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Prêtre et homosexuel : pourquoi ? comment ?

Père Bernard
homosexuels
Domaine public


Ils sont prêtres, et homosexuels. Et il leur faut tenir bon face à l’avalanche des scandales qui éclaboussent l’Église. La ccbf, en donnant à entendre leur témoignage, clame haut et fort qu’elle est à leurs côtés.
 

Le livre enquête sur l’homosexualité dans l’Église, Sodoma, aidera-t-il cette dernière à revoir son discours sur la sexualité ? Je l’espère car ce discours fait naître la colère et fait peser la honte sur ceux qui sont concernés par cette réalité. Ajoutons qu’en décembre, le livre entretien La force de la vocation, du Pape François, dans son extrait sur l’homosexualité réveille cette douleur, alors qu’il avait donné de multiples signes d’espérance pour un accueil plus respectueux des personnes homosexuelles

Je suis prêtre et homosexuel. C’est le désir de faire connaitre le Christ source de bonheur qui m’a mis en route. J’ai toujours senti que mon regard se portait sur les hommes sans être en recherche de partenaire. Entré au séminaire, je m’en suis ouvert à mon accompagnateur spirituel qui m’a invité à être vrai et dit que si je n’avais pas le désir de quelqu’un, je devais vivre le chemin de discernement et de formation :  études, ministère et vie affective équilibrée. À aucun moment du parcours je n’ai eu le désir de rencontrer un partenaire. Mais je suis témoin qu’un grand nombre de personnes marquées par l’homosexualité sont venues me parler de ce qu’elles vivaient, sollicitant une écoute et des paroles pour apaiser leurs propres tensions. J’ai continué mon chemin avec une congrégation pour vivre un ministère avec mes aspirations de service et ouvert à une vie de communauté : lieu d’équilibre de mon affectivité.

Ordonné prêtre, j’ai continué à être témoin auprès de nombre de jeunes et moins jeunes homosexuels qui me demandaient de faire route avec eux. Comme si Dieu me disait : « tu écouteras tes sœurs et frères homosexuels pour qu’ils m’entendent et continuent à marcher en ma compagnie. » Certaines écoutes m’ont troublé : particulièrement celles de frères prêtres m’exprimant leur situation affective et leur désir d’une vie affective ouverte à une relation stable. Prière liturgique, oraison, accompagnement spirituel, ministère et vie communautaire seront le creuset de mes premières années de ministère.

Peu de temps après mon ordination, retrouvant un habitat solitaire, mon équilibre affectif va se fissurer, temps d’une première crise. J’entame alors un suivi en psychanalyse, avec l’idée de continuer ma route dans le célibat. J’ai appris à ne plus offrir ma perfection, mais ma réalité au Seigneur. Nos relations humaines étant fractionnées et individualistes, quelques années après, la rencontre d’une personne a remis en question mon célibat. J’ai voulu puiser dans les enseignements de l’Église pour m’éclairer. Je n’avais jamais eu honte de mon homosexualité, elle me constituait, mais les paroles du catéchisme m’ont blessé : « un nombre non négligeable d’hommes et de femmes présentent des tendances homosexuelles foncières. Cette propension est objectivement désordonnée. » (CEC 2358) Lorsque j’entends « désordonné », je sous-entends « sale », « obscur », qui a à voir avec le péché. Ne pas reconnaitre une sensibilité affective revient à dire que certains reçoivent à leur naissance des boussoles faussées pour leur existence. Comment accepter cela si l’on croit en un Dieu juste et bon ? Le texte affirme aussi que « les personnes mariées sont appelées à vivre la chasteté conjugale ; les autres personnes pratiquent la chasteté dans la continence » (CEC 2349). Ceci signifierait que n’étant pas naturelle, l’homosexualité devrait conduire à la continence. Or la génitalité, bien que n’étant qu’une petite partie de la vie affective, est constitutive de la vie humaine. Demander d’oblitérer cette part de l’être ne semble pas ajusté pour tous… mais j’avais cette vocation à la continence, c’était l’appel spécifique que j’avais reçu. C’est la tendresse de celles et ceux qui m’entouraient dans le ministère et la vie communautaire qui m’a fait retrouver ma place. J’avais retrouvé la joie de ma consécration.

En 2005, l’Église publie un texte qui revient ouvrir ma blessure. Cette fois elle demande que ne soient plus ordonnés d’hommes marqués par l’homosexualité. Cela me remet en crise que d’entendre dire : « le candidat au ministère ordonné doit atteindre la maturité affective. Une telle maturité le rendra capable d'avoir des relations justes avec les hommes et avec les femmes, en développant en lui un véritable sens de la paternité spirituelle vis-à-vis de la communauté ecclésiale qui lui sera confiée. » (art.1 congrégation éducation catholique nov. 2005) Peut-on sérieusement croire qu’un homme marqué d’homosexualité ordonné prêtre ne peut plus être en mesure de représenter l’Église car il est immature ? Affirmer cela est blessant et injuste. Je connais de nombreux prêtres homosexuels qui sont fidèles à leurs engagements. Durant ces années mouvementées, ce sont les frères et sœurs marqués par l’homo-sensibilité, qu’ils soient laïcs ou prêtres, qui m’ont permis d’aimer cette part de moi, afin de laisser Jésus à nouveau occuper la place qui est sienne dans mon existence. Ils ont permis que cette coloration de mon être ne m’éloigne pas du don dans le célibat consacré et qu’il soit le vrai signe d’une disponibilité pour toutes les sœurs et tous les frères du chemin.

Je terminerai par la rencontre de Jésus ressuscité avec Pierre au bord du lac. Pierre, déçu d’avoir déserté durant la passion, entend Jésus lui demander, non pas la contrition, ni les regrets, mais du poisson. Il lui demande ce qu’il sait faire. Jésus le remet dans sa vocation première. Puis il le sollicite par deux fois sur son amour-agapé (amour-passion), mais Pierre n’est capable que d’amour-philia. Aussi, c’est l’amour-philia (amour d’amitié) que Jésus va lui demander. Il ne lui demande pas l’amour-agapé (l’amour-oblation), il ne sait l’offrir. Il demande l’amour-philia, celui seul qu’il est capable de donner. C’est ainsi que Pierre sera témoin, sera même pasteur de l’Église. Puisse l’Église ne jamais l’oublier en accueillant et en parlant de ses prêtres homosexuels, sous peine d’abandonner la route de son Seigneur.


Père Bernard

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Commentaires
VANNESTE Philippe

Merci infiniment de ce partage. Beau parcours.
Que le Seigneur soit toujours votre compagnon.
Je suis comme vous !
Amitiés dans le Seigneur.
Philippe+

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