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Relations et confiance à l’épreuve du tentateur

Michel Menvielle
Par Liebeskummer (Travail personnel)
Dimanche 5 mars 2017 – 1er dimanche de carême Gn 2, 7-9 ; 3, 1-7a – Mt 4, 1-11

La première mise à l’épreuve dont la Bible fait récit a pour cadre le jardin d’Éden. Adonaï (YHWH)[1] Élohim vient de bâtir en femme le côté qu’il a pris d’Adam-l’humain, afin de lui faire « une aide comme son vis-à-vis car il n’est pas bon pour Adam d’être seul » (Gn 2, 18). Avoir pour interlocuteur un égal, autonome : que de possibilités entre un « je » et un « tu » !

Adonaï Élohim fait venir la femme vers Adam-l’humain. Il dit : « Chair de ma chair, os de mes os, celle-ci sera appelée femme (isha en hébreu) parce que d’un homme (ish en hébreu) celle-ci a été prise. » (Gn 2, 23). Adam parle de la femme. Mais il ne lui parle pas. Il voit ce qui est comme lui en elle, alors qu’elle a été bâtie pour être avec lui.

Le serpent est le premier qui dialogue avec la femme. Mais c’est pour la mettre à l’épreuve à propos de l’injonction faite à Adam-l’humain. Il distord les paroles d’Adonaï Élohim. « Tu mangeras de tout arbre du jardin. Et tu ne mangeras pas de l’arbre de la connaissance du bon et mauvais » (Gn 2, 16-17) devient « Vraiment que Élohim a dit : vous ne mangerez pas de tout arbre du jardin ? » (Gn 3, 1). Et ce qui motive cette injonction, « si tu en manges tu mourras » (Gn 2, 17), devient affirmation qu’ils ne mourront pas et qu’ils seront comme Élohim (Gn 3, 5) s’ils mangent de l’arbre.

Le serpent rend ainsi l’arbre de la connaissance beau et désirable, comme tout arbre du jardin (Gn 2, 9 et 2, 16). La femme outrepasse l’injonction d’Adonaï Élohim. Elle prend du fruit de cet arbre. Elle en donne à son homme. Elle mange. Ils mangent.

« Vous ne mourrez pas… » Alors que la connaissance par dévoration, rendue désirable par le serpent, est mortifère ! Ils ont cru le serpent. Ils n’ont pas tenu bon. Peut-être n’étaient-ils pas encore parvenus à l’état de sujets autonomes ? D’ailleurs, un sujet se construit-il en étant comme l’autre, fusionnel, sans parole ?

Autre mise à l’épreuve : celle de Jésus, immédiatement après son baptême.

Jésus monte hors de l’eau. Les cieux s’ouvrent. L’Esprit de Dieu descend vers lui, comme une colombe. Matthieu précise que Jésus la voit. Une voix dit : « Celui-ci est mon fils le bien-aimé en qui je me complais » (Mt 3, 16-17). Jésus est conduit au désert par l’Esprit pour y être éprouvé.

Par deux fois, le tentateur, celui qui cherche à désunir[2], lui dit : « Si tu es fils du divin, fais… »

« Dis que ces pierres deviennent pain. » Chacune des « performances » demandées par le tentateur correspond à des glissements et perversions : pain produit à volonté au lieu de manne donnée chaque matin selon le besoin (Ex 16).

« Si tu chutes et te prosternes devant moi, je te donnerai… » Troisième tentation, la plus radicale : le tentateur demande à Jésus de le reconnaître comme son dieu. Ce faisant, il se révèle : c’est le satan, l’ennemi. Une seule réponse possible : retire-toi !

Répondre à de telles demandes serait manquer de confiance en cette parole : « Celui-ci est mon fils » et en Celui qui la prononce. Ce qui fonde la filiation : une parole, La parole et non pas une simple « performance ».

« Celui-ci est mon fils… » Jésus dit à ses disciples que son Père est leur Père. Ce récit nous concerne donc très directement : il nous parle de la mise à l’épreuve de notre relation à Dieu, dans le secret de notre intimité.
 

Michel Menvielle

 

[1] YHWH (yod-hé-wav-hé en hébreu) n’est pas prononcé dans la tradition juive et lu « Adonaï ».

[2] Le mot grec diabolos, traduit par diable, vient d’un adjectif qui a pour sens littéral « qui désunit, qui inspire la haine ou l’envie ».

 

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