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Les questions de ma foi… et quelques réponses

Geneviève Le Hir

Les questions de ma foi… et quelques réponses

Gilbert Delanoue

Éditions Médiaspaul, 2016 – 208 pages.

 

« Tonique », « revigorant », « enthousiasmant », tels sont les adjectifs que ma mère – pas encore centenaire mais… – a utilisés pour me parler de ce livre de Gilbert Delanoue, qu’elle ne m’a rendu qu’à regret parce que je voulais en faire la recension ! Et elle ne s’était pas contenté de le parcourir, non, heureuse de retrouver son théologien favori Joseph Moingt très souvent cité pour étayer le parcours de liberté proposé par ce prêtre de la mission de France, qui exerça son ministère pendant 24 ans comme chauffeur de bus mais fut aussi près de trente années curé de paroisse au Havre.

Et de fait, Gilbert Delanoue ne pratique pas la langue de buis. Tout prêtre qu’il est, il a « du mal à croire » certaines choses. De même, il se déclare « gêné par les textes qui donnent l’impression que le croyant doit se plier à des exigences préétablies » (p. 40) ; ou « d’entendre désigner tout passage de la Bible comme parole de Dieu » (p. 53).

« Je ne peux pas prier avec cette oraison des Rameaux : Tu as voulu, Seigneur, que notre sauveur [] subisse la mort de la croix.ˮ Je suis choqué d’entendre que Jésus s’est offert comme victime pour nos péchésˮ », affirme-t-il encore, abordant la grande question du salut apporté par Jésus (p. 100). « Notre image du sacrifice du Christ est-elle chrétienne ? » (p. 105), se demande-t-il, étayant son questionnement avec la pensée de Bernard Sesboüé qui dénonce « la dérive sacrificielle » dans la pensée théologique et pastorale.

Gilbert Delanoue se montre libre, nous faisant partager son cheminement. Par exemple : « Certaines oraisons de la liturgie invitent à ne pas s’attacher aux choses terrestres pour mieux tendre vers les biens éternels. J’ai du mal à partager ce genre de prière et je n’y vois pas un chemin de sainteté. »

Libre alors au point de se construire sa propre religion, objecteraient les tenants d’un certain conservatisme ? Non. Notre prêtre, au soir de sa vie, veut se recentrer sur ce qu’il juge comme l’essentiel, et le faire partager : « Sans Jésus, nous ne saurions pas qui est Dieu, ni ce que nous faisons sur la terre. […] Sans Jésus, il n’y aurait pas d’espérance devant le mal […]. Personne n’a jamais proposé un tel chemin de vie ! J’ai réalisé que ce chemin est celui du bonheur qu’on cherche tous et j’ai décidé que Jésus serait le guide de ma vie. »

Alors oui, il se sent libre. Et lui qui a fréquenté nombre de militants et de laïcs constate combien les combats pour l’homme sont nourris des valeurs évangéliques : « Ces amis non croyants me poussent à ne pas être chrétien en paroles seulement mais en actes et à mesurer la chance que j’ai de connaître Jésus Christ. » (p. 16) C’est vers eux qu’il veut se tourner,

Dans les pages qu’il consacre à l’Église d’aujourd’hui, Gilbert Delanoue regrette qu’elle se laisse tenter par un repli identitaire et le retour au cultuel. Et il déplore certains choix actuels : le retour souhaité à la confession – « je suis dubitatif sur cette pastorale en voyant ses résultats » (p. 154) ; ou « la raideur de l’Église qui paraît décalée quand elle condamne toute union sexuelle hors mariage et considère les divorcés remariés comme des pécheurs publics qui ne peuvent plus être admis à l’eucharistie » (p. 158). Lui, il n’a pas hésité au cours de son ministère à bénir un couple remarié après divorce, ou à prier avec des amis homosexuels et bénir leur union : « Si bénir, c’est remercier Dieu pour le don d’un amour et lui demander la lumière et la force pour le vivre à sa ressemblance, l’Église n’a-t-elle pas à bénir tout ce qui permet à l’homme de grandir dans l’amour et le service mutuel ? » (p. 160)

Gilbert Delanoue en est convaincu : « L’espérance chrétienne rejoint les espoirs humains. » (p. 186) Non sans humour, il constate pourtant qu’« on conjugue beaucoup le verbe “être déçuˮ dans la vie politique, le syndicat, la famille et aussi dans l’Église. [… Alors que] l’espérance chrétienne devrait prémunir contre les déceptions. » (p. 189) Mais pour qui a su voir, reconnaître de quelle patience Dieu use envers les femmes et les hommes, il n’est plus qu’une seule question à se poser : « Comment s’aider chaque jour à faire un pas en avant au service des autres tels qu’ils sont ? » (p.  190)

Et en guise de post-scriptum, l’auteur nous livre une très belle prière, sa prière, que je vous invite à découvrir en lisant ce livre !

Geneviève Le Hir

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