Vous êtes ici

Pourquoi je reste catholique

Anne SOUPA
Anne SOUPA
Anne SOUPA © Gilou60 @ Creative Commons (CC BY-SA 3.0)


Comment l'Église peut-elle être conduite avec moins de 10 000 prêtres, et surtout en se passant délibérément des femmes, s'interroge la cofondatrice du Comité de la jupe et de la Conférence catholique des baptisé-e-s francophones, Anne Soupa.
« Quand, il y a 10 ans, j'ai porté plainte devant l'officialité contre André Vingt-Trois, archevêque de Paris, après sa déclaration sur les femmes – « Le plus difficile, c'est d'avoir des femmes qui soient formées. Le tout n'est pas d'avoir une jupe, c'est d'avoir quelque chose dans la tête » – j’ai osé une parole publique. Cette parole, souvent jugée de manière négative, était pour moi une parole constructive : le devoir de correction fraternelle des fidèles et l'expression d'une conscience qui s'exprime. En prenant la parole, j'ai pris ma place dans l'Église, car j'ai parlé depuis l'Église. La parole oblige. Vous n'êtes plus ni d'un bord ni de l'autre, mais au cœur. Et alors, vous ne partez plus. Dans l'Église catholique, beaucoup ont peur de parler, des laïcs aux évêques. Je pense que les évêques devraient s'investir davantage dans la parole publique : on ne les voit pas beaucoup sur les plateaux de télévision ou au micro des journalistes.

Un épisode fondateur

Comme, à l'époque, Christine Pedotti et moi avions parlé en tant que catholiques, les journalistes ont commencé à venir vers nous. Devant ce qui ressemble à un assaut, il faut une charpente pour se tenir droit, accepter de se tromper, de mal parler. Mais cet épisode a été fondateur. Je me suis dit : c'est à nous aussi, laïcs, simples baptisés, de prendre la parole ; il y a des choses qui nous concernent et nous devons parler. Il y a une seconde raison qui m'aide à tenir. Avec le temps, j'ai opéré une distinction entre l'Église mystique et l'institution, un peu comme si j'étais devenue astigmate. Je me considère comme faisant partie de l'Église mystique, large assemblée des croyants de toujours, dans laquelle l'institution se situe, sans m'associer pleinement à ce que fait cette institution. Ce corps mystique, personne ne m'en délogera. L'institution, aujourd'hui, est atteinte d'un cancer, mais il y a beaucoup de cancers qui guérissent – moi qui en ai eu deux, je peux être confiante ! Pour guérir, un diagnostic rationnel s'impose. L'Église ne peut être conduite avec moins de 10 000 prêtres qui décident de tout et surtout sans la moitié de l'humanité, les femmes. La grande Église d'hier que nous avons connue et qui est en train de s'épuiser ne reviendra plus.

Une belle carte à jouer

Demain, l'institution sera bien moindre et plus modeste. Il faut être prudent quand on compare cette crise aux crises antérieures, qui opéraient sur un régime de chrétienté. Dans le pluralisme religieux actuel, il n'y a plus de monopole : d'autres propositions religieuses existent et sont parfois plus humaines. Toutefois, quand on travaille sur le christianisme des premiers siècles, on voit qu'il avait une vigueur séduisante pour nous : les chrétiens entraient dans le débat d'idées, ferraillaient avec les philosophes, se confrontaient aux problèmes de société, c'était une belle Église ! Une Église dans un contexte pluriel a une belle carte à jouer. Pour cela, il faut ouvrir les paniers de linge sale, ne pas reculer devant le cercle de feu. Derrière les questions d'abus, il y a le cléricalisme et il est un peu facile de dire que les laïcs l'entretiennent : c'est parfois vrai, mais ils ne le causent pas. Tant qu'on ne confiera pas des responsabilités à des laïcs, en parallèle aux prêtres, la situation sera bloquée. Je suis favorable à l'ordination d'hommes mariés, mais la question des ministères est, pour moi, secondaire. En se focalisant là-dessus, on risque de faire du cléricalisme à l'envers. C'est une perspective un peu courte, car elle n'embraye sur rien au regard des préoccupations de nos contemporains. Il ne suffit pas de vouloir être calife à la place du calife ! Apprendre à penser hors des structures institutionnelles est une sorte de devoir. Cela pourrait être d'ouvrir sans préoccupation mercantile des lieux d'hospitalité et d'écoute pour ces jeunes cadres mis sous pression, ces personnes âgées abandonnées... Cela prendra du temps et des moyens, mais, dans l'Église de demain, être chrétien nous coûtera. Assumer notre responsabilité de baptisé ne se fera pas non plus sans passer d'une relation d'obéissance infantile à l'Église – le réflexe qui consiste à faire bloc coûte que coûte  à une relation adulte, vivante, marquée par la capacité à assumer et exprimer le désaccord. »


Anne Soupa
http://www.lavie.fr/debats/idees/anne-soupa-pourquoi-je-reste-catholique-05-06-2019-98554_679.php

Rubrique du site: 
Les actualités
Commentaires
N. Lemoine

Madame.

