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Prêtre et homosexuel : pourquoi ? comment ?

A., prêtre et homosexuel
Hommes
Domaine public


Ils sont prêtres, et homosexuels. Et il leur faut tenir bon face à l’avalanche des scandales qui éclaboussent l’Église. La CCBF, en donnant à entendre leur témoignage, clame haut et fort qu’elle est à leurs côtés.

La parution, ces jours-ci, du livre Sodoma de Frédéric Martel ainsi que les pages de La force de la vocation du pape François consacrées à la question de l’homosexualité dans le clergé me poussent à vous donner mon témoignage.
Né dans une famille catholique pratiquante, j’ai entendu l’appel à donner ma vie au Seigneur pendant l’enfance, bien avant que se pose dans ma vie les questions en rapport avec la sexualité. Au moment de la préadolescence, j’ai subi, sans pouvoir le définir comme tel à l’époque, un épisode d’abus sexuel de la part d’un jeune plus âgé de mon entourage, alors même que ma sexualité commençait à peine à s’éveiller. Cet événement m’a fait entrer dans une période de confusion qui a conduit à l’abandon de la question vocationnelle. Celle-ci est pourtant revenue, plus vive, au cours de mes études secondaires, m’incitant à prendre les moyens d’un discernement. La question du célibat n’en était pas une pour moi : je n’avais pas d’attrait pour la gente féminine, ni de relations sexuelles. Celle de la chasteté vécue dans la continence l’était davantage : la vie pulsionnelle me conduisait souvent à la masturbation. J’interprétais, à l’époque, le trouble que provoquait en moi la vue ou l’idée du sexe masculin comme une séquelle de l’abus sexuel vécu dans la prime adolescence. Et c’est comme tel que j’ai pu en faire état à mes accompagnateurs spirituels successifs, ce qui était pour moi la source d’un grand soulagement.
Après un chemin de séminariste marqué par des périodes de doute légitimes et des signes confirmant ma vocation, j’ai été ordonné prêtre. Le trouble demeurait, les difficultés pulsionnelles aussi. Ma vie de prière était souvent un appel à l’aide du Seigneur. C’est après sept ans d’ordination, au détour d’une conversation profonde avec un ami, que la réalité de mon orientation homosexuelle m’est apparue comme une réalité. Ce fut à la fois un étonnement, un sentiment de profonde réconciliation avec moi-même et une colère : comment avais-je pu vivre à ce point dans le déni ?
J’ai entrepris une psychanalyse qui m’a conduit à une compréhension plus fine de mon fonctionnement psychique, et en particulier du mécanisme qui conduit au déni : l’homophobie intériorisée. Il s’agit de l’intégration dans la profondeur du psychisme de l’environnement homophobe dans lequel nous vivons, notamment dans le discours officiel de l’Église. Puisque l’homosexualité est une condition non choisie, qui s’impose à la personne homosexuelle comme une donnée intérieure présente depuis toujours… puisque l’environnement familial, social et culturel est hostile, encore aujourd’hui en bien des lieux, à toute expression, génitale ou non, de cette orientation sexuelle… nombre de personnes homosexuelles sont dans l’impossibilité de s’avouer à elle-même leur tendance profonde. Certaines vivent une telle lutte intérieure, un tel rejet d’elles-mêmes tant de l’extérieur que de l’intérieur qu’elles en viennent à souhaiter mourir. Ce ne fut pas mon cas.
J’ai décidé de vivre avec mon homosexualité, et non contre elle, pour ne pas vivre contre moi. J’ai décidé de prendre cette dimension de mon être à bras le corps, comme le chemin étrange et particulier qui m’est proposé. Et en tant que prêtre, comme une dimension de ma vocation. Je ne crois pas que le Seigneur, lui, ait été ignorant de ma condition. Je ne crois pas que ma vocation, confirmée par des signes précis et discernés avec d’autres, ait été fondée sur une fuite de ma sexualité, mais bien sur un appel qui retentit au plus profond de mon être.
J’ai décidé de vivre mon homosexualité comme un chemin d’humilité. Elle me garde d’être un chrétien puant, qui regarde les autres de haut, comme le Pharisien de la parabole (Lc 18,9-14). J’ai découvert que cette fêlure dans le piédestal est salutaire : pauvre devant Dieu, je suis gardé de la tentation de prendre sa place devant les hommes.
Ma vocation est d’être serviteur. Et j’ai pu voir à maintes reprises que ma condition homosexuelle n’était pas étrangère au service que je peux rendre en tant que prêtre, témoin de la miséricorde, pour des personnes blessées, rejetées, marginalisées, dont quelques-unes en raison de leur homosexualité.
Le Seigneur m’a fait la grâce de n’avoir jamais eu de relation sexuelle (je ne range pas l’abus subi dans la préadolescence dans la catégorie des « relations »). Je n’en juge pas pour autant mes confrères prêtres qui vivent ou ont vécu des relations homosexuelles consentantes : la répression externe dans le discours social et ecclésial, et interne dans le psychisme, est d’une telle violence parfois qu’il est impossible de tenir autrement dans une vie d’homme qu’en libérant de la pression intérieure. Je sais que pour beaucoup d’entre eux, il s’agit là d’un chemin d’humiliation. En disant cela, je ne cherche pas à justifier des comportements. Ce n’est pas ma question. L’enjeu de mon ministère de prêtre est celui d’un pasteur à la suite du Christ : accompagner les brebis, prendre soin de celles qui souffrent, soutenir celles qui peinent. Les prêtres font partie intégrante du troupeau et, au même titre, méritent qu’on les écoute, qu’on les soutienne, qu’on les encourage.
La vie de foi, comme la sexualité, est un chemin de croissance. Personne ne peut dire qu’il est arrivé au terme de ce chemin.
Je crois que ce chemin, c’est le Christ.
 

A., prêtre et homosexuel

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