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Quel avenir voulons-nous ?

Michel BOUVARD
Planète Terre
Planète Terre © qimono @ Pixabay - Domaine public

Quand la vie est question

Nous sommes en plein désarroi, entre l’inquiétude (le mot est faible) que génère la prise de conscience progressive des conséquences des déséquilibres provoqués par l’activité humaine (dérèglement climatique, disparition d’espèces animales ou végétales, pollutions des sols, de l’eau, de l’air…) et le sentiment d’impuissance individuelle et collective face à l’immensités des défis à relever. C’est l’avenir de l’humanité qui est en cause et la CCBF ne peut pas rester à l’écart de cette problématique. Nous ouvrirons donc prochainement une rubrique pour y rassembler des textes qui nous paraissent pertinents, mobilisateurs et susceptibles de nous faire évoluer dans nos réflexions et prises de conscience.
Dans cette optique, voici un appel initié par Colette Deremble qui s’interroge, comme chacun d’entre nous, sur le « que faire ? ». Ce texte a été signé par plusieurs personnes, des anonymes ou des personnalités plus connues, vous pouvez évidemment le faire circuler autour de vous, ce sera une goutte d’eau mais de gouttes d’eau en gouttes d’eau…

Michel Bouvard



Nous sommes au moment critique
Nous connaissons tous l’ampleur des problèmes qui remettent en question, à une échéance très proche, les conditions-mêmes de possibilité de la vie sur terre : l’explosion de la démographie mondiale et l’accroissement non maîtrisé de notre puissance technologique ont conduit au réchauffement accéléré de la planète, à une réduction dangereuse de la biodiversité, à une pollution massive, à une excessive concentration de population dans des mégapoles inhumaines. Si l’insouciance n’est plus d’actualité, les conséquences tragiques de ces problèmes ne nous atteignent pas encore assez pour que nous fassions de ce combat une priorité absolue en y consacrant toutes nos énergies. Pourtant nous sommes arrivés au moment critique, celui où la courbe semble devoir brutalement s’inverser.

Le souci du bien commun
Ces différents défis sont liés. Leur simultanéité n’est pas le fait de la fatalité, car ils ont la même cause : grisés par la fascination d’une croissance matérielle exponentielle, nous n’avons pas vu les limites de la surexploitation de la terre. La recherche du profit et du confort à court terme a mené le jeu sans être soumise à l’autorité du bien commun, et la machine s’est emballée, sans maître à bord : ce sont les limites du libéralisme. Qu’est-ce qui peut accompagner le sursaut planétaire dont nous avons besoin ?

Le diagnostic des scientifiques
Les climatologues expliquent que le réchauffement est essentiellement dû à des dépenses énergétiques excessives et suggèrent la sobriété. Les biologistes étudient l’exemple des sociétés animales : seules survivent celles qui développent des stratégies collectives. Les sociologues parlent d’une nécessaire solidarité si on veut éviter des conflits dévastateurs. Les anthropologues disent que la vie ne s’entretient que dans l’échange des différences : la biodiversité est une des conditions de la pérennité de la vie, comme d’ailleurs aussi les diversités culturelles. Tous invoquent l’humilité nécessaire devant la grandeur d’un univers où nous ne sommes pas seuls et que nous ne pouvons continuer de piller sans discernement.

Puiser dans les ressources des sagesses universelles
Ce sont aussi ces valeurs qu’énoncent les sagesses millénaires, toutes cultures confondues, des Égyptiens aux Grecs, des conteurs africains aux agnostiques contemporains. Toutes mettent l’accent sur le nécessaire respect d’une nature foisonnante de merveilles, qui ne nous appartient pas, sur l’humble conscience de nos limites, sur la priorité de l’autre, sur les vertus de la modération. Dans la sphère juive s’est élevé l’appel des prophètes incitant à se soucier du pauvre. Chez les chrétiens on entend qu’il faut laisser ce qui nous encombre pour gagner un trésor, sachant que ce trésor est l’amour de l’autre dans sa différence. Les musulmans mettent en avant la grandeur du jeûne et du partage. Les hindous parlent des fruits de l’ascèse, les bouddhistes de la libération par la lucidité et la compassion, les shintoïstes disent le bonheur qu’il y a à se fondre dans la nature... Si ces sagesses ont une utilité, c’est aujourd’hui. N’est-ce pas le moment d’activer cet immense héritage, dont nous sommes tous redevables à un titre ou à un autre et dont le caractère universel est particulièrement précieux ?

