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Prêtre et homosexuel : pourquoi ? comment ?

Père H.
homosexuels
Domaine public


Ils sont prêtres, et homosexuels. Et il leur faut tenir bond face à l’avalanche des scandales qui éclaboussent l’Église. La ccbf, en donnant à entendre leur témoignage, clame haut et fort qu’elle est à leurs côtés.

Il m’a fallu du temps, beaucoup de temps. Avant de me dire que ma vie était autre chose qu’un beau gâchis. Devant la réalité de mon orientation sexuelle, c’était le seul mot qui me venait avec des larmes : quel gâchis ! Rentré au grand séminaire, j’arrivais bien conscient de mon orientation sexuelle. Mais je la vivais cachée. Et tout un chemin spirituel, humain et ecclésial, un beau chemin m’avait conduit à ce jour de rentrée.
Quelques mois après, première crise aigu, fruit de la contradiction interne que je vivais. Celle de ne pas prendre acte de ce j’éprouvais affectivement pour un ami que j’aimais et désirais, sans pouvoir dire un mot. Crise d’angoisse qui m’a valu de longues insomnies qui, au fur à mesure du temps, se sont résorbées.
Au séminaire, j’ai eu le courage de me révéler à mon accompagnateur spirituel. Mais à ce moment, je n’avais connu aucune relation. Et d’ailleurs, chose terrible, il a fallu que ce soit un jeune prêtre, un jeune ordonné qui me touche pour la première fois. J’étais majeur, c’est vrai. Mais avec le recul et avec les affaires de ces derniers temps, j’ai pu prendre la mesure de ce qui m’était arrivé. J’avais été manipulé par cet homme, réduit à ce que j’éprouvais mais ne désirerais pas. Il m’a abusé et il avait autorité sur moi.
Cette aventure m’a conduit à vivre une psychothérapie intensive d’une semaine. J’avais eu le courage de m’ouvrir à mon accompagnateur spirituel sur ce que j’éprouvais et sur cette histoire. Une psychothérapie qui a levé le voile sur une partie de moi-même et de mon histoire, de mes problèmes. Le psy avait conclu que je n’étais pas homosexuel ! Intérieurement, c’était moins sûr pour moi.
Mes accompagnateurs spirituels m’ont d’ailleurs toujours encouragé à poursuivre ma route. Puis, durant le stage, entre les deux cycles, j’ai suivi une nouvelle psychothérapie. Elle m’a certainement permis de prendre confiance en moi, mais n’avait pas réglé mes problèmes. Et de nouveau, j’ai dû rencontrer quelqu’un pour m’aider. Rencontre extraordinaire. Il ne s’agissait plus de guérir de l’homosexualité, mais de m’accueillir tel que j’étais, avec mes qualités, mes charismes, mes désirs, mes blessures psycho-affectives, sûr de l’amour de Dieu.
Je ne crois pas que ma vocation est uniquement due à mon homosexualité. Elle y a sa place, c’est sûr. Dans un milieu catho, il peut être confortable d’être prêtre quand on est homo. Cela vous dispense d’en parler. Mais à quel prix ! Celui d’une dissimulation permanente. D’autres facteurs humains ont certainement joué. Mais au fond de mon cœur, sous forme de signes, dans mon histoire, je peux reconnaitre l’appel de Dieu et ma manière d’y répondre en toute honnêteté.
Devenu prêtre, ce sont faits jour au fur à mesure des années, les besoins de pouvoir vivre cette réalité en vérité. De pouvoir partager avec d’autre, en se présentant devant eux de manière transparente. Cette démarche a commencé avec des laïcs gays, puis avec des confrères prêtres. Amis qui, tout en étant gays, attendaient de moi une cohérence dans ma vie. Aucun ne m’a encouragé à vivre une double vie. En revanche, ce chemin d’ouverture s’est révélé périlleux. Et un jour, j’ai éprouvé le besoin de le vivre plus complètement, en ayant une sexualité active et en fréquentant quelques lieux spécialisés pour cela, pour ne pas tout mélanger. Le ministère, les hommes et les femmes rencontrés, les jeunes, c'est ceux que le Seigneur me confie. Je dois les servir.
J’ai donc vécu pendant un certain temps une sorte de double vie, mais qui se révélait toujours comme une impasse. Je voulais être prêtre tout entier. Il a fallu du temps pour revenir à une vie cohérente. Les soutiens de mon accompagnateur spirituel, des confrères, d’amis homos ou hétéros m’ont été et sont encore très précieux. Heureux d’être prêtre, oui ! Et de manière générale, je me sens à phase avec la parole de l’Église. Pour moi la chasteté, le célibat, la continence même, le don sont des valeurs humaines à cultiver.
Je souffre et regrette que, dans l’Église, une personne, un clerc ne puisse dire de manière transparente, sans pour autant ostentatoire, qu’il est gay. C’est la réalité. Il y a des chrétiens gays, des catholiques gays et il y en a qui sont appelés par Dieu. Le crime de l’Église, c’est de les obliger à se taire, à mutiler une partie de ce qu’ils sont. Mettre ainsi le couvercle, c’est les exposer à toutes sortes de doubles vies, ne pas leur donner les moyens de devenir plus libres, de gagner en maturité et en liberté. Vouloir leur interdire la voie de la prêtrise sans discernement, c’est insulter le don de Dieu, promouvoir le discours homophobe, cultiver la peur là ou devrait régner la paix. C’est encourager l’hypocrisie là ou devrait être la vérité. Pour moi, la seule voie de l’Église sera de reconnaître la réalité de l’homosexualité et d’aider ces hommes et ces femmes à grandir en Christ, à répondre à l’appel que Dieu leur adresse et qu’ils reconnaissent dans la réalité de leur vie, parfois dans la vie consacrée et le ministère ordonné.


Père H.

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