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Quand la fraternité est en danger, nous chrétiens sommes sur la brèche !

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portrait de Simone Veil vandalisé repeint par l'artiste C215
BENOIT TESSIER / REUTERS


Le portrait de Simone Veil sur une boîte aux lettres du XIIIe arrondissement de Paris vandalisé lundi 11 février a été repeint par l'artiste C215 mardi 12 février. | BENOIT TESSIER / REUTERS

Cet article de Jean-François Bouthors, écrivain et éditeur, nous invite à nous détourner des indignations de façade pour aller au cœur des enjeux. La prolifération de l’antisémitisme qui a rejailli dernièrement n’est pas un effet secondaire des réseaux sociaux ou de la contestation des Gilets jaunes. Il s'agit bel et bien de haine de l’autre, quel qu’il soit, et dont « le Juif devient presque immédiatement le symbole obsédant ». Il appelle à raviver la légitimité de l’État et du politique.

Voici donc l'article de Jean-François Bouthors, paru à la une de Ouest France Publié le 13/02/2019

POINT DE VUE. Antisémitisme et égocratie

Pour Jean-François Bouthors, écrivain et éditeur, la prolifération de l’antisémitisme qui a rejailli dernière n’est pas un effet secondaire de la contestation des Gilets jaunes ou des réseaux sociaux mais bien la haine de l’autre tel qu’il soit et dont « le Juif devient presque immédiatement le symbole obsédant ». Il appelle à raviver la légitimité de l’État et du politique.

Le cœur se soulève en découvrant la croix gammée barrant le visage de Simone Veil et le mot Juden tagué en jaune sur la vitrine d’un commerce. Nous voilà ramenés aux pires heures de notre histoire européenne.

Le cœur se soulève devant la prolifération de l’antisémitisme dans nos rues et sur les réseaux sociaux. Mais l’indignation ne suffit pas. Il faut sortir de cette pensée paresseuse qui se contente de dénoncer l’odieux, de s’en démarquer, mais le laisse s’installer davantage jour après jour.

Ne parlons pas d’une « libération » de l’antisémitisme. De quelle liberté est-il question, quand se déchaîne une pulsion d’aliénation qui éteint la conscience de la dignité égale de tout être humain ?

Nous ne sommes pas en présence d’une collection d’actes isolés. L’antisémitisme n’est jamais un acte isolé. Il implique toujours une vision collective, celle d’un monde qui se rêve épuré et parfait par la désignation d’un bouc émissaire sur lequel on décharge sa violence, son ressentiment, sa haine. Une entreprise vouée à l’échec et collectivement suicidaire. Le paradis n’advient jamais par l’anéantissement de l’autre et c’est nous-mêmes, en notre humanité, que nous autodétruisons.

L’antisémitisme est habité par la volonté d’en finir avec l’autre. La référence explicite au nazisme le crie : il ne s’agit pas uniquement d’humilier l’autre, mais d’appeler à sa disparition, à son élimination. En faisant ainsi du Juif l’objet d’une exception au « Tu ne tueras pas », l’antisémitisme annihile en pratique un impératif éthique qui introduit dans le corps social une dimension de dépassement : dépassement du grégaire, de la masse, de la foule pour faire naître un peuple dont chaque membre se doit d’être personnellement responsable de la vie de l’autre, quel qu’il soit.

Raviver la légitimité de l’État

S’en prendre aux Juifs, les tuer - ne serait-ce que symboliquement -, c’est défaire l’ordre même de la Loi. Alors que, comme l’écrivait Rousseau à propos du contrat social, c’est cette loi qui fait «d’un animal stupide et borné un être intelligent et humain».

Il n’est pas fortuit que ce déchaînement s’amplifie au moment où quelques milliers d’individus contestent non seulement les hommes politiques, mais le politique lui-même, c’est-à-dire le principe du gouvernement par la Loi et celui de la représentation. Qu’ils pratiquent ou s’accommodent de la violence répétée, au nom d’une vision de l’État ou du pouvoir comme fondamentalement oppressant, n’est pas la simple expression d’une perte de confiance dans les institutions. C’est plutôt le passage à l’acte d’un fantasme égocratique - le pouvoir d’un moi tout-puissant - qui traverse une société où l’individu consommateur a pris le pas sur le citoyen. Un tel mouvement ne peut avoir de leaders que temporaires et charismatiques, emportant l’adhésion par l’affect dans lequel se projette l’ego contre tout ce qui entamerait son pouvoir et son identité.

L’antisémitisme n’est donc pas un dégât collatéral de la contestation, ni même l’effet pervers des réseaux sociaux : il est consubstantiel à une vision du collectif qui ne supporte pas la singularité d’un autre, quel qu’il soit, et dont le Juif devient presque immédiatement le symbole obsédant.

Dans ces conditions, le « tous contre un » de l’antisémitisme ne fait qu’annoncer la guerre de tous contre tous. Et nous savons depuis Hobbes qu’elle ne prend fin que par l’exercice de la force légitime de l’État. Si le Grand débat servait à raviver cette légitimité aujourd’hui affaiblie, il serait une étape pour sortir de cet infâme bourbier.
 

Jean-François BOUTHORS, écrivain et éditeur
https://www.ouest-france.fr/reflexion/point-de-vue/point-de-vue-l-antisemitisme-ou-le-rejet-absolu-de-la-singularite-d-un-autre-tel-qu-il-soit-6222253

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Commentaires
Visiteur

"En finir avec l'autre" c'est juste tout le contraire de l'enseignement des évangiles !!
De même que "globaliser" qui que ce soit pour le fondre dans un amalgame, est déjà une négation.

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