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Prêtre et homosexuel : pourquoi ? comment ?

Père J., prêtre homosexuel
Hommes
Domaine public


Ils sont prêtres, et homosexuels. Et il leur faut tenir bond face à l’avalanche des scandales qui éclaboussent l’Église. La ccbf, en donnant à entendre leur témoignage, clame haut et fort qu’elle est à leurs côtés.

Quel que soit l’avis porté sur son livre enquête sur l’homosexualité dans l’Église, Frédéric Martel met en lumière, entre autres, des mécanismes dont usent certains évêques et cardinaux qui cherchent à rendre l’homosexualité responsable de la pédophilie qui secoue l’Église.
Il m’a été donné d’accompagner des prêtres homosexuels dans mes divers ministères et je ne supporte plus le double langage. Arrêtons les attitudes insultantes envers ces hommes qui sont marqués par les attraits homo-sensibles : sous prétexte que les actes de pédophilie résulteraient majoritairement de relations entre prêtres et jeunes hommes, cette dernière serait responsable des scandales. On cherche un bouc émissaire et on en trouve un. Occulter la réalité de l’homo-sensibilité comme une composante de l’humain peut conduire à des attitudes inconséquentes de personnes n’ayant pas de lieu où s’exprimer. Il est choquant de penser que nombre de prélats, de prêtres et de croyants sont convaincus qu’être homosexuel signifie être prédateur de la gente masculine, alors que personne ne viendrait penser la même chose d’une personne hétérosexuelle. Il est vrai que celles et ceux qui ont ces comportements addictifs sont dénommés nymphomanes pour les femmes et don juan pour les hommes, tandis que le seul fait d’être homosexuel relèverait d’un comportement addictif. Or aucun des prêtres que j’ai connus marqués de cette sensibilité n’a jamais eu ces attitudes d’instabilité suggérées. D’autre part, puisque plus de 80% des cas de pédophilie se passent à l’intérieur des familles (entre des pères et des personnes du genre féminin), pourquoi ne pas rendre l’hétérosexualité responsable de la pédophilie familiale ? Personne n’y songerait ! Les disfonctionnements de la sexualité doivent être dénoncés et condamnés. Mais il faut arrêter de transformer les homosexuels en boucs émissaires.

Non, l’Église n’aide pas à accueillir cette part de nous-même. Le catéchisme pose : « Un nombre non négligeable d’hommes et de femmes présentent des tendances homosexuelles foncières. Cette propension est objectivement désordonnée. » (CEC 2358) Cela est profondément blessant. Lorsque nous entendons ‘désordonné’, nous comprenons ‘péché’. Je ne crois pas que ma sensibilité soit voie d’incitation au péché. Bien que jamais je n’aie posé des actes contraires à mon engagement, je ne me reconnais pas comme ‘objectivement désordonné’. Cela reviendrait à dire que j’ai reçu une boussole faussée pour vivre mon existence. Je ne peux accepter cela, au nom de ma foi en un Dieu juste et bon, qui n’aurait pu me mettre dans une telle situation.
Il serait temps que l’Église revienne à sa mission annoncer le Christ espérance pour tous. Car, sauf à avoir exigé le mariage monogame et pour la vie, Jésus n’a rien dit d’autre sur la sexualité. Il a seulement mentionné les divers types d’eunuques : ceux que la nature a faits comme cela, ceux que les hommes ont rendus eunuques et ceux qui ont choisi de l’être pour le Royaume. Ceux qui le sont pour le Royaume sont en ce moment sur la sellette. Jusqu’en 2015 aucun statut sexuel n’était excluant du sacerdoce. C’est alors que l’Église a décrété que toute personne présentant ‘des tendances homosexuelles profondément enracinées’ ne pourrait plus être reçue dans le ministère. Que signifie ‘profondément enracinées’ ? Certains thérapeutes disent une homosexualité dont l’origine ne serait ni psychologique, ni résultat d’une immaturité. Autrement dit, le fait de croire qu’elle est une variante de la sexualité. Je le répète, je ne crois pas que ma sexualité n’exprime plus la nature, mais qu’elle est la place qui m’a été attribuée sur la terre.
Je dois le reconnaitre, depuis mon adolescence ce sont vers les hommes que mes yeux se sont portés, mais jamais je n’ai recherché de partenaires. Lorsque j’ai commencé mon processus de formation, je m’en suis ouvert à mon accompagnateur spirituel qui m’a demandé de lui parler de cette part de moi-même si, durant le parcours, le désir d’une amitié particulière naissait. Cela ne s’est jamais produit. Mais tout le long de mon parcours, un grand nombre de personnes marquées par l’homosexualité sont venues me parler de ce qu’elles vivaient, sollicitant une écoute pour les aider sur leur chemin. J’ai continué mon chemin avec une congrégation pour vivre un ministère avec mes aspirations de service, ouvert à une vie de communauté : lieu d’équilibre de mon affectivité. Ordonné prêtre, j’ai continué à être témoin auprès de nombre de jeunes et moins jeunes homosexuels qui m’ont demandé de faire route avec eux. Ecouter mes sœurs et frères homosexuels pour qu’ils continuent à marcher en la présence de Dieu était une part de ma mission. C’est la prière liturgique, l’oraison, l’accompagnement spirituel jamais interrompu, le ministère et la vie communautaire qui ont construit mon équilibre.
Jamais dans les ministères que j’ai eus je n’ai eu de rencontres de nature sexuelle avec des personnes, ni avec celles vers lesquelles mon attention se portait. J’ai reçu l’appel au don de moi dans la continence, et je dois le dire, rien dans l’Église n’a été un secours pour traverser les moments de crise. Elle a au contraire même creusé ma blessure. Comment accepter que celle qui se dit être ma mère parle ainsi de moi ? Par mon ministère j’ai connu nombre de prêtres homosexuels fidèles à leurs engagements qui ont vécu des crises, certains entrant même en dépression. C’est seulement la tendresse de celles et ceux qui nous entouraient dans le ministère, spécialement l’attention prévenante d’ami(e)s homosexuel(le)s, qui nous a permis de tenir notre place, de garder la joie de notre consécration. Je le répète avec insistance, ce sont les frères et sœurs marqués par l’homo-sensibilité, laïcs ou consacrés, qui ont été relais de la miséricorde, aidant à assumer cette part de nous-même qui nous est déniée par l’Église, comme disciple de Jésus.
 

Père J., prêtre homosexuel

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