Je partage largement votre point de vue. Cependant le chemin est étroit entre une obéissance infantile à l'institution et une opposition virulente. Ainsi l'accès à votre très nécessaire pétition sur la place des femmes dans l'Eglise romaine (que j'ai signée) n'est pas facilité par ce titre à l'emporte-pièce (qu'on trouve même dans le lien vers la page de la pétition) : Eglise catholique : ça suffit! Avouez que hors contexte, c'est rude. La conséquence, c'est que je n'ai pas pu partager ce lien avec un certain nombre de personnes qui aurait été choquées de cliquer sur un tel lien. Un lien du style : "Pour une nouvelle place des femmes dans l'Eglise catholique" ou "Des promotions pour les femmes dans l'Eglise" ou "rendre les femmes visible dans l'Eglise" ou encore "Eglise catholique : les femmes aussi" aurait été plus facile à diffuser auprès d'un public plus divers.

MARTIN

Votre texte (également publié en bonne place sur le site de la Vie) n'est pas totalement convainquant : en étant "logé" dans ce "corps mystique", ne correspondez-vous pas vous même, finalement, aux stéréotype de la "femme" fidèle et servante, véhiculés mezza voce par l'institution cléricale et une partie de la technostructure cléricale ?
(voir encore par exemple les points 17 et 18 du dernier document romain : « IL LES CRÉA HOMME ET FEMME.POUR UN CHEMIN DE DIALOGUE SUR LA QUESTION DU GENRE DANS L’ÉDUCATION" (CONGRÉGATION POUR L’ÉDUCATION CATHOLIQUE (destiné aux Institutions d’enseignement)".
"Dialogue", affirme la curie ? vraiment ? Il n'y a pas de dialogue en réalité avec les fidèles, hommes et femmes, sommés de se soumettre aux obsessions insupportables de la curie ; et votre position est davantage un pis-aller, voire même une position de repli, faute d'une alternative laïque incontestable qui puisse s'imposer en matière théologique et intellectuelle face à la théologie vaticane.
En attendant, il y a toutefois une solution silencieuse : logés dans le corps mystique, nous devons prendre acte que nous ne sommes pas en communion avec l'institution cléricale qui ne nous représente pas et ne peut parler en notre nom.

Marie Jeanne

Chère Anne, comme vous, je suis et je demeure "Catholique", c'est-à-dire croyante en un Dieu d'amour. Je ne crois pas en une Eglise qui serait divisée: catholique, protestant, orthodoxe... autant de façon de croire, de manière de prier, de se rassembler. Mais il n'y a qu'un seul et unique Christ. Peut-être que nous oublions, nous tous, sans exception aucune, hommes ou femmes que l'essentiel est de nous tourner vers le Christ, celui qui est le Chemin, la Vérité et la Vie. Quelle est donc cette "Bonne Nouvelle" qu'il est venu nous annoncer? Il est venu nous annoncer que nous sommes tous aimés de Dieu, nous sommes tous ses enfants, tous, hommes et femmes, laïcs ou pas, enfants ou adultes. Et qu'avec cette certitude gravée au coeur de chacun le jour de notre baptême, nous sommes invités à aimer les autres, ceux que nous rencontrons, ceux que nous côtoyons, ceux que nous oublions, ...et peut-être même ceux que nous méprisons.
Pourquoi nos "pasteurs" sont-ils choisis et ordonnés en fonction de leur sexe et de leur quotient intellectuel? Pour moi, c'est une dérive de l'Evangile! Le seul critère valable, selon l'Evangile me semble être la capacité d'aimer son prochain.
J'attends et je prie pour cela: un nouveau concile où tous les chrétiens catholiques, protestants, orthodoxes, laïcs de tout bord, hommes et femmes remettraient tout à plat, en ne gardant au centre de leur débat, non la soi-disant Tradition qui a entraîné beaucoup de souffrances et de divisions, mais uniquement la Parole de Dieu.
Des vieux messieurs rangés en rang d'oignons aux premières places à Rome, avec des belles robes et de dentelles ne peuvent pas, pour moi, être des signes de l'amour de Dieu. Qu'ils quittent leurs beaux habits et ne gardent que leur tablier de serviteur qu'ils cachent d'habitude sous leurs belles robes, qu'ils retroussent leurs manches et se mettent au travail! Les cols romains ou autres distinctifs imposés à ces messieurs pour qu'ils soient "visibles", me font sourire...peut-être que s'ils étaient vraiment actifs, incarnés, serviteurs, l'humanité les reconnaîtrait plus facilement...même sans col romain!
Oui, les débats sont utiles, nécessaires, mais s'ils ne sont pas transcendés, pétris par l'Amour inconditionnel, par l'Incarnation, ils sont stériles et inutiles...

Ajouter un commentaire