La responsabilité des grandes familles spirituelles
Les grandes familles spirituelles du monde sont les dépositaires privilégiés de ces sagesses partagées. Elles sont organisées en communautés : or c’est bien de démarches collectives dont nous avons besoin, car sans émulation ni consensus on n’arrive à rien. Ces communautés, si elles le veulent, sont capables de formidable réactivité : elles disposent de réseaux tentaculaires regroupant des milliards de croyants dans le monde entier. On se prend à rêver de la force qui pourrait en découler si elles se mobilisaient massivement en mettant toute leur énergie dans la défense de ce qui n’est pas un projet parmi d’autres mais leur raison d’être : le salut du monde. Leur responsabilité est immense si elles ne veulent pas rater ce grand rendez-vous de l’histoire.

Articuler frugalité et partage
Deux valeurs sont à articuler, car elles ne vont pas l’une sans l’autre : frugalité et partage. La planète a des ressources limitées. Si la population continue de croître, nous n’avons pas d’autre choix que la frugalité. Mais comment demander à des populations qui peinent déjà d’aller vers plus de frugalité si on ne parle pas en même temps de justice sociale ? Comment en finir avec les pesticides sans accepter de payer les mesures nécessaires pour accompagner les agriculteurs vers cette transition ? Dans ce domaine, plus grands sont notre moyen plus grand est notre responsabilité. C’est le message axial du pape François, notamment dans son encyclique Laudato si, qui donne de l’écologie une vision « intégrale ».

Un choix positif
Nul n’a envie de décroître. Mais s’agit-il vraiment de décroissance ? Il s’agit plutôt de nous libérer de l’esclavage des faux besoins, de retrouver le goût des choses quand une production anarchique intoxique nos vies. Quant au partage, il fera grandir les liens qui structurent toute société. Lorsque l’ampleur des problèmes risque de faire émerger des régimes autoritaires qui nous emmèneront où nous ne voulons pas aller, seule une démarche volontaire, stimulée par des consensus communautaires, nous permettra d’avancer vers la seule croissance qu’il faille viser, celle de notre dignité humaine.

AGIR MAIS COMMENT ?

Évacuer nos alibis
Certaines théories ont un effet anesthésiant, comme le fait d’invoquer les cycles qui ont fait alterner les périodes de glaciations et de réchauffement. Il faut se rendre à l’évidence : l’anthropocène voit une accélération exponentielle des perturbations que les activités humaines font subir à la biosphère ; ces perturbations n’ont rien à voir avec les évolutions qu’a connues la terre au rythme très lent de la succession des ères géologiques.
Il n’est pas raisonnable d’invoquer notre impuissance : certes, nous n’empêcherons pas le réchauffement de la planète, mais nous pouvons le ralentir pour, au moins, donner aux vivants de demain le temps de s’adapter ; certes, nous n’éradiquerons pas la pollution, car elle est inhérente à nos activités, mais nous avons les moyens de la réduire à un degré tolérable ; certes, nous ne nous débarrasserons pas de nos tendances prédatrices, car tout être vivant est prédateur, mais nous sommes capables de vivre dans le respect des autres et de notre environnement.
Il est vain de dénoncer les gouvernants : s’ils ne s’engagent pas, c’est en partie parce que les populations (nous) ne sont pas prêtes à payer le prix du changement.
Il est inutile de stigmatiser les autres : a-t-on besoin d’attendre le voisin pour avancer ? Il faut compter sur l’effet d’entraînement de ceux qui s’engagent plutôt que dénoncer ceux qui ne le font pas. Inutile de pointer les grands états pollueurs : si la Chine pollue c’est surtout parce que nous voulons acheter à bas prix des équipements dont nous avons délocalisé la production et la pollution qui lui est attachée.
La première étape réside dans ces prises de conscience. La seconde dans l’engagement, avec l’espoir que celui des individus, s’il est massif – et cela dépend de nous –, entraînera celui des nations : il n’y a pas d’autre solution.

Changer de vie
Nous voilà invités à révolutionner nos modes de vie en termes de relation à l’énergie, à l’alimentation, à la mobilité, à l’eau... La mutation de nos pratiques de consommation sera un levier

Décisif : le consommateur est tout-puissant. Si nous n’achetons plus ce qui détruit la biodiversité et accélère le réchauffement climatique, les producteurs modifieront leurs pratiques. Telle a été la stratégie gagnante d’un Gandhi. Certes, des pans entiers de nos économies en souffriront. Mais d’autres les remplaceront. La tâche est rude, car elle risque de sérieusement remettre en cause des équilibres sociétaux, mais elle est nécessaire et il faut la vivre comme un challenge heureux.

