait rendre compte de cette première étape au pape François. Pour la grande majorité des participants et des observateurs la mise en route de ce processus synodal a une grande portée spirituelle. Un tel événement, sous ce « format », est absolument sans précédent dans l’histoire de l’Église. En tout cas une fenêtre a été ouverte sur des questions réservées et taboues. Comme l’a exprimé devant l’assemblée synodale l’évêque de Saint-Dié, Didier Berthet, observateur délégué de l’épiscopat français : « Cet événement est en soi déjà un événement. » À suivre…
 

Alain Weidert, à Chalvron près de Vézelay le 04.02.2020

*Il était possible de suivre l’intégralité des interventions et débats en direct et en image sur internet.

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jms

Protestant n'est pas une injure, mais catholique encore moins. Du reste, les catholiques demeurent bien plus proches des orthodoxes que des protestants. Le protestantisme n'a jamais été fondé par Jésus-Christ, au contraire de l'Eglise universelle romaine et apostolique.

Donc pas une injure, mais une opposition de fait à la fondation faite par le Christ.

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