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Le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument

Jacques NEIRYNCK
Le Vatican face aux abus sexuels
Pixabay : https://lc.cx/mDiY

 
On vient d’en avoir une illustration consternante par la révélation des égarements du pouvoir, dans l’institution qui est à la fois une confession religieuse chrétienne, l’Église catholique, et un État de plein droit, le Vatican. Cette institution souffre gravement d’un pouvoir exercé sans limite, parce qu’il est non seulement absolu, mais bien plus, sacralisé comme une délégation d’origine divine.

Le cardinal australien George Pell a été condamné à six ans de prison pour agressions. Le pape François a réduit à l’état laïc le cardinal américain Theodore McCarrick, soupçonné d'avoir commis plusieurs actes d'abus sexuels . Le parquet de Paris a demandé la levée de l’immunité diplomatique du nonce en France, Mgr Luigi Ventura, qui fait l’objet de plaintes pour agressions sexuelles. Le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, primat des Gaules, a été condamné à six mois de prison avec sursis pour ne pas avoir dénoncé les actes d'abus sexuels commis par un prêtre et a démissionné.

Les films Grace à Dieu et Religieuses abusées ont divulgué des circonstances aggravantes. La pire est sans doute le détournement de la direction spirituelle pour couvrir des viols de religieuses. Dans son ouvrage Sodoma, Frédéric Martel enquête au Vatican et y décrit l'omniprésence d'homosexuels. Ceux-ci condamnent hautement leur propre orientation sexuelle, alors qu’elle ne l’est plus par la société civile.

À côté des abuseurs criminels continuent à œuvrer des millions de religieux et de laïcs qui s’efforcent, jour après jour, de remplir leurs missions pastorales dans la dignité, le désintéressement et la modestie. Eux n’exercent pas le pouvoir, mais ils sont humiliés par la carence ou la duplicité de ceux qui le détiennent. Plus d’un milliard de catholiques sont agressés dans leur foi par ces révélations. Une structure fondamentale de l’Occident, une autorité morale, une œuvre de bienfaisance spirituelle et matérielle s’effondre sous nos yeux, comme le fit voici quinze siècles l’Empire Romain, dont elle fut, en des temps barbares, le seul prolongement, le seul rempart contre l’anarchie.

Nul ne peut s’en désintéresser, ni s’en féliciter. Le désordre des uns nuit à tous. Toute civilisation repose sur des soutiens invisibles : une langue, une culture, un État de droit, une ou des religions, une vie associative, des traditions. Il est indispensable de conforter ces piliers en palliant leurs défaillances. La particularité de l’Église catholique d’Occident est d’exiger le célibat des prêtres, à l’inverse des autres Églises chrétiennes, y compris les catholiques d’Orient. Il en est de même du judaïsme et de l’islam. Si l’on met bout à bout les révélations des ces dernières semaines, l’enchainement des causes devient évident.

En ne recrutant que de futurs célibataires, un séminaire augmente forcément la proportion des candidats qui présentent de naissance une tendance homosexuelle. Cette minorité, qui fut persécutée dans la société civile, trouve un refuge dans une structure au-dessus de tout soupçon, condamnant d’autant plus fermement sa propre tendance qu’elle ne désire pas être découverte. Lorsque surgissent des cas de pédophilie, (qui n’ont rien à voir avec l’homosexualité), un jeu de chantage s’instaure entre les pervers, qui ne sont pas dénoncés par leurs supérieurs, et ceux-ci, qui ont peur que soit dévoilée publiquement leur homosexualité, pratiquée ou non.

Cette situation désordonnée n’est plus supportable. En dehors de toute rhétorique à prétention spirituelle, on se trouve face à une institution qui s’effondre sous le poids de ses contradictions. Le remède semble maintenant évident : que l’obligation du célibat ecclésiastique soit abrogée, pour ouvrir la possibilité d'ordonner des hommes ou des femmes marié(e)s. Ces dernières constitueront une protection particulière pour les enfants, dont elles ne toléreront plus qu’ils soient abusés dans leur entourage. Les luttes pour le pouvoir, typiques des assemblées uniquement masculines, seront moins âpres. En cessant d’être sacralisé, le sacerdoce prendra sa place normale dans une communauté de chrétiens tous égaux, qui évoluera vers une pratique démocratique bien nécessaire.

Jacques Neirynck
 
 

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Commentaires
JeanMarie30

Je voudrais aborder deux points pour faire suite à l’article de Jacques Neirynck.

Tout d’abord la hiérarchie peut-elle ou veut-elle se réformer ? J’ai des doutes sérieux en regard de faits actuels.

L’Evêque de Lausanne, Genève, Fribourg et Neuchâtel a suspendu un prêtre suite à des faits avérés de pédocriminalité. C’était en été 2016. Mais c’est Rome qui doit décider en dernier ressort.
Il n’ont rient fait de mieux que, plus de deux ans après, d’annuler la sanction. « Vous comprendrez, ce pauvre ecclésiastique a déjà vécu des lustres durant dans la hantise d’être découvert ou dénoncé, on ne peut pas encore lui gâcher sa retraite ! » C’est comme cela qu’ils soutiennent l’action d’un évêque.

Autre cas récent. Le 24 février dernier, le jour de la clôture de la session sur la ”Protection des mineurs dans l’Église”, j’étais sur France 5, l’émission-débat du dimanche soir. On a vu le porte-paroles des Evêques de France (il est sensé refléter leur sensibilité) dans la voiture le conduisant au Vatican, répondant à une question sur les prêtres pédophiles, dire à leur sujet ”ces semi-délinquants” (sic), alors que ce sont des doubles criminels. C’est à se taper la tête contre les murs. En tous cas, cela montre au grand jour comment on peut être à côté de la plaque. Il faudrait que cet évêque soit rapidement démis de ses fonctions pour qu’il cesse de faire du tort à l’Église. Et il a été soutenu, sur le plateau, par Jean-François Colosimo. Ce dernier à quitté mon estime ce soir là.
Et pourquoi François a-t-il refusé la démission du cardinal Barbarin et n’a-t-il pas encore réduit à l’état laïc le cardinal Pell ?

Si Rome ne fait rien, c’est à nous laïcs de les forcer à mettre de l’ordre. Mais il faut trouver comment et toute idée sera la bienvenue à la CCBF car seul des actions communes et nombreuses pourront peut-être avoir un impact positif. C’est le seul espoir face à l’(in)curie romaine.

jacques neirynck

Oui, pourquoi?
Même le pape François en qui nous avons placé tant d'espérances ne parvient pas à adopter une attitude ferme. Le voudrait-il que son entourage l'en dissuaderait ou l'en empêcherait. La structure du pouvoir au Vatican est archaïque : une monarchie absolue élective par un petit groupe de célibataires masculins très âgés. Rien qui ressemble à une démocratie. Or les Etats modernes se gouvernent tout autrement parce qu'ils ont découvert à l'usage que la démocratie représentative est plus efficace. Tant que le pouvoir est exercé par un groupe aussi restreint, aussi particulier, aussi persuadé de son infaillibilité, le chrétien de base est désarmé. En France les choses ont changé à partir de la prise de la Bastille. Nous n'avons même pas cette ressource.

JeanMarie30

Oui, c'est pourquoi je pense que la base doit faire qq. chose. J'ai vu qu'en Allemagne une grève se prépare. Ici on demande se signer une pétition pour la place des femmes. Seule la multiplication d'actions de ce genre peut montrer notre désaccord avec Rome.
Merci de vos textes. JM

millet

Merci pour cet excellent article.
En complément, je voudrais signaler le livre de Marie Jo Thiel très documenté et complet :
"L'Eglise catholique face aux abus sexuels sur mineurs" (Bayard - mars 2019)
Effarant !

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