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Quelques vérités sur Marie

Jean-Francois BOUTHORS

Nous célébrons aujourd’hui la fête de l’Immaculée Conception. Quelques mots à ce sujet. Nous avons tendance à accorder à Marie la mère de Jésus un statut d’exceptionnalité. Elle serait un cas unique. « La » femme préservée du péché. Il me semble que nous devrions la regarder plutôt comme celle qui signifie de manière exemplaire, une vérité que nous peinons à voir, mais qui s’applique à tous. Marie, dit-on, porte Dieu en son sein. Certes, mais toute vie est présence de Dieu, si bien que chacun est, comme Marie, porteur de Dieu en lui-même.

Dans la ligne – assez malheureuse, il faut le dire – d’Augustin et de sa théologie passablement névrosée du péché originel (Augustin avait par ailleurs d’autres bienheureux talents), nous disons que Marie est exempte de tout péché, ce qui lui permet de porter en elle le Fils de Dieu de manière totalement pure. Cette obsession de la pureté est en réalité assez peu fidèle à la foi de l’Évangile.

 

Disons plutôt que Marie est pour nous le signe que la vie qui vient n’est pas enfermée dans les fatalismes et les blessures héritées du passé. Matthieu et Luc, qui mettent en scène Marie dans leurs évangiles respectifs prennent soin d’établir une généalogie de Jésus. Différentes, ces deux généalogies ont néanmoins un point commun : elles retracent une histoire chargée de drames et d’infidélités.

 

Ce que fait Marie, qui lit les Écritures, et donc relit cette histoire, c’est qu’elle y discerne le cheminement du don de Dieu, sans enfermer la vie dans la logique des règlements de comptes et des ressentiments. Elle perçoit la vraie visée de la vie, la vraie visée de Dieu, c’est en cela qu’elle échappe au péché – ce qui veut dire étymologiquement qu’elle ne rate pas la cible. Elle est exemplaire bien plus que singulière, parce qu’elle nous dit, qu’avec la force du Très Haut, avec l’Esprit saint, chacun d’entre nous peut accueillir cette visée, et ne pas enfermer la vie. C’est ce qu’a redécouvert bien plus tard, la psychanalyse, parce qu’entretemps, trop de chrétiens l’avait oublié…

 

Cessons enfin de penser que l’Esprit Saint remplace les spermatozoïdes et autres balivernes de ce genre. C’est s’en tenir à une stupide lecture fondamentaliste des évangiles (en particulier de deux demi-versets du début de l’évangile de Matthieu, susceptibles de bien des interprétations contradictoires). Découvrons que Marie est le signe de ce qui est notre véritable vocation. La liturgie de ce jour nous fait relire en partie le récit de la « chute » dans le livre de la Genèse. Par quoi commence la péricope : par le jugement qu’Adam porte sur lui-même en se pensant coupable au point de se cacher de celui qui donne la vie. Il perd de vue l’essentiel, la vie elle-même. Voilà le péché. En Marie, nous apprenons que nous pouvons voir juste, c’est-à-dire croire à la vie, plutôt qu’à la mort. C’est tout autre chose.

 

Oserai-je dire, pour conclure que j’aimerais que notre Église, enfin dise cela, qu’elle sait parfaitement, plutôt que de laisser croire des stupidités de peur de perdre les dernières ouailles qui lui restent ?

 

Jean-François Bouthors

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