S’informer et s’entraider
Partout, une inventivité joyeuse est à l’œuvre, chez les individus, les associations, les entreprises, dans le domaine de l’énergie, de la gestion des déchets, des économies circulaires, des nouvelles manières de cultiver, d’inverser le mouvement de l’exode rural en revitalisant les campagnes etc. On ne les connaît pas assez. Il faut aller à leur recherche, demander aux media d’ouvrir systématiquement leurs pages à ces initiatives, mettre en place des synergies, nous stimuler mutuellement dans des communautés de partage d’expériences : seul on se décourage.

L’argent, nerf de la guerre
Changer de modèle économique a un coût. Il faut accepter de le payer, chacun à sa mesure. Tout aussi bien les désastres écologiques, sociaux et sanitaires qui nous attendent, les gigantesques mouvements migratoires qu’ils vont entraîner auront un coût infiniment plus grand. Des organismes se préoccupent du nécessaire financement de la transition écologique. Citons « Agir pour le climat », porté par 200 personnalités du monde de l’économie et de la science, dont le climatologue Jean Jouzel, fondateur du GIEC, et l’économiste et jésuite Gaël Giraud (www.pacte-climat.eu/fr. https://www.youtube.com/watch?v=axd1TYgdvM0). D’autres, comme la « Fondation Terre solidaire », accompagnent des projets innovants. « Réseau action climat » regroupe de nombreuses organisations engagées dans la lutte climatique. Il y a autant de mouvements que de sensibilités. On ne peut les citer tous. Ils ont besoin de soutiens financiers.

Un engagement politique
Rien ne se fera sans conversion personnelle, mais s’en contenter serait un piège. Car, pendant que les individus s’évertuent en bonnes actions, les multinationales ont le champ libre et les états s’engagent dans des voies qui peuvent être mortifères. En ce domaine névralgique du politique, nous avons des moyens d’avancer. Il y a le bulletin de vote : même si leurs intérêts électoraux rendent peu de mouvements politiques crédibles, il faut continuer de croire que nous pouvons peser sur les programmes de nos représentants démocratiques. On peut aussi faire entendre nos voix par des manifestations diverses, les marches pour le climat, les réseaux sociaux, les signatures de pétitions. Encore faut-il que les opinions soient éclairées : peu de médias ont gardé assez d’indépendance pour permettre un vrai discernement, autre nerf de la guerre. C’est notre plus lourde tâche que de nous frayer un chemin dans la jungle des analyses, souvent faussées par des intérêts qui ne sont pas ceux du bien commun. Tout dépendra de la détermination des populations, auxquelles la mondialisation des systèmes de communication donne des pouvoirs nouveaux.

UNE PRIORITE ABSOLUE

Le défi est passionnant, celui d’une humanité adulte, invitée, pour la première fois de son histoire, à prendre en mains solidairement et démocratiquement son avenir. Il nous faut croire que nous pouvons avancer ensemble vers une croissance humaine, maîtrisée et respectueuse. Cela implique que tous aient la conscience claire que l’objectif est absolument prioritaire, que nous avons les moyens d’agir, et que c’est maintenant.

Christine et Bertrand Arrou, Sabine et Jean-Christophe Baron, Bertille et Edouard Bekelynck, Claude Berthod, Sylvie Boudet et Dominique Pernollet, Anne et Michel Bouvard, Patricia et Jacques Brossier, Marie-Chantal et Philippe Carré, Elisabeth et Philippe Cazin, Sylvie et Thibaud Chevalier, Brigitte et Jean-Jacques Chevalier, Ghislaine et Patrick Chevrant-Breton, Marie-Christine et Bernard Cornudet, Jacqueline Delaballe, Bénédicte et Jean-Louis Delatte, France Delescluse, Colette et Jean-Paul Deremble, Philippe Didier, Béatrice et Christian Doin, Fr. Jean Druel (dominicain, directeur de l’Institut Dominicain d’Études Orientales), Dominique Foucher, Françoise et Maurice Fournet, Charlotte et Emmanuel Grossetête, Martine et Gérard Grossetête, Violaine Houdart, Marie-Christine et Luc Lagabrielle, Anne Le Pichon, Annick et Claude Mandil, Marie-Jeanne Mattlinger, Isabelle Maupetit, Anne-Chantal Mazingue, Catherine Meunier, Christophe Meyer, Bérengère Monegier du Sorbier, Danièle et Philippe Monville, Monique et Claude Papillard, Bernard Perret, Annick et Jean-Yves Perrigault, P. Michel Quesnel (oratorien, recteur honoraire de l’Université catholique de Lyon), Fr. Timothy Radcliffe (ancien Maître de l’Ordre des Dominicains), Françoise et Gilles Ramin, Elisabeth et Benoît Roy, Anne-Marie Schoelcher, Pierre et Béatrice Sevray, Nicole Sitruk, Françoise et Benoît Spaety, Paule Veyret-Logerias, Catherine et François de Wailly